La fille qui a divorcé de John Frusciante

ATTENTION : cet article a été écrit suite à une « gros-sur-la-patatitose ». Pour cette raison, il comportera un nombre conséquent de lignes, alors s’il te plait, ne fuis pas (en plus, j’ai mis un GIF dedans).

J’ai toujours été fidèle. Fidèle dans mes relations, fidèle au Milka quand ce satan de Lindt me faisait de l’oeil, fidèle jusqu’au bout des ongles. Et quand vient la déception, je peux difficilement m’en remettre. Parfois, je ne m’en remets pas. Forcément, en musique c’est pareil.

J’ai difficilement accepté le virage commercialo-popo-cramoisi des Red Hot Chili Peppers, LE groupe de mon adolescence (si mon moi d’il y a 7 ans voyait ça, il serait déjà mort). Mettant ça sur le compte du départ de Dieu.

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Dieu, c’est John Frusciante. Le type qui m’a donné envie de jouer de la guitare. Celui avec qui j’ai passé tant d’heures, sombres ou agréables, de mon adolescence. Celui que j’ai fait découvrir à mes amis, que j’ai exposé dans ma chambre avec des posters tous plus grands les uns que les autres. L’un des meilleurs guitaristes de tous les temps, qui n’a pas une technique irréprochable mais qui a su faire la part belle aux émotions. Qui transformait la mélodie la plus banale en petit lingot d’or. Ses innombrables solos sont là pour en témoigner. Si tu n’as pas eu les frissons dans le dos, ou rien qu’une larme dans ton oeil, c’est au mieux que tu n’es pas humain.

Autrefois, ce Monsieur a intégré les Red Hot Chili Peppers en tant que fan, suite au décès prématuré de leur guitariste Hillel Slovak. Ce groupe alors confiné dans le L.A. des années 80 trouve un nouveau souffle sous l’impulsion de Frusciante, et enregistre Mother’s Milk en 1989, premier succès d’une longue série. Les mélodies s’imposent peu à peu au milieu d’une section rythmique imposante (la base du funk rock / « fusion »), et des hits des Californiens, beaucoup ne retiennent que les lignes de guitare (Under The Bridge, Give It Away, Californication, Scar Tissue, By The Way…). Pendant l’enregistrement de l’album By The Way, justement, Flea (le bassiste) reprochait à Frusciante de prendre toute la place.

Parallèlement au groupe, John Frusciante a toujours composé en solo ou dans des side-projects. L’un de ses albums solos les plus marquants, Niandra LaDes and Usually Just A T-Shirt, est sorti en 1994 alors qu’il était depuis des années sous la totale emprise du splendide cocktail héroïne-cocaïne (ce qui a failli lui coûter la vie). Il a même écrit, à peu près dans la même période, une sublime BO pour Vincent Gallo. Plus tard en 2004, il se dit « tiens, j’ai rien à faire, et si j’enregistrais 6 albums en 6 mois ? ». Et là où certains se seraient contentés de sortir des compilations de titres issus de sessions avortées, l’ami John a fait les choses simplement : 4 albums solos, tous plus beaux les uns que les autres, un avec un groupe monté de toute pièce (avec notamment Josh Klinghoffer, actuel guitariste des RHCP) et l’autre avec ce même Klinghoffer. Enfin, en 2009, quelques mois avant d’officialiser son départ des RHCP, est sorti son chef d’oeuvre, The Empyrean. L’album concept d’un artiste au sommet de son art, et de sa gloire.

Tout ce petit monde a contribué à la reconnaissance mondiale du talent immense et de la créativité à toute épreuve de Dieu. Mais comme dirait l’autre, « je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître« , quand on prenait encore la peine d’acheter des albums live, ou même – soyons fous – un DVD live (si si, je te jure ça existe, même que dans le public, y’avait pas un seul iPhone en l’air), par exemple.

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Parce qu’aujourd’hui, ce John Frusciante n’existe plus que dans mes souvenirs et les recoins de Youtube.

Celui que l’on critiquait pour la relative simplicité de ses créations est aujourd’hui décrié pour la complexité de ses expérimentations. Les boîtes à rythmes ont évincé les fûts, les loopers ont supplanté les wah wah, les synthétiseurs ont détrôné les stratocasters. La boucle est bouclée. Ce que l’on aurait pu attribuer à une faiblesse mode passagère à l’époque (2011) s’est confirmé en une vague destructrice. On ne retrouvera désormais plus le barbu d’antan qui n’aurait lâché pour rien au monde sa Martin 0-15 des années 50.

Mais comme si cela n’était pas assez, il a également jeté son dévolu sur … les rappeurs. Et les rappeurs et moi, ça fait trois. Au moins.

Ok, certes, le type a une ouverture d’esprit à toute épreuve, curieux de tout, désireux d’apprendre, mais moi, mon désir, c’est pas de passer dix minutes à me demander quel enfant de trois ans à qui l’on aurait donné en joujou un APC (vous savez, la boîte noire avec tout plein de carrés dessus) a pu faire cette « chanson ». Oui, entre guillemets, parce que je n’ai pas trouvé le mot adéquat pour qualifier ça :

Et encore, c’est vraiment pas la pire …

Je n’ai même pas eu la force ni la volonté d’écouter son dernier « album ». Et encore moins de l’acheter.

Je me souviens encore de l’émotion que m’avait procurée la première écoute de The Empyrean, l’espèce de gifle monumentale que m’avait filée Unreachable (probablement le meilleur morceau de la Terre entière, six minutes d’une rare extase auditive dont seul Frusciante a le secret, avec un solo dantesque digne des plus grands albums des années 70). Tout comme je me souviens du jour où j’ai reçu son dernier EP (parce que oui, c’est moi la fille qui achète les CD dans les magasins). La première envie que j’ai eue, en l’écoutant, était de le jeter du haut d’une tour de 30 étages. Comme ça. Paf.

Délaisser ce pour quoi on est célébré aux quatre coins de la planète, ce don que des millions rêveraient de posséder, pour au final faire des bruits, c’est pas vraiment la plus belle des happy ends. Ce gars et cette carrière auxquels je vouais un culte immense, moi qui ne crois en rien ni personne d’autre, ce remède à la nullité ambiante de la musique actuelle, tout ça, il a fallu leur dire adieu pour de bon.

Alors, peut-être que c’est manquer grandement d’ouverture d’esprit. Peut-être que c’est faire la petite aigrie de service, égoïste, avec son autocollant « c’était mieux avant » collé sur le front. Ou peut-être que, simplement, j’ai grandi. Mais aujourd’hui, j’ai divorcé de John Frusciante.

P.S. : Si tu reviens, j’annule tout. Promis.

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Une pensée sur “La fille qui a divorcé de John Frusciante

  • 16 juillet 2014 à 18 h 43 min
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    Il est super ce morceau de Outsides! Faut se laisser porter par l’ambiance, il a toujours fait des trucs un peu perchés 😉

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    • 16 juillet 2014 à 18 h 51 min
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      Oui, c’est le seul qui passe à peu près, mais rien que pbx, déjà, ça sent le roussi … Avant, même quand c’était torturé, t’avais un côté direct dans tous ses morceaux. Maintenant,t’as l’impression que c’est même plus de la musique, c’est difforme.

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      • 26 octobre 2014 à 21 h 12 min
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        Ré-écoutes Niandra Lades et dis moi que ce n’est pas difforme. Laissez sa créativité aller là où elle veut, il n’a plus rien à prouver et refuse de stagner.

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