Chronique nocturne : Gael Faure, l’hiver, le silence et l’avenir.

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« Ah, mais je vois que toi, tu écoutes la musique avec les yeux, coquine ». 2014. On m’a dit ça alors que je parlais de Gael Faure. C’était sans doute une blague mais je n’ai pas trouvé ça très drôle. Ça m’a légèrement soulevé un excès de rage et des envies de meurtre avec violence. Voire même actes de barbarie. Sous prétexte qu’une fille aime bien la musique d’un garçon un peu beau gosse, automatiquement il ne s’agirait uniquement d’attrait purement physique. MERDE. A-t-on dit aux garçons que selon nous, les filles, les raisons pour lesquelles ils ont tous craqué pour Melody Echo Chamber, c’est uniquement pour son (très) jolie minois ? Non. Bien sûr que non. Pourtant on y a pensé très fort. 2014. Dans la tête des garçons, rien n’a changé. Alors peut-être que Gael Faure est beau gosse, bravo aux parents, mais ce n’est pas le sujet. Clairement, on s’en fout. Si ça peut te faire plaisir, imagine le garçon borgne et bossu. Moi, son album, très  bel album, je l’ai écouté ni avec les yeux, ni avec mes hormones (elles vont bien, si ça te tracasse). J’ai fait comme toi garçon, journaliste, critique émérite ou simple mélomane masculin, j’ai écouté avec mes oreilles grandes ouvertes. Et seulement avec mes oreilles.

De Silences en Bascules. C’est le titre poétique de l’album, sujet de cette chronique qui ne démarre finalement, que maintenant. Veuillez m’en excuser. Il me fallait, aussi, un peu de temps pour savoir exactement quoi raconter. Parce que webzines et journaux décortiqueront chacune des chansons de l’album à partir du 10 février, en expliquant pourquoi il y a du farfisa à tel endroit, ce qu’il a voulu dire dans « Château de Sable« , et chercheront à savoir à qui s’adresse la chanson « Sibérie« . Si elle s’adresse à quelqu’un en particulier. Je ne sais pas si j’ai envie de faire de l’étude de texte façon commentaire composé du lycée. Et puis ici, on a déjà tout dit sur Gael Faure.

Nos chemins se sont croisés il y a trois ans. Le coup de foudre musical a été immédiat. On a aimé la simplicité des chansons, leur sincérité, leur charme. Alors, depuis, on ne s’est jamais vraiment quittés. On lui a tiré le portraiton l’a vu en concerton l’a interviewé, on l’a suivi aux Francofolies de la Rochelle. De la Dame de Canton à la Grande Scène de St-Jean d’Acre. Du guitare-voix à la formule trio, formule gagnante. On a eu peur, souvent, que Gaël Faure se perde en chemin, qu’il change l’essence de ses chansons, cédant aux chants des sirènes, ici la major qui l’a signé, et devienne un de ces chanteurs pop qui déclenchent des cris d’hystérie aux jeunes pucelles de moins de quinze ans. Dieu merci, ce n’est pas le cas. Les chansons de De Silences en Bascules, sont celles qu’on avait déjà eu la chance de pouvoir presque écouter en avant-première, en concert, il y a déjà quelques années… De l’avantage d’être curieux et de ne pas attendre Virgin Radio pour découvrir de « nouveaux talents ». Sans offense.

L’album a pris son temps à arriver jusqu’à nos oreilles, presque deux ans. On retrouve donc des chansons qu’il chantait à l’époque du guitare-voix, en mode roots. On les aimait déjà, on les apprécie encore plus avec les nouveaux arrangements. Étoffées, elles prennent une nouvelle dimension. Elles ont perdu leurs côtés intimistes et mais elles restent chaleureuses.  Bien au contraire. Elles deviennent plus les moyens de locomotion d’un voyage intérieur et spirituel, la faute à ces nombreuses nappes qui t’emportent loin. Très loin. Les grands espaces. Les espaces plus ou moins froids. Il est question de paysages enneigés, d’amour (toujours), de voyage, d’hiver, d’été, de temps, de questions liées à la vie. « Tu me suivras » revêt d’une nouvelle dynamique, plus rythmée, plus pop aussi affirmeront certains. Et puis, il y en a des nouvelles qu’on découvre. « Avoir sans être » pleine d’illusions perdues et d’optimisme.  Elles sont signées Ben Ricour, Barcella, Chet, Tété. On retrouve facilement la touche de chacun de ces auteurs. Farfelue. Rêveuse. Joyeuse. Triste. Parfois trop, comme « Surprise », l’unique faux-pas de cet album. L’écriture trop typique de Barcella se sent trop. Si Gael Faure n’écrit pas (encore) ses textes, en revanche il en compose les mélodies. Des mélodies qui naissent de quelques accords, quelques arpèges typiques du folk anglo-saxon bien évidemment, teintées de douce mélancolie. La guitare d’ailleurs, on se réjouit de l’entendre distinctement, comme un souvenir du guitare-voix des premières années.  De Silences en Bascules est un album aux multiples facettes, impossible à véritablement définir. Appelle-ça comme tu veux, chansons françaises, chansons d’inspirations folk, variété…  On s’en contrefiche des étiquettes, c’est un problème qui ne regarde que les radios et la Fnac.

Ce qu’on retiendra c’est qu’il se dégage de cet album, réussi, un sentiment étrange de béatitude et de légèreté. Les chansons ont cette capacité étrange de rendre heureux ceux qui les écoutent, malgré des textes qui pourtant, ne respirent pas toujours la joie de vivre comme ce « Reste encore l’avenir » qui clôt l’album, poignant et touchant… « Pour finir sur une note zouk », comme dirait Julien Doré… Les chants les plus douloureux… bref tu connais la suite… En fait, je m’arrête là. Tu n’auras qu’à écouter l’album sur Deezer à partir du 10 février. Et puis de te déplacer au Café de la Danse le 11 mars. On ne va pas, encore, te mâcher tout le travail.

Et puis, l’avis d’une fille, on s’en fiche non ?

 

Crédit photo : Hélène Pambrun

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