« And The Great Unknown, Part II » : les 8 nuances de blues de Bror Gunnar Jansson

CHRONIQUE – Après la sortie de l’EP And The Great Unknown Part I, l’album Part II confirme tout le bien qu’on pensait déjà de Bror Gunnar Jansson. Une voix écorchée et un blues décomplexé qui explore tous les territoires, voilà la recette magique du Suédois.

Après deux albums réussis de Bror Gunnar Jansson, le troisième, déjà annoncé par un EP en février, sortait début mai. And The Great Unknown Part II promettait d’être excellent. Il l’est. Et dès la première écoute, les huit titres nous ont complètement surpris.

Sonorités hispanisantes, cavalcades rock, blues baptismal : les montagnes russes du blues

Il est minuit passé. Il a fait 35°C aujourd’hui. Mes fenêtres sont ouvertes, j’entends le bruit des terrasses qui ferment, de quelques passants qui errent. Je suis fatiguée. Mais je veux profiter encore un peu de cette journée, et surtout de cette première nuit d’été, en plein milieu du printemps. Alors je glisse And The Great Unknown Part II de Bror Gunnar Jansson dans le lecteur CD.

« Edward Young Took His Gun » est la chanson idéale de l’instant. Sonorités hispanisantes, impression de désert mexicain, chaleur sèche et poussiéreuse… Mais toujours cette voix, qui s’étend ici d’emblée dans toute sa splendeur, toujours aussi rugueuse qu’impérieuse. Voix qu’on retrouve sous effets dans les beaucoup plus dansantes « He Had A Knife In His Hand, Part II » et « The Lonesome Shack », cavalcades rock effrénées qui nous mènent à bout de souffle.

Mais soudain « The Preacher » commence. La voix profonde de Bror Gunnar Jansson retentit. Seule. « I’m down by the river ». Je m’empresse de fermer les fenêtres. De m’isoler. De plonger complètement. La chanson parle de baptême, de Dieu, quand la guitare électrique et les lourds coups de grosse caisse viennent s’ajouter à la voix. Pendant 10 minutes exactement, Dieu, le diable et les notes de guitare vont très doucement s’affronter, dans une lutte au ralenti, sous une forme de torpeur à peine dissimulée par une batterie immuable et quelques éclats très vite maîtrisés. 10 minutes hors du temps.

Une audace et une liberté qui forcent le respect

Le changement d’ambiance est rapide lorsque commencent « While I Fight The Tears » et sa guitare sèche. Cette chanson, impossible de ne pas la reconnaître. C’est elle, l’instant suspendu des concerts live de Bror Gunnar Jansson. C’est elle, celle qui fait taire tout le monde. Celle dont l’ultime note est religieusement respectée avant le tonnerre d’applaudissements. Enfin, enfin, on la retrouve, magnifique et brillante.

Mais encore une fois, pas le temps de s’en remettre que l’album nous prend encore par surprise. « Moan Snake Moan Part III », fil rouge de tout le travail de Bror Gunnar Jansson, laisse entendre un saxophone joué par l’artiste lui-même. Une corde à son arc qu’on ne lui connaissait pas forcément, l’artiste n’usant pas de cet instrument sur scène. « I Ain’t Gonna Down That Road No More  » étonne ensuite par son rythme cubain au ralenti, prélude parfait à « O’Death ». Death song qui vient clore cet album, Bror Gunnar Jansson s’est adjoint l’aide d’une chorale pour un effet qui prend aux tripes

L’impression laissée, à la fin de l’outro apaisée de 2 minutes et quelques de l’album, est à peu de chose près la même qu’à la fin de And The Great Unknown Part I. J’écrivais déjà que Bror Gunnar Jansson semblait décidé à tout explorer. Il le fait encore un peu plus sur cet album, avec une audace et une liberté qui forcent le respect. Alors on vous le dit, on vous le répète : c’est en Suède qu’il faut aller.

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