James Vincent McMorrow : « Le vrai folk c’est celui des années 60. Le reste c’est de la pop music avec du banjo »

Ne dites plus que James Vincent McMorrow n’est qu’un chanteur avec une guitare. C’est beaucoup plus complexe que ça. Pour Post Tropical, James le coquin, a pris tout le monde à contre-pieds. Il est parti dans l’exacte direction opposée de Early in The Morning. D’ailleurs, si on pouvait aisément dire que le premier effort était folk, le deuxième est, lui, inclassable. 

A l’écoute de Post Tropical, on se rend compte qu’il est très différent du premier album, pourquoi ce virage artistique ?

Attention, je n’ai pas tout changé ! Je suis toujours le même musicien, je suis toujours le même chanteur, j’écris toujours les mêmes chansons. J’explore juste une autre facette de ma musique. Il aurait été très ennuyeux de faire la même chose que le premier album, qui était un album très simple. Il devait être simple. C’est vrai que les deux albums sont différents mais ils représentent deux moments importants de ma vie et deux facettes de ma personnalité. J’aime mon premier album, les gens l’ont aimé aussi, et je leur en suis éternellement reconnaissant pour ça, mais je ne voulais pas refaire la même chose, je pense que cela aurait été très ennuyeux pour moi et pour les gens qui écoutent la musique..

Tu ne voulais plus être un « chanteur avec sa guitare » ?

Je ne suis pas seulement un chanteur avec sa guitare et encore mois un folk singer. Je dis ça parce que je sais ce qu’est le folk et ce n’est pas moi, comme ce n’est pas non plus ce que fait Arcade Fire. Les gens disent que je suis un chanteur folk parce que j’ai une guitare et une barbe. C’est un peu facile et ennuyeux comme raccourci. Je n’ai jamais été un folk singer, je pense que mon premier album était plus soul que folk d’ailleurs. Mais la guitare était très présente parce qu’à l’époque c’était le seul instrument que je pouvais mettre vraiment en avant  parce que je n’avais pas d’argent pour enregistrer en studio. Ça me fait toujours rire qu’on dise que mes chansons sont des chansons folk, parce que clairement ce n’est pas du folk, pour moi le seul folk c’est celui des années 60, c’est celui que j’aime écouter. Le reste c’est de la pop music avec du banjo !

Alors quoi, tu crois que le folk n’existe plus aujourd’hui ?

Oh si, il existe toujours mais je pense que les gens ne savent pas ce qu’est le vrai folk. Si on prend le sens premier du folksong, celui de Bob Dylan où même d’avant, c’était des chansons protestataires. Evidemment que je pense qu’il existe toujours des chanteurs folk. Quand les gens disent que le deuxième album d’Arcade Fire c’est folk parce qu’il y a des guitares partout, je ne suis pas tout à fait d’accord. Je pense qu’ils mélangent instruments, musique et la façon dont les musiciens sont habillés ou comment ils se coiffent. Je ne considère pas non plus Iron & Wine comme étant du folk, par contre c’est un superbe songwriter. De même pour Elliott Smith. Il a une guitare oui, mais il écrivait des chansons pop. Et je suis persuadé que si on demande à Robin de Fleet Foxes quel genre de chanteur il est, il répondra un chanteur pop. C’est facile d’être confus vu le nombre de genres et de styles de musiques. Mais je pense qu’il y a encore de vrais folk singers, mais ceux que j’écoute moi, sont surtout Bob Dylan et Neil Young.

Revenons à ton album, comment s’est passé l’écriture ?

Les chansons sont arrivées à moi vraiment doucement… mais en même temps je n’aime pas quand les choses arrivent trop vite cela voudrait dire que c’était trop facile. Les bonnes chansons, pour moi, sont celles qui prennent leurs temps à éclore. Je ne suis pas d’accord lorsqu’on dit que la première idée est la bonne, parfois la première idée est celle qui est trop évidente. Je n’aime pas trop ça. J’aime prendre mon temps, explorer. Encore plus avec cet album. Il ne s’agit que d’explorations : de nouveaux sons, de nouvelles textures, de nouveaux instruments. Je me suis vraiment donné à fond, ça m’a pris plus d’un an pour avoir les bonnes chansons. C’était un long processus, mais finalement ça me plaît de travailler comme ça.

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Ma chanson préférée est sans doute « Glacier », raconte-moi un peu son histoire.

J’aime la façon dont les Français prononcent « Glacier » (rires) ce n’est pas une chose à laquelle on pense au moment où l’on écrit… J’aime bien…C’est la chanson la plus forte de l’album et sombre. Je la voulais d’abord atmosphérique puis plus agressive, qu’il y ait quelque chose de hip hop car je suis un gros fan de hip hop. Au début elle sonnait très électronique, je trouvais qu’elle était trop lazy. J’y ai ajouté une batterie métronomique, des claquements de mains etc… Finalement, le schéma simple, je ne vais pas tout te dévoiler mais  j’avais envie de m’amuser avec ma voix.

Ta voix justement est impressionnante. Plus encore sur cet album… Quel est ton secret ?

Ma voix (rires) SURPRISE ! Le travail. Aujourd’hui la façon dont je chante est complètement naturelle mais ce ne l’était pas auparavant… Je ne chantais pas quand j’étais enfant… Je n’étais pas Michael Jackson, tu vois. J’ai pris conscience de mes capacités quand j’ai eu 17 ou 18 ans. Je ne sais pas d’où ça vient parce que personne dans ma famille ne chante de cette façon-là. C’est juste parti d’un sentiment, au fond de moi je pensais que je pouvais le faire. C’est étrange mais j’avais une idée dans ma tête et des mélodies que je fredonnais. Et il y a trois/quatre ans, je me suis rendu compte que je pouvais chanter en poussant encore et encore ma voix. Encore et encore. Il n’y a pas de secret. Ca peut paraître un peu nul et sans surprise de dire comme ça, mais non je ne me suis pas réveillé un matin en chantant de cette manière ! (Rires). C’est un long, très long processus. Mais c’est comme ça que j’aime les choses, quand elles arrivent doucement. D’ailleurs, ma voix est très différente entre le premier et le deuxième album… Quand j’écoutais les enregistrements, je me disais « merde, je peux vraiment faire ça? ».

Propos recueillis par Sabine Bouchoul

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