Carré-Court : « Dans la manière de penser, on est de grands nostalgiques »

INTERVIEW – En plus d’être une coupe de cheveux rétro, Carré-Court c’est aussi un duo limougeaud. Julie Crouzillac et Émilien Gremeaux affectionnent tout particulièrement les années 1960, et ça se sent, de leur look à leur premier EP blues-rock, qui s’écoute tout en dansant et redressant son chignon choucroute. Rencontre.

Rocknfool : Pour les gens qui ne vous connaissent pas encore, est-ce qu’on peut parler un peu de vous ? Je sais que vous vous êtes rencontrés après vous être perdus de vue pendant plusieurs années, donc comment cette idée de monter Carré-Court vous est venue à l’esprit ?
Émilien : On se connaît depuis le collège. À l’époque j’avais un petit groupe de reggae, je savais que Ju’ chantait, je lui avais proposé de se joindre à nous à une répet’.
Julie : Je ne chantais pas vraiment comme ça, Émilien m’a poussée à chanter.
Émilien : Ensuite on s’est perdu de vue. De mon côté j’ai continué avec d’autres groupes. On s’est recroisé par hasard alors que j’étais en studio dans la rue de sa maman. Je lui ai demandé si ça lui disait de refaire un peu de musique. Carré-Court est parti comme ça ! On a fait un ou deux morceaux qu’on a partagé sur internet. On a eu de bons retours, ce qui nous a poussés à continuer. Au début c’était vraiment juste pour refaire de la musique ensemble…
Julie : Pour s’amuser. Sans avoir la prétention de former un groupe.
Émilien : Une première date est arrivée pour la Fête de la musique 2014, notre set a duré 20 minutes avec sept morceaux…
Julie : Dont trois reprises !
Émilien : Et c’est parti comme ça !

« Le nom Carré-Court c’est simple et efficace. »

J’ai lu que votre nom venait d’une pochette d’album de Nouvelle Vague, j’ai trouvé l’idée assez marrante !
Émilien : On a hésité à prendre un nom en anglais mais on voulait garder une petite touche française vu qu’on chante en anglais. On est tombé sur cette pochette et on s’est dit que ça marchait bien. Carré-Court c’est simple et efficace et ça fait référence à une musique qu’on aime tous les deux, les années 1960.

Est-ce que vous ne seriez pas les enfants spirituels d’Amy Winehouse ?
(rires)
Julie : On est des fans ! C’était la meilleure…
Émilien : Bizarrement au début quand ma grande sœur m’avait fait découvrir, je n’aimais pas. Pourquoi ? Je ne sais pas. Après sa manière d’être, rock’n’roll, m’a beaucoup touché… On est super fans oui !

Vous travaillez en duo pour tout ? Comment vous vous organisez pour composer ?
Julie : Émilien compose entièrement les morceaux. Parfois ça nous arrive de composer ensemble mais généralement il fait les instrus de son côté, ils me les proposent en sachant qu’il sait ce qu’il me plaît, ou pas.
Émilien : Si elle aime bien, on essaye de mettre une voix.
Julie : Mais ça part toujours de la composition.

« On part toujours des instrus, on fait un peu les choses à l’envers. »

Tu poses ensuite ta voix comme ça, au feeling ?
Julie : D’abord c’est ça oui. Et ensuite c’est les paroles. On fait un peu les choses à l’envers !
Émilien : Ce qui est important c’est de garder cette fraîcheur des premières fois : quand Julie chante des bouts de phrases spontanément, il faut garder tout ça.
Julie : Car il arrive qu’on ne les retrouve jamais !

En parlant de paroles, l’anglais dans vos textes c’est par goût, logique ou facilité ?
Julie : Par facilité. Par goût aussi, parce qu’on écoute en majorité des groupes anglophones, même si on adore le français. Pour nous c’est un tout autre exercice ! On aime le beau français, et en ce moment le français de la scène musicale actuelle est ultra vulgarisé et pauvre.
Émilien : Ou du moins la scène musicale la plus exposée l’est.
Julie : On n’est absolument pas contre, un jour, d’écrire une chanson en français. Nous on a choisi l’anglais pour les sonorité. Ça s’adaptait mieux au style de musique qu’on faisait. Le style de musique en français qu’on aime n’est pas un français forcément chanté, comme Gainsbourg. C’est plus une interprétation qu’une performance vocale.

Vous vous mettez la barre haute !
Émilien : (rires) Ouais ouais, mais peut-être qu’un jour ça viendra, mais il faudra que ce soit très très bien fait. En anglais ce qu’on aime bien c’est aussi faire des phrases simples pour quelqu’un qui n’est pas forcément bilingue, pour qu’il puisse comprendre assez facilement.
Julie : De toute façon je suis incapable de t’écrire des textes de littérature anglaise ! (rires)
Émilien : L’idée c’était de faire des paroles simples et efficaces

Vous rééditez votre EP. Pourquoi ? Cela annonce quelque chose ?
Émilien : Bien qu’on ait fait une release party à Limoges d’où on vient, on n’a pas fait suffisamment de promotion lors de la première sortie de l’EP.
Julie : L’EP est resté au niveau local alors qu’on aimerait le diffuser un peu plus.
Émilien : Donc on ressort une version avec un bonus track surprise. Mais on est aussi en train de travailler sur l’album ! On a plusieurs morceaux qui sont en train de jeunir, même si on doit en écrire encore d’autres.
Julie : Il faut qu’on les retravaille, car on en a pas mal qui sont prêts depuis un moment.
Émilien : On le fait souvent ça, d’essayer de les réadapter : quand un morceau nous « saoule » un petit peu, on essaie de refaire une version pour ne pas le jeter.
Julie : Ou de revenir à la version originale, qui finalement n’était pas si mal. Les morceaux qu’on a enregistrés sont tout à fait différents de ceux qu’on fait en live.
Émilien : Sur l’EP c’est très orchestré, avec batterie, basse etc., alors qu’en live on est que tous les deux, donc il faut trouver des solutions pour faire sonner le morceau différemment.

Justement, vous êtes juste à deux sur scène pour le moment. Le but ultime c’est d’avoir un full-band avec cuivres, choristes etc. ?
Émilien : Bien sûr on aimerait avoir des musiciens derrière qui bastonnent et tout. Batterie-basse déjà, les bases.
Julie : Il faut trouver les bonnes personnes avec qui s’entendre, pouvoir partager quelque chose. Mais c’est aussi difficile maintenant de tourner avec beaucoup de personnes sur scène.

Vous vous consacrez à 100% à ce projet ou vous bossez quand même à côté ?
Julie : On fait quelque chose d’autre, mais c’est uniquement alimentaire.
Émilien : On n’a que ce projet musical là, on ne fait que ça, à fond.

« Dans la manière de penser on est de grands nostalgiques. »

Vous êtes assez soigneux au niveau de vos visuels et vos looks. C’est perfecto tous les jours ou vous êtes juste de grands nostalgiques ?
Julie : C’est tous les jours !
Émilien : Dans la manière de s’habiller moi ce n’est pas forcément tous les jours, mais dans la manière de penser on est de grands nostalgiques. Ce n’est pas parce que je ne m’habille pas rock que je n’ai pas une vie « rock’n’roll ». Quand je dis rock’n’roll ce n’est pas forcément se bourrer la gueule tout le temps…
Julie : C’est assumer ce que l’on est.

Ce n’est justement pas facile de faire de la musique vintage quand en France on a PNL, Vianney et consorts en tête des charts…
Julie : C’est affligeant… (rires) C’est déprimant car on se dit qu’on passe à côté de choses supers, qui n’ont pas leur place dans les radios et les médias.
Émilien : On n’en entend juste pas parler.
Julie : À Limoges on a quand même eu la chance d’avoir des radios qui nous ont soutenus et diffusés.

C’est quoi la suite des aventures ?
Émilien : On n’a pas encore de tournée de calée car on veut d’abord bien se concentrer sur l’album : bien le composer et le préparer. Mais là, dans l’absolu c’est la réédition de l’EP, une petite release party à Paris, et ce titre bonus qui sortira en même temps.

Pour finir, quelque chose que vous avez toujours voulu dire mais pas eu le chance de dire ?
Julie : J’aimerais bien rencontrer Philippe Manoeuvre, donc s’il nous lit… (rires)

► Réédition de l’EP N°1, sortie le 14 avril avec un bonus track.

Merci à Julie & Émilien, et Marion.

Propos recueillis par Emma Shindo

Advertisements

Laisser un commentaire