On a vu : « L’Homme aux mille visages » d’Alberto Rodriguez

CRITIQUE CINÉ – Après le remarqué La Isla Minima, la réalisateur espagnol Alberto Rodriguez revient sur les grands écrans avec L’Hommes aux mille visages. 

Ce long métrage de 2h raconte la vie de Francisco Paesa, ancien agent secret espagnol passé à son compte. Il est engagé dans les années 1980-1990 pour résoudre une affaire nationale de détournement d’argent, sur fond de scandale d’État. Fondé sur l’enquête d’investigation du journaliste espagnol Manuel Cerdán, Francisco Paesa court toujours, et nombreux sont les Espagnols qui se souviennent de cet homme aux mille visages.

Escroquerie et fine équipe

Il faut s’accrocher pour suivre l’intrigue de L’Homme aux mille visages : le débit de paroles est rapide, les flashbacks et les personnages nombreux, et les intrigues s’entremêlent sans que l’on n’en comprenne (au début du moins) toutes les ficelles. On oscille entre Scorsese, Soderbergh et Spielberg, entre un Ocean’s Eleven et un Arrête-moi si tu peux. Une arnaque romancée.

On découvre Jesús Camoes (José Coronado), pilote de ligne, notre narrateur fictionnel. Il nous parle de Paco (Francisco Paesa, joué par Eduard Fernandez), son ami, mais surtout, son complice en business douteux. Le seul ami de Paco. C’est à travers le récit de Jesús que le spectateur découvre le cœur du film, l’affaire Roldán, dont Paco a été le fin orchestrateur.

Affaire Roldán : exil et corruption

Ex-chef de la Guardia Civil (notre Gendarmerie nationale) Luis Roldán (Carlos Santos) a cherché à fuir l’Espagne, après avoir détourné des milliers de pesetas des fonds publics. Mais en plus de disparaître d’un pays où il est activement recherché par le gouvernement, Roldán cherche aussi à mettre en sécurité tout l’argent qu’il a détourné, loin des politiques et du peuple espagnol qui réclament sa tête (et leur argent).
C’est pour ces raisons-là qu’il fait appel à Paco, l’homme aux mille visages, l’hommes aux mille casquettes, l’hommes aux mille ressources. Sans entrer dans les détails, ni raconter le dénouement, le séquençage ultra-dynamique et omniscient (du point de vue de Camoes) est excitant, le spectateur est toujours sur le qui-vive. Impossible de savoir comment va se termine cette scène, ou quelle réaction va avoir ce personnage. Petit à petit, tout nous est expliqué dans les moindres détails, sans trop en faire. On a rapidement l’impression de faire partie de l’équipe semi-professionnelle dont Paco s’est entouré pour répondre aux demandes de Roldán, personnage hautement antipathique. 

Comme pour La Isla Minima, on a un faible pour cet « exotisme » espagnol dont on est peu coutumiers dans les salles françaises… Bien qu’une grande partie du film se déroule dans les très beaux quartiers de Paris (Passy et compagnie) où Paco s’est établi provisoirement. Les répliques en espagnol fusent, et les insertions de vrais journaux télévisés nous rappellent que ce long-métrage est inspiré de faits réels. Le gouvernement socialiste de Felipe González corrompu jusqu’au cou ne s’est pas remis de l’épisode Roldán. On aime ce côté instructif forcément fictionnel, et cette réplique forte du personnage : « Je n’ai fait que ce que tout le monde faisaient ».

La revanche de Francisco Paesa

En plus de l’affaire Roldán, on se prend de passion pour la reconquête de légitimité de Paco, lui qui après avoir travaillé pour les services secrets de son pays, s’est fait remercier à cause d’un obscur chantage à la photo, orchestré en haut lieu (Paco étant en mesure de révéler des secrets politiques discriminant pour le gouvernement, ce-dernier a préféré attenter à sa réputation pour le délégitimer). Le rêve de Paco ? Prendre sa revanche, et retourner enfin vivre en Espagne, son pays, auprès de sa femme qui n’a pas supporté ses absences répétées. Le dossier Roldán est son dernier.

L’image est propre, le cadrage délicat, les mouvements de caméra intelligents. Tout est millimétré, à l’instar du récit magnifiquement orchestré, l’image est elle aussi superbement menée. Les paysages montrent Paris, ses ruelles blanches et ses petits appartements sous les combles, tandis que les personnages sont suivis avec l’œil discret mais voyeur d’une caméra qui sait dévoiler tout juste ce qu’il faut. 

Difficile de faire plus court, difficile de faire plus concis, malgré les 2h de pellicule, le temps passe vite tant on est happé par le dénouement des magouilles et coups fourrés qui ponctuent le récit. Si tu aimes les thrillers politiques, L’Homme aux mille visages est fait pour toi.

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