Eddy de Pretto: « Mon métier c’est ma thérapie, ma façon de vivre avec le réel »

INTERVIEW – Repéré lors de son passage remarqué aux inOUïS du Printemps de Bourges, Eddy de Pretto nous a fait forte impression sur scène. Interprète charismatique, compositeur-interprète de talent, on a rencontré le jeune homme à la Brasserie Barbès pour une interview découverte fort charmante.

Il a été ce qu’on appelle naïvement un coup de cœur. On avait souvent vu son nom passer, sans avoir l’occasion de réellement s’y intéresser. On a attendu les auditions chanson du Printemps de Bourges pour se laisser captiver par le fascinant Eddy de Pretto, à coup de textes léchés et incisifs, et d’aura magnétique. Rencontre avec un jeune homme perfectionniste, non dénué d’humour et d’auto-dérision.

La première fois que je t’ai vu c’était au Divan du Monde pour les iNOUïS du Printemps de Bourges. Est-ce que tu t’attendais à un tel engouement ? J’ai vraiment eu l’impression que le public était venu pour toi.
Non je ne m’y attendais pas. Pour moi les relations avec le public sont aléatoires : j’arrive sur scène, et je ne sais pas du tout ce que je vais ressentir. Je ne savais pas s’il y allait y avoir du monde… L’engouement je ne sais pas, je ne l’ai pas forcément ressenti comme toi, ce n’est pas un truc que tu ressens en avance. Mais j’ai vraiment senti de la curiosité, de l’intérêt et une volonté d’écoute.

Tu as vraiment réussi à captiver le public ce soir-là, ce n’était pas gagné d’avance.
Quand tu rentres sur une scène et que tu sens une réelle curiosité de la part du public, alors là ça marche. Mais parfois il y a des salles où tu ne sens rien du tout. Dans ce cas-là, c’est très dur d’aller le chercher.

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Eddy de Pretto à la brasserie Barbès (c) Emma Shindo

J’ai vraiment eu le sentiment que tu étais fait pour la scène. Est-ce que pour toi la musique c’est prioritairement être sur une scène et délivrer tes textes face à une foule ?
Là où je savoure le plus, c’est vraiment sur scène. Je fais ce métier, principalement pour être sur scène d’ailleurs, car à la base j’ai fait beaucoup de théâtre. Ce que j’aime particulièrement c’est le moment présent, avec le partage de ce que tu as envie de dire. De ressentir toutes les émotions que tu peux traverser… Sur scène je retrouve toutes ces sensations-là… ça dépasse toute autre définition de la musique. Car le studio me fait énormément peur, la phase de création est pleine de doutes pour moi… alors que sur scène tu y vas, tu ne calcules plus rien, tu es toi et tu vas jusqu’au bout de ce que tu as envie de dire. Et tu sens le retour ! Il n’y a rien de mieux que l’échange avec le public.

Pourquoi est-ce que le studio est difficile pour toi ?
Il y a quelque chose de figé. C’est LA version unique que tu enregistres… Alors que sur scène tous les soirs sont différents, ça bouge tout le temps et l’émotion change à chaque fois. Alors que le studio, tu as plusieurs prises, tu choisis la bonne, et ça sera celle des années à venir. C’est là que c’est frustrant.

Tu as donc fait du théâtre avant d’être musicien. Forcément, faire du théâtre ça aide pour être sur scène non ?
Oui oui oui, ça déverrouille un peu le côté scénique, être dans un personnage, être à l’aise sur scène…

« Quand tu es sur scène, tu en mets un peu plus, tu fais un grand toi que tu exposes de façon non-censurée. »

Quand tu es sur scène tu endosses le rôle d’un personnage ?
Je pars de moi, je ne suis pas parti d’un personnage. Mais forcément tu extrapoles des signaux. Dans la vie si je fais ça (petit mouvement de bras ndlr), alors sur scène je ferais ça (grand mouvement de bras ndlr). Tu en mets un peu plus, tu termines un peu plus tes mots, tes gestes, tu fais un grand toi. Une espèce de sur-toi que tu exposes de façon non-censurée, sans barrière…

Ça fait très Freud.
C’est un peu ça (rires). C’est du Freud ! C’est le sur-moi.

Quand j’ai préparé cette interview je me suis rendue compte qu’il n’y avait quasiment rien sur toi en ligne… C’est quelque chose que tu contrôles ?
Ouais (rires). Et encore je trouve qu’il y en a déjà beaucoup ! J’essaie de gérer le signal au mieux, pour que le jour où je suis enfin prêt à « sortir » ça soit direct. Aujourd’hui je suis en train d’établir la stratégie de base. Je veux être sûr de moi, même si je ne suis pas tout à fait sûr de moi tout le temps… mais il faut que je sois content de moi à ce moment-là.

Tout ce que je sais de toi, c’est que tu viens de Créteil, tu vis maintenant à Paris, tu faisais du théâtre et tu t’es mis à chanter un jour.
(rires) C’est ça ! C’est génial ! J’ai fait du théâtre et j’ai toujours aimé dire les mots. Je ne l’ai pas fait par le biais du théâtre mais de la chanson parce que j’aimais bien l’aspect individuel de la chose : de pouvoir dire ce qu’on pense personnellement et subjectivement. J’avais envie de défendre ce que j’étais.

Est-ce que tu peux me parler de ton travail sur les textes justement ?
J’ai souvent fait des collaborations, mais aujourd’hui je n’en fais plus. C’est avant tout un problème d’étapes professionnelles. Au début je ne me sentais pas capable de commencer toutes ces choses en solo. C’est pour ça que je cherchais des soutiens, des coéquipiers. Aujourd’hui, j’essaye de me détacher en me disant assuré, confiant, pour être solitaire dans mon travail.

Comment fait-on pour travailler seul ?
Je suis très texte d’abord. J’écris en fonction de mes inspirations, de ce que j’ai envie de dire. Ça grossit petit à petit à l’intérieur puis ça sort sur papier. Je cherche ensuite les mélodies par rapport à l’intention du texte. J’ai cette facilité-là, où dès que j’ai une phrase ou un couplet, la mélodie est claire. C’est un ressenti totalement personnel. Je cherche les accords sur le piano en fonction de la mélodie que j’ai trouvée et voilà (rires) En vrai, il faut s’acharner !

« Mes chansons sont des bilans, des étapes de vie (…) des regards sur ma société avec beaucoup de cynisme et de mélancolie. »

Tu pars toujours de toi dans tes textes. Est-ce que ce n’est pas trop introspectif de faire ça ?
Si, carrément, mon métier c’est ma thérapie totale. On revient à Freud (rires) ! Pour moi, mes chansons sont des bilans en fait, ce sont des étapes de vie qui sont terminées ou pas… Ce sont aussi des regards sur ma société, sur la façon dont je la vis, avec beaucoup de cynisme et de mélancolie. Je crois que ça m’aide à y faire face, notamment quand je vois que plusieurs personnes adhèrent à mes textes. Je me dis que c’est génial de ressentir les mêmes choses et de pouvoir les partager. Si une personne ressent les mêmes choses que moi, tant mieux. Si c’est 1000 personnes, encore tant mieux. Si c’est personne, ce n’est pas grave. En tout cas, moi ça m’aide, c’est ma façon de vivre avec le réel dans lequel je suis aujourd’hui.

Je trouve que tes textes sont très imagés, très poétiques. Tu crois que c’est le rôle d’un artiste aujourd’hui de valoriser le beau parler ?
Je ne me trouve pas trop poétique… Tu parles de « Rue de Moscou », « Beaulieue » ? Oui oui…

Tu ne parles pas dans la vie de tous les jours comme dans tes chansons…
C’est vrai. Mais c’est assez naturel. Si on ouvre la question, je trouve ça bien qu’on puisse aujourd’hui écouter une chanson pour qu’elle nous amène complètement ailleurs. Je ne peux pas vraiment répondre à ta question car dans mes nouveaux textes je suis plus brut. Je ne me sens pas trop poète-imagé… en tout cas, en ce moment !

Eddy De Pretto
Eddy De Pretto à La Laiterie Club (c) Morgane Milesi

Et être chanteur de chansons au Printemps de Bourges ça va se passer comment ?
Je ne connais pas du tout l’ambiance du Printemps de Bourges, je n’y suis jamais allé. J’y suis cette année pour les iNOUïS, donc je ne vais pas passer à 23h le samedi soir. Tous les artistes des iNOUïS passent assez tôt dans la journée, c’est en pastille découverte en fait : on vient de se lever, on n’est pas bourré. C’est une découverte soft et simple. Mais je suis content et pressé de faire la fête le soir pour découvrir toute cette ambiance.

« Mon premier EP sort en septembre, et l’album c’est pour l’année prochaine. »

Sinon, tu en es où niveau boulot ?
J’ai mon premier EP officiel qui sort en septembre. Je suis encore en train de réfléchir aux bonnes chansons à mettre sur l’EP. Pour le moment je suis en production. Et l’album c’est pour 2018. J’ai très envie de faire de la scène, j’adore ça. Aujourd’hui on tourne pas mal en province, on reviendra à Paris à la rentrée.

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C’est quoi ton Graal suprême à atteindre ?
Mon premier Graal suprême ça serai de remplir un Bercy, enfin un Accor Arena Hotel (rires). Mon deuxième Graal ça serait de remplir le Royal Albert Hall à Londres, et mon troisième serait le centre Bell à Montréal… Non sérieusement mon Graal suprême serait de toujours être à l’aise avec ma musique, avec ce que j’ai envie de créer, faire grossir le projet, que ça prenne des proportions inattendues et que ça perdure pendant des années !

► En concert le 21 avril au Printemps de Bourges. Avec Tim Dup le 5 mai au Rocher de Palmer et le 18 mai au Botanique.

Merci à Eddy, Flavie et Delphine Caurette.

Propos recueillis par Emma Shindo (Paris, 21 mars 2017)

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