On a vu : « La La Land » de Damien Chazelle

CRITIQUE CINÉ – Point de cynisme ou de déception dans cette critique, désolée Hater si c’est ce que tu venais chercher. La La Land est une belle et franche réussite, un beau film tout simplement, et on a adoré.

La La Land débute, la chaleur de Los Angeles et sa lumière si particulière sont en place, la comédie musicale chante dès les premières minutes et là, impossible de retenir le sourire qui s’affiche sur mon visage, ni les poils de mes bras de se dresser. Car oui c’est assez tarte, mais regarder des gens habillés de manière ultra colorée, un peu comme des boules de chewing-gum dans un distributeur, dansant en harmonie sur les toits de leurs voitures embouteillées, sur un air de musique ultra-positif et bien ça provoque des émotions positives, ça fait du bien, ça vous embarque et vous plonge instantanément dans  le « concept » La La Land. Ou ça te laisse sur bord de l’autoroute tout aussi instantanément, car pour ce film plus qu’un autre encore, ton humeur et ta propension au romantisme vont nécessairement définir ton appréciation du film.

Déjà enlevons tout de suite le sujet comédie musicale de la table, car il ne faut ni être fan de comédie musicale, ni connaitre tous les classiques en la matière pour apprécier La La Land. Je n’aime pas particulièrement les comédies musicales américaines, mais encore moins françaises (à part l’exception qui confirme la règle On connait la chanson), car interrompre la narration pour forcer des dialogues à rimer de manière maladroite, a toujours provoqué en moi une certaine gêne et donc un manque d’adhésion. Ici la musique, et notamment le jazz, est un personnage à part entière, donc les scènes chantées et dansées ne tombent pas comme des cheveux dans la soupe, elles apportent de la magie et du lyrisme à l’histoire. En sortant du film, je ne crois pas que l’on se dise que l’on a vu une bonne ou mauvaise comédie musicale, on a vu un bon ou mauvais film.

Ma culture en classiques américains est très pauvre, mais bien sûr que j’ai pu reconnaître un certain nombre de références et de clins d’œil vers l’âge d’or des Gene Kelly et Fred Astaire. Certains parleront de plagiat, mais par définition la mode étant un éternel recommencement, pourquoi Damien Chazelle ne pourrait présenter à la nouvelle génération que nous sommes, ce qui a pu divertir et enchanter celle d’avant ? Et en parlant de mode, là où le film demeure parfaitement réaliste malgré les scènes chantées, c’est que le look vintage des deux acteurs, les robes années 1950 de Mia, l’amour de Sebastian pour le jazz et ses codes, la vieille bagnole décapotable avec l’auto-radio K7, tout cela est totalement actuel ! Le vintage est actue,l et donc le style de leur couple est tout à fait dans l’air du temps.

Ce film est avant tout une histoire d’amour. Oui c’est romantique, dans le sens amoureux du terme mais aussi dans la manière d’appréhender la vie par les personnages. Ils sont rêveurs, nostalgiques d’une Amérique où tout semblait être encore possible, et même si leurs problèmes et échecs se déroulent dans un décor hollywoodien, littéralement dans les studios d’Hollywood, il n’empêche qu’ils sont vous et moi. Leur difficulté à combiner accomplissement personnel, vie à deux, confrontation des rêves à la réalité, réussite sociale et financière, cette histoire n’est pas une comédie romantique avec tous les clichés « cuculs » s’y rattachant, c’est la vraie vie avec les claques qu’elle peut nous mettre à tous.

Le reproche que l’on peut faire à Chazelle, c’est qu’il a un couple d’acteurs superbes et talentueux, qui ont déjà prouvé par le passé qu’ils pouvaient être un couple tout à fait crédible, mais il n’approfondit pas suffisamment la chaleur de leur histoire d’amour. Ces deux-là tombent amoureux, d’une jolie manière, intelligente, pleine de complicité intellectuelle et artistique, on découvre au fil des saisons l’évolution de leur relation. Mais cela nous est presque présenté comme un constat, et on peut regretter que l’aspect charnel soit totalement laissé de côté. L’histoire est réaliste malgré l’aspect comédie musicale, donc dans la vraie vie, un Ryan Gosling et une Emma Stone devraient s’envoyer en l’air, visuellement, audiblement, et nous mettre un peu de rouge aux joues. Certains y verront une manifestation du puritanisme américain, sauf que Chazelle n’est pas un pur produit américain. Une volonté de rester « clean » et labellisé PG13 pour les Oscars : je ne pense sincèrement pas qu’il avait cela en tête en tournant cette histoire. Donc pourquoi cet « oubli », cela restera un regret…

Concernant cette course aux Oscars dont on nous rabat les oreilles, le film ne peut avoir été écrit dans le but d’en rafler, car pour cela il faut avoir des acteurs grimés grimaçant et des décors de paysages grandioses, ou historiques. Ici le décor c’est une Los Angeles magnifiée, montrée sous son meilleur jour certes, mais les couchers de soleil avec panorama à 360 degrés, Santa Monica et son ciel rosissant, ouvrez Instagram et avec #losangeles vous devez pouvoir obtenir le même résultat. Pas de volonté de Photoshop, c’est la réalité regardée par quelqu’un qui prend le temps de le faire et qui de ce fait, la rend grandiose, mais ce recul est à la portée de chacun. Sauf que l’on ne prend hélas pas si souvent le temps de faire un arrêt sur image, on ne tombe pas souvent amoureux pour la première fois et donc notre quotidien et nos villes n’ont pas toujours la chance d’être vus au travers de ce filtre. Chazelle nous ouvre les yeux.

Et ensuite, on a simplement de très bons acteurs, qui peuvent vous faire pleurer simplement par l’intensité d’un regard partagé. Gosling ferait écouter du jazz aux plus réticents tant sa passion est communicative, Stone ferait fondre un iceberg par son sourire embué de larmes. Ils chantent et dansent, disons correctement, mais ne se lancent pas dans des performances olympiques. Et c’est cette sincérité et fragilité qui contribuent à la beauté du film. Donc pas d’ours déchirant le dos d’un Di Caprio bavant, pas de maquillage abusif sur une Cotillard imitant Piaf, pas de scène bouclée où l’ensemble du casting peut lever un point victorieux en criant: « yes, good job, ça c’est oscarisable ! ». Juste des personnages attachants, intelligents, nous renvoyant à nos propres histoires.

Car iI y a plusieurs niveaux de lecture à ce film, et il me semble que c’est à cela qu’est dû son engouement actuel général. L’adolescente pré-pubère y verra une histoire d’amour entre deux gens trop beaux, et trop moi je veux gallocher Gosling aussi ! Toi, tu y reconnaîtras peut-être l’histoire que tu as eu avec cette fille, à qui tu pouvais parler de ces passions dont tout le monde se fout et trouve même un peu ridicule, pour qui tu avais envie d’être meilleur, qui t’aimait pour ce que tu es… Et toi qui a un peu le moral dans les baskets, tu te diras que tu n’es pas la seule et qu’il faut essayer plus fort encore, croire un peu plus, que ce n’est pas facile mais c’est pas grave… Ce film est une autorisation à rêver, le chant et la danse permettant à vos chakras artistiques de s’ouvrir et de vous laisser faire, et ce sans tomber dans la mièvrerie. Ce film fait du bien, il tombe aux bons moments dans l’actualité et c’est peut-être sa chance. Sa musique vous séduit, ses acteurs vous embarquent pendant 2h et quel mal y a-t-il à cela ? Le sucre de la comédie musicale, l’acidulé pop des costumes et décors sont ici équilibrés par le sel et le vinaigre de la vraie vie. Mais peut-être que cette recette ça ne prendra pas sur toi, et ma foi, ce n’est que du cinéma…

À LIRE AUSSI : Manchester By The Sea, Ma vie de Courgette… la liste des nommés aux Oscars 2017

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2 pensées sur “On a vu : « La La Land » de Damien Chazelle

  • 7 février 2017 à 19 h 37 min
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    Un navet de chez navet. Les Romans photo et  » Nous deux » apparaissent, en comparaison, comme des œuvres littéraires. C’est du Woody Allen low cost.

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