Montage of Heck : l’incursion trop trop intime dans la vie de Kurt Cobain

Dave Grohl a récemment déclaré qu’il était terrifié en regardant Montage of Heck, le documentaire de HBO dédié à Kurt Cobain. Il n’a vu que dix minutes pas plus. Au Washington Post, il raconte que « tout ce truc sur lui quand il était enfant, je pense que ça m’aurait rendu terriblement triste. Et les moments sombres, à la fin, je pense que ça m’aurait consumé« .

Je le comprends.

Je ne connais pas Kurt Cobain. Je ne l’ai même jamais vu en concert. Je suis née à la mauvaise époque mais j’ai grandi avec lui. Son âme, son aura, sa musique. Il m’a « accompagné » au fil des années. Au collège, j’ai écouté quelques morceaux, ceux qui passaient à la radio, sur Oui Fm. Au lycée, j’ai acheté les albums, j’ai commencé à essayer de traduire les paroles. A la fac, j’ai lu les biographies, le journal intime de Cobain et j’ai regardé quasiment tous les lives de Nirvana que je trouvais sur YouTube, regardé tous les documentaires aussi. Quand je suis dans une colère noire, j’écoute le plus fort possible l’album « Bleech », quand j’ai besoin de me calmer, c’est dans le MTV unplugged que je me réfugie. C’est grâce cet unplugged que j’ai commencé à m’intéresser de plus près à David Bowie, parce qu’ils reprenaient « The Man who sold the world » et que je trouvais la chanson jolie, géniale et triste à la fois. C’est avec cet unplugged que j’ai appris à jouer de la guitare avec « Come as you are » et « Where Did You Sleep Last Night » après. Je regardais encore et encore les mains de Kurt pour savoir où placer mes doigts sur les cordes et faire les mêmes accords que lui.

Après la phase numéro un que traverse tout fan de Nirvana, à savoir tout connaître sur son idole, il y a la phase 2 : celle où tu es toujours triste et mélancolique et nostalgique. Quand je regarde les docus de Kurt Cobain, aujourd’hui, je me sens triste et j’ai la fâcheuse tendance à verser des torrents de larmes devant. J’ai eu des frissons énormes et j’ai pleuré en regardant la bande-annonce de « Montage of Heck ». Déjà. Mais, en tant que fan de Nirvana, il fallait que je regarde ce film. Mais, je n’y arrivais pas. Je ne dépassais jamais les dix premières minutes, comme Dave Grohl. Moi aussi, je me sentais triste.

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J’ai pris mon courage à deux mains, je me suis auto-convaincue que la cinquième fois serait la bonne. Je connaissais déjà les six premières minutes du documentaire : ça commence par Nirvana à Reading, l’histoire de l’arrivée en fauteuil roulant, puis la maman qui raconte que le cerveau de Kurt Cobain fonctionnait à mille à l’heure tout le temps….

La suite ?

Ce sont des passages de vie que tout fan de Nirvana connaît : l’enfance difficile, le divorce de ses parents, un Kurt bourlingué d’une famille à l’autre, d’un parent à l’autre. Un père qui se remarie, une belle-mère qui ne veut pas de lui. Des maux d’estomacs qui ne se soignent pas, la découverte de la beuh, sa scolarité compliquée, les camarades d’école qui se moquent, sa tentative de suicide quand il était ado… On connaît tout ça, on a déjà lu, vu, entendu. Mais raconté par la mère, le père, la sœur, la petite amie et surtout avec les images d’archives, des images personnelles à l’appui, ça fait encore plus mal.

Et puis il y a la musique, surtout la musique. Les premières fois, les premiers concerts, les premières critiques négatives et enfin le succès soudain. Le statut qui change, l’attitude des journalistes, des fans à leur égard. Kurt Cobain détestait les journalistes. Il ne gère pas bien le succès, prend beaucoup de drogues, il devient accro, on le voit vraiment sous influence. On a les images devant nous d’un mec toxico. On le savait, mais ce n’est pas cette image qu’on conserve dans nos têtes… C’est dans une phase down qu’il rencontre Courtney Love. On connaît l’histoire aussi. On sait que tout s’est passé très vite entre eux, que Courtney était surnommée « la femme la plus détestée des Etats-Unis », que Vanity Fair racontait comment la chanteuse se droguait pendant sa grossesse.

Dans Montage of Heck, on voit le couple de l’intérieur. Les moments intimes entre Kurt et Courtney, elle nue, lui nu, aussi, et cette scène absurde et adorable dans la salle de bain. Des moments avec leur enfant, Frances Bean : son premier Noël, son premier anniversaire, sa première coupe de cheveux… c’est sans doute cette scène qui est la plus violente à regarder. L’homme est très maigre, visiblement sous influence d’une grosse dose d’héroïne, il tient sa fille sur ses genoux pendant que Courtney Love essaie de couper les cheveux du bébé. Elle aussi n’est pas très fraîcheKrist Novoselic et Wendy Cobain ont essayé de couper la scène au montage, raconte-t-on, trop gênés par le moment. Frances, co-productrice du documentaire, a bataillé pour la garder, histoire d’être le plus proche de la réalité aussi crue soit-elle.

Mais on ne voit pas qu’un mec toxico, on découvre aussi un papa fou de sa fille, terriblement amoureux de sa femme aussi. On le savait. On savait que Kurt Cobain, cet enfant abandonné par ses familles, avait besoin, une fois adulte de reconstruire un cocon, une famille unie, aimante, se sentir aimé pour de vrai. Pour ce qu’il est et pas ce qu’il représente. Pour Kurt Donald Cobain et pas pour le chanteur de Nirvana. Il a eu ça. Le documentaire se termine sur le fabuleux unplugged. Quelques images des balances, puis « Where Did You Sleep Last Night »…  On connaît aussi ces images-là, ce live, mais on ne peut s’empêcher, une nouvelle fois de chialer des rivières de larmes. C’est sur ces dernières images que s’achève le documentaire. Les yeux rougis, j’ai eu cette terrible impression d’être rentrée un peu trop dans l’intimité de mon idole. L’image n’est pas écornée, le culte que je lui voue est toujours intacte, mais c’est une manière de comprendre qui était réellement Kurt Cobain. Un musicien oui, un gars torturé oui mais surtout un junkie. « I Don’t Blame You », lui chantait Cat Power. Je dirai la même chose.

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