Strasbourg Music Week : une ouverture pleine de promesse

FESTIVAL – Premier jour de cette 4e édition de la Strasbourg Music Week et déjà plein de découvertes incroyables à La Grenze.

On avait prévenu, la Strasbourg Music Week est the place to be en ce début mai, et la soirée d’ouverture à La Grenze l’a prouvé. La petite pluie du jour et le ciel gris n’a pas empêché le public de venir en nombre découvrir des groupes de tous horizons. Cinq en tout sur lesquels on revient pour vous.

Glaascats, électriquement planant

On commence en douceur avec le trio suisse Glaascats. Ils viennent de Fribourg, ont sorti déjà 4 albums et s’apprêtent visiblement à sortir encore plus de titres en juin. Ils citent Sonic Youth et Radiohead dans leur bio et on comprend plutôt pourquoi. Leur set oscille effectivement entre mélancolie planante, surtout avec la voix d’Amélia, et énergie plus grunge avec la guitare et la voix (et le look) d’Alexander. Jonathan à la batterie accompagne l’ensemble et on finit par les suivre cans réfléchir en ondulant de la tête et en tapant du pied. On aurait presque aimé un arrière plan vidéo bien abstrait pour parfaire l’immersion. Malgré cela, une parfaite entrée en matière, avec une mention spéciale à leur merch magnifique.

Caprice, coldwave à la française

Duo du Grand-Est avec Romain Muller qu’on ne présente plus dans le coin, Caprice débarque avec un set électro coldwave chanté par Léna Angster. Forcément, sur moi, ça glisse un peu, parce que j’ai toujours et encore du mal quand ça chante en français. Désolé, c’est pas eux, c’est moi. Si la partie électro est bien dansante (bien qu’elle l’aurait été plus j’en suis sûre à 2h du matin), j’accroche moins aux paroles et à l’investissement scénique. Je pars de trop loin, je crois que pour me cueillir sur ce type de musique, il en faut plus.

La tornade Kaat Van Stralen

La suite va de suite me convaincre, par l’énergie soudaine qui déborde de scène dès que Kaat Van Stralen et son groupe commencent leur set. Ils viennent de Flandre et chantent donc en flamand. C’est la première fois qu’ils jouent en France et Kaat rit rapidement de la situation, elle qui avoue que ce sont les textes les plus importants dans le groupe et que c’est assez étrange pour elle de les chanter pour un public qui ne les comprend pas.

Effectivement, on perd forcément quelque chose, mais pourtant on comprend tout de même assez vite que les sujets abordés doivent être engagés, actuels et plutôt universels (ça emmerde la politique, bon, bah à qui cela ne parlerait-il pas en ce moment ?). On oscille entre post-punk et spoken word, et je verrai plutôt bien le groupe en première partie des Lambrini Girls. Kaat et son groupe donne un bon coup de pied dans la fourmilière, mais avec style (bottes en cuir et à talon pour la démonter, la fourmilière). On adore.

Damaghead, les locaux de l’étape

On retrouve le trio strasbourgeois Damaghead, déjà croisé sur la soirée des Inouïs il y a quelques mois. On aime toujours leur garage punk, même si celui-ci se patine avec le temps. Leur bio nous dit “Damaghead, c’est trois potes qui courent après l’expérience ratée du groupe de rock de lycée”, et on se dit que c’est finalement une très bonne façon de les décrire, tant pour la jeunesse que pour leur complicité et l’énergie qu’on entend dans la trio. Mais ils vont souffrir un peu de la comparaison à la folie Kaat Van Stralen à mes yeux. C’est si difficile de voir tant de choses différentes s’enchaîner ! Et c’est en même temps ça la beauté de la Strasbourg Music Week.

Le dernier groupe va commencer en retard. On aura l’explication : le bassiste de Francis Of Delirium a eu quelques déboires d’avion sur son chemin Helsinki – Strasbourg, les empêchant d’assurer les balances, qu’il a fallu caler rapidement avant le concert. On pressent que ce qu’on va entendre peut nous plaire, en regardant le t-shirt Ru Paul Drag Race du bassiste Jeff et les hauts Glaascats de la chanteuse/guitariste Jana. Ça se soutient entre groupes ? On valide. Mais on n’imaginait pas encore à quel point.

Coup de foudre pour Francis Of Delirium

Francis Of Delirium vient du Luxembourg et nous parle anglais, s’excuse du retard, commence… Et c’est la claque. Immense. Un énorme sourire se colle à mon visage et ne le quittera plus. Et dieu sait que d’habitude, j’ai le visage concentré quand je découvre un groupe. Mais là, c’est comme si je les avais toujours connus. L’impression de retrouver de vieux morceaux de mes playlists de jeune ado. La voix de Jana, la présence de Jana, le style de Jana… Cette meuf est la réincarnation de toutes les queens pop/rock des nineties qui m’ont bercé. De celles qui chantaient sans filtre, qui disséquaient leur vie sous nos oreilles avec honnêteté, et incision, en balançant leurs tripes dans leur musique et tant pis si ça débordait.

Et ça a un peu débordé, quand elle nous traite avec humour de “little shits” et s’en excuse quelques titres plus tard, nous expliquant qu’elle est parfois pleine de colère et que ça sort un peu n’importe comment. Oh mais Jan, Jana, Jana… On ne t’en veut tellement pas. Comment en vouloir à quelqu’un d’aussi sincèrement entier dans sa musique comme dans sa présentation ? Elle avoue que c’est étrange d’enchaîner après tous ces groupes qui ont fait montrer l’énergie rock au fur et à mesure, qu’ils ont donc volontairement enchaîné leurs morceaux les plus énergiques mais qu’en réalité, eux sont juste un groupe de pop avec plein de slows et de chansons d’amour. Et au public de les réclamer, ces chansons d’amour. Mais évidemment qu’on les veut.

Merci Strasbourg Music Week pour la claque

“Real Love” est magnifique et même si elle est plus calme, l’intensité n’en est pas moindre. Ma gorge se sert, une petite larme coulera. Mais il suffit de regarder Jeff danser sans arrêt à la basse, avec la même passion que sa partenaire (on aurait fait pareil si on n’avait pas eu notre appareil photo), et Denis sourire de derrière sa batterie pour sentir les good vibes continuer d’irradier de ce concert. Un concert qui finira en tentative de chorale géante sur “Give It Back To Me”. Si le public a peut-être eu du mal à convaincre le groupe, on promet qu’on a fait ce qu’on a pu. Mais je crois qu’on était tous dans le même état : bien trop respectueux de ce concert pour risquer de le gâcher, et surtout ce final en crescendo qui nous laissera la tête dans les étoiles.

Je sors de là le cœur gonflé, le vinyl dans les bras, avec le projet de les faire rejoindre bien vite mes playlists (à côté de Porridge Radio, place idéale) et l’envie de crier au monde d’aller voir Francis Of Delirium sur scène. Ça tombe bien, ils passeront à Paris à l’automne. Préparez-vous. Cette Strasbourg Music Week a vraiment beaucoup trop bien commencé.