Francos de Montréal : dernier jour avec Ariane Moffatt, Aupinard et Bibi Club
COMPTE RENDU – Retour sur notre dernière journée aux Francos de Montréal. Trois concerts, trois artistes et groupes qui ont su nous enthousiasmer.
Déjà la dernière journée des Francos de Montréal 2026. Une fin de semaine ponctuée par de nombreuses alertes météo sur nos téléphones. Dans l’après-midi, le ciel a grondé et a laissé le sol bien boueux. Heureusement, après la pluie, le (presque) beau temps, ou du moins, du répit pour la musique.
Aupinard

Pour le premier concert de ce samedi 19 juin, on a rendez-vous sur du bon asphalte des familles. Aupinard joue sur la place des festivals. Quand le fond de la scène s’éclaire enfin affichant le nom de l’artiste, les cris retentissent dans la foule, impatiente. Les premiers rangs sont jeunes et connaisseurs, c’est eux qui mettent une ambiance relative par rapport à la foule amassée. Deux musiciens se joignent à Aupinard, guitare et batterie. Comme on l’a déjà dit, en live, de vrais instruments apportent beaucoup au rap, plus de profondeur, plus de punch.
« Ça me fait extrêmement plaisir d’être là ! Est-ce qu’on fait la fête ou quoi ? ». C’est officieusement la seconde fois d’Aupinard à Montréal (en 2024 il accompagnait Luidji), mais la première en son nom. Le rap d’Aupinard est hybride, comme toute la musique de nos jours. Influencé par la musique latine, Frédéric Yoan Opina, de son vrai nom, n’est pas une boule de nerfs qui explose sur scène, il s’y déplace tranquillement. Son flow lui pourrait être qualifié de nonchalant, sans connotation négative cependant. Sa voix est grave, mesurée, ses mots sont posés et se fondent bien sur les petites rythmiques de bossa nova de son guitariste et le beat soutenu et groovy de son batteur (« un thé ? »).
Ne pas perdre la voix

Il interprète majoritairement les titres de son deuxième album, spleen.social club sorti en avril dernier. On entend des airs de bossa nova, mais aussi du jazz (« le port des gens aimés »), r’n’b (« peau ébène »), tout ça rappé et chanté. Aupinard perd presque sa voix mais parvient à finir son set sans trop de difficultés. Descendu dans le pit, il grimpe sur les barrières et ambiance le public avec « P&P », sa collaboration avec Ino Casablanca. On doit malheureusement filer avant la toute fin du show, puisqu’au loin on entend déjà la voix d’Ariane Moffatt. Aupinard fera son premier Zénith de Paris, le 2 avril 2027. Il reviendra à Montréal en tête d’affiche, on en est persuadé.
La sacrée carrière d’Ariane Moffatt

Quand on arrive à la scène Loto-Québec, le parterre est probablement le plus rempli du festival depuis le passage de La Bottine Souriante. Le public a entre 25 et 50 ans, avec des poussettes et quelques jeunes enfants qui accompagnent leurs parents. Transgénérationnel ! Ariane Moffatt, dans sa tenue rouge et ses lunettes à 15$ qui vont vite finir jetées dans le public, est déjà en train de mettre le feu.
Entre son clavier à gauche et ses machines sur la droite, Ariane Moffatt passe d’un stand à l’autre avec aisance, jouant même de la guitare quand nécessaire. Derrière elle, trois musiciens, claviers, basse et batterie tiennent la cadence. La Québécoise joue en majorité les chansons de son dernier album, Airs de jeux, sorti en mars 2025. Des titres très dansants, très pop qui ne laissent personne sur la touche (« Jouer », « Le ministère de la solitude », « Tout »). Elle s’accorde une pause émotion, en dépoussiérant « Poussière d’ange », un morceau, écrit pour une amie, extrait de son premier Aquanaute (2002 !). Et oui Ariane Moffatt est un monument de la musique québ francophone ! Plus de 25 ans de carrière et de nombreux souvenirs aux Francos.
Boucler la boucle

Elle est si à l’aise sur scène que ça en est bluffant. Même en l’arpentant, son timbre de voix reste stable et on point (bien qu’on aime moins l’autotune ajouté par moment). Comme le public, on se réchauffe en dansant, notamment grâce à « Réverbère », « Debout », « Miami » ou encore sa reprise de « Nuit magique » (Catherine Lara), une chanson qu’on adore. Malgré quelques passages instrumentaux plus longuets notamment pour le plus jeune public, l’ambiance reste bonne et bon enfant. De là où on est, on adore observer des quarantenaires et cinquantenaires chanter à gorge déployée.
En rappel, Ariane Moffatt joue (logiquement) « Montréal », et « boucle la boucle » en ressortant « Point de mire », une chanson de son premier album. Tout sourire, elle drop son mike telle la popstar qu’elle est alors que les applaudissement retentissent avec ferveur. On est encore époustouflé alors qu’on se dirige vers la scène Spotify.
Bibi Club, célébrer la vie et l’amour

Autre concert, autre ambiance, on est venu découvrir Bibi Club. Le duo (et couple) formé d’Adèle Trottier-Rivard et de Nicolas Basque (Plants and Animals) n’en est pas à son premier festival. Amaro leur troisième long-jeu est sorti en février dernier. Positionné devant un paravent sur lequel a été installé un rideau où défilent des formes indéfinies, Bibi Club change drastiquement l’ambiance. Plongée dans un post-punk électronique et gothique, un poil de La Femme, de Siouxsie and the Banshees et de Suicide. Adèle manie les synthés et la cymbale, tandis que Nicolas gère les séquences de guitare bien pinçantes.
« Merci d’être là avec nous malgré la pluie », lance Adèle Trottier-Rivard. Les gouttes ne semblent pourtant pas gêner le public bien équipé. Le duo rend rapidement un hommage à Lhasa de Sela en reprenant « J’arrive à la ville » (si on ne dit pas de bêtise). Il nous faut un peu de temps pour réussir à passer de la pop bubbly d’Ariane Moffatt à l’atmosphère berlinoise de Bibi Club. Le dernier album du duo est teinté des deuils d’être chers. Le leitmotiv « l’amour survit à la mort » (« Le château ») est explicite. Une chanson cinématographique dont les suites d’accords mélancoliques sont revisités à l’autoharpe.
Vive la musique francophone
« Je veux vivre, je veux aimer », chante Adèle dans « George Sand », d’une voix éthérée, sans beaucoup de nuances. Le texte n’est pas au cœur du projet, et tant mieux car il n’est pas très articulé et on peine à le suivre. Pourtant, il est essentiel à la proposition, comme un instrument à part entière. « Amaro » parvient ainsi à nous fait basculer dans cet état de transe que permet leur musique grâce notamment à cette boîte à rythme pressée qui permet à l’esprit de vagabonder et de décrocher. Tu en es ou tu n’en es pas.
Adèle conclue la soirée avec une vérité qui pourrait résumer nos Francos : « C’est toujours spécial de s’unir et de connecter via la musique ». La messe est dite. Vive les Francos, vive la musique, et vive la musique francophone.
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Crédit photos : Emma Shindo
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