On a lu : « Journal » de Julie Delporte (éd. L’Agrume)

Il y a certains livres qui rentrent dans votre vie comme des amis. J’ai rencontré Journal au Festival d’Angoulême 2014. Julie Delporte était en dédicace sur le stand de L’Employé du moi et ses dessins au crayon de couleur m’ont attirée jusqu’à la table.JournalJournal était alors seulement disponible en anglais. Si l’auteure est d’origine française, elle vit à Montréal et la première publication était une traduction de l’original pour une diffusion dans tout le Canada. Séduite par les traits francs et très colorés comme par l’idée de plonger dans une intimité dessinée, je n’ai pas attendu la publication française et me suis procuré l’ouvrage. J’ai néanmoins plus apprécié la réédition française par les éditions de l’Agrume. L’objet livre étant, pour moi, plus aboutit avec sa couverture très rigide et un papier un peu plus épais. Mais aussi parce que j’ai senti que c’était en français que Julie Delporte avait d’abord mis en mots ces quelques mois charnières dans son existence.

Journal s’ouvre sur une rupture en demi-teinte. L’auteure et son compagnon s’avouent vaincus par la vie commune et s’ils restent ensemble, chacun doit trouver un nouvel appartement où habiter. On suit alors Julie Delporte dans un parcours tortueux où règnent la perte de repères et l’inconfort.

Chaque page ou double page est un instantané, rien n’est noyé sous les mots et pourtant beaucoup de choses sont dites. Comment reconstruire une relation après un échec, et cela a-t-il même du sens ? Comment se réinventer un quotidien ? On sent sa difficulté à faire des choix seule, à définir un cap à suivre.

« Depuis que tu es parti, je dessine tous les jours. »

En parallèle de ses questionnements relationnels, Julie Delporte se confronte aussi à ses doutes artistiques. La rupture nourrit son inspiration et l’auteure prend même la décision de partir dans le Vermont pour rejoindre une résidence artistique. Journal est aussi un moyen de tester son trait, et la technique du crayon de couleur. Je trouve ses dessins à la fois très délicats et forts, appuyés. L’usage des couleurs peut être parfois surprenant mais c’est aussi ce qui participe à rendre le dessin de Julie Delporte si expressif.

Le livre reste sur un fil, parfait équilibre entre récit personnel et tension vers l’universel. Car je me suis aussi un peu lue dans ces pages, et peut-être que vous aussi…

Journal, de Julie Delporte, éd. L’Agrume, avril 2014, 20 euros

Émilie Boujon

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