Pourquoi les reprises ?

Avec la réapparition au début des années 2000 des télé-crochets, rendus plus sexy avec l’arrivée de la télé-réalité, l’art des reprises a pris une place plus grandissante dans le paysage musical français. Pour certains une nouveauté, pour d’autres un retour. Pour les plus jeunes une évidence. Il n’en reste pas moins que reprendre une chanson écrite et créée par d’autres répond à une vieille tradition française et anglo-saxonne. Toutefois, est-il possible d’appeler “reprise” toute tentative de rejouer une chanson qui fût un jour un succès ? Ceci est bien moins sûr.

Le fait de reprendre une chanson est une coutume qui avait disparu de la culture musicale française jusqu’au début des années 1990. Arrive alors notamment Miossec qui s’est amusé, sur ses albums, à reprendre des succès de la variété française (“Salut les amoureux” de Dassin, “La fille à qui je pense” de Johnny), mais également l’émission Taratata qui demandait alors aux artistes invités de réinterpréter une chanson de leur choix. Toutefois, cette pratique était largement répandue dès le début des années 50.

Dans le Paris de la rive gauche, nombreux furent les artistes à reprendre les chansons de leurs aînés; soit pour s’extirper des planches difficiles des cabarets d’alors (Barbara reprenait Brel et Brassens) soit pour étoffer son répertoire (Piaf reprenant une chanson argentine pour en faire « la foule »). Avec l’arrivée des Yéyés, la pratique se multiplie. Le répertoire américain difficile d’accès alors en France, sert de base à bons nombres d’artistes afin d’avoir du grain à moudre (Un spécialiste : Claude François avec “Si j’avais un marteau”, “Même si tu revenais”, “C’est la même chanson”…)

Elvis-Presley

Dans la culture anglo-saxonne, la chose a toujours été bien plus ancrée. En effet, les grands courants musicaux qui furent à la base de la musique populaire états-unienne, le blues et la country, ont toujours partagé leur répertoire entre composition personnelle et chanson traditionnelle. Reprendre une chanson qui existe déjà pour en faire son propre succès est plus que commun. La première chanson d’Elvis, “That’s All Right (Mama)” était une reprise d’Arthur Crudup ; Ray Charles multiplia les réinterprétations de standards entendus dans sa jeunesse comme le fameux “Georgia On My Mind” ; le grand “Hallelujah” de Jeff Buckley est une oeuvre du non moins grand Leonard Cohen. Les exemples sont légion. La tradition traverse la Manche et l’on retrouve également de nombreux d’exemples de la pratique dans la culture britannique, à commencer par les deux groupes les plus emblématiques : les Beatles (« Twist and Shout ») et les Rolling Stones qui commencèrent à enregistrer des albums de reprises de blues.

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Toutefois, peut-on mettre dans la même caisse de guitare la manière de rejouer « Hallelujah » de Cohen par Buckley, et le “si j’avais un marteau” de Cloclo ? Sont-ils dans la même démarche ? Nous nous devons d’être exigeants quand nous appelons une chanson “reprise”. La reprise doit se prévaloir d’un apport à la chanson originale, une nouveauté. Un changement. Elle doit la modifier sensiblement ou par petite touche ; la réactualiser ou rendre hommage à une époque ; être reconnaissable dès le premier coup d’oreille ou seulement après de nombreuses écoutes. Pour faire une reprise, il faut apporter une nouvelle part artistique à un morceau déjà installé dans un univers, une époque, un style. Cette définition élimine donc de fait les albums “hommage” qui pullulent dernièrement et qui visent dans la plupart des cas plus à ressortir de l’anonymat de vieux chanteurs ou à (re)lancer la carrière de jeunes interprètes devenus has been dès le moment où ils se sont mis devant un micro. Disons immédiatement au revoir à “Génération Goldman”, “génération Moonwalk” (oui ça existe !!) ou encore le “duo de mes chansons” de Gérard le Norman : “voici les clefs”. En revanche, bonjour aux Brigitte avec leur reprise de “Ma Benz” de Ntm, ou encore à Julien Doré et ses “Moi Lolita” ou “Femme Like You”. La “reprise” doit faire entrer la chanson dans une nouvelle démarche artistique et lui permettre de se parer de nouveaux habits et non tenter de se rajeunir avec des vêtements mal rapiécés.

brigitte

Quelques reprises à mettre dans ton iPod :

Voici une liste de reprises. On aurait pu choisir les plus connues, mais le choix s’est plutôt porté sur les plus surprenantes, soit que leur interprète nous étonne, soit que nous soyons surpris que ce fût une reprise.

With A Little Help From My Friends – Joe Cocker ; version originale : Beatles

Hotel California – Gipsy Kings ; version originale, Eagles

Symphonie n°5 – Walter Murphy ; version originale Beethoven

La mer – Julio Iglesias ; version originale : Charles Trenet

The Star – Spangled Banner (hymne américain) – Jimi Hendrix

Summertime – Mike Brant ; version originale : George Gershwin

Your Song – Billy Paul ; version originale : EltonJohn

La liste est bien entendu subjective et loin d’être close….

Charles L.

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