On a écouté : « Lines » de Charlie Cunningham

PREMIER ALBUM – Après trois EP c’est le temps de la confirmation pour Charlie Cunningham. Le songwriter britannique sort Lines son premier album, qu’on attendait de pied ferme.

Je ne sais pas pour toi, mais pour ma part, quand j’attends quelque chose avidement, je suis systématiquement un peu déçue, c’est comme ça. Mes attentes dépassent le réel, le possible, le rationnel. Passé cette contrariété, ce petit pincement au cœur, il faut tourner la page, accepter et apprivoiser.

Charlie Cunningham est très certainement l’artiste dont on attendait l’album avec le plus d’impatience ces derniers mois. Il est surtout l’un des songwriters les plus talentueux qu’il nous ait été donné d’écouter, et de voir ces dernières années. Chaque concert n’était que confirmation d’une indéniable musicalité, d’un talent évident. Un timbre de voix doux de conteur, et des doigts virtuoses, qui dansaient sur une guitare aux tonalités andalouses. Trois EP ont vu le jour, trois pures pépites. Il était temps de rentrer dans la cour des grands, et de sortir un premier album.

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Douze ballades mélancoliques

Douze chansons composent Lines le premier album de Charlie Cunningham, dont « Lights Off », « Breather » et « While You Are Young », qui figuraient sur les EP. Des classiques qui ont déjà fait leur preuve. On découvre également « Molino », un intermède instrumental nébuleux de guitare flamenco, et neuf nouvelles compositions.
C’est définitif, Charlie Cunningham et sa guitare ne sont plus seuls, des nappes électroniques planantes sont discrètement ajoutées en fond sonore (« I Can Be », « Lines ») et la présence du piano introduit pour la premiers fois sur Heights est consolidée (« How Much »). Des cuivres, des chœurs font des apparitions assurées (« Born », « Minimum », « You Sigh ») et des percussions viennent consolider le taping de la guitare. Curieusement, la voix est parfois un tantinet transformée, en plus d’une réverbération appuyée dont nous n’étions pas forcément familiers.

Univers vaporeux et nappes électroniques

D’une manière générale, le Britannique semble vouloir désacraliser son image de chanteur-à-la-guitare-flamenco. Il nous avait d’ailleurs confiés que pour lui, ses influences espagnoles n’étaient « seulement (qu’)un aspect de mon jeu de guitare, une technique parmi d’autres ».  La rupture avec ses habituels guitare-voix est consommée. La page se tourne, Charlie Cunningham évoluera désormais avec des musiciens dans un univers onirique et tourmenté qui se dissocie radicalement de ses ballades, plus légères, du passé ; bien que « Lights Off », « Breather » et « While You Are Young » aient été un peu remaniées pour les besoins de l’album.

Du côté des nouvelles compos, on avait déjà eu un coup de cœur pour « An Opening« , son premier single, interprété en ouverture de son concert au Théâtre de l’Atalante dans le cadre du MaMA Festival. La superbe « Answers » semble s’inscrire dans le sillage de la chanson d’ouverture et nous séduit énormément : une atmosphère tantôt pesante, tantôt évaporée, comme des respirations salvatrices vite castrées par la pesanteur des lourdes nappes électroniques. On n’oublie pas « Minimum » bien sûr, son refrain habillement rythmé et sa riche basse cuivrée.

Une écriture soignée, une production trop proprette

L’écriture de Charlie Cunningham est toujours aussi soignée que ce à quoi il nous avait habitués dans le passé. Musicalement, il n’y a rien à reprocher à Lines. En revanche ce qui nous dérange un peu, c’est l’impression d’écouter un album lissé par une production qui a chassé l’organique et l’authenticité de sa musique, raisons pour lesquelles on avait entièrement succombé aux trois  EP. On comprend bien sûr qu’il s’agit d’un album et d’un passage en studio d’un artiste qui a décidé de faire évoluer sa musique après des années de guitare-voix. Mais pour nous, l’essence même et la magie de Charlie Cunningham n’a pas été complètement capturée dans ce premier album. Ce qui n’altérera jamais rien à la majesté de son projet, tu le sais.

Lines de Charlie Cunningham, sortie le 27 janvier (Dumont Dumont).
En concert le 22 mars aux Trois Baudets.

Soundcloudhttps://soundcloud.com/charliecunningham

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