Fil Bo Riva : « Je ne sais pas écrire quand je suis heureux »

INTERVIEW – Il a sorti un premier EP extraordinairement beau. On a eu la chance de rencontrer Fil Bo Riva quelques heures avant son concert à la Maroquinerie.

Certains artistes te touchent dès les premières secondes. Fil Bo Riva fait partie de ceux-là. Né en Italie Filippo a grandi à Dublin, avant de partir s’installer à Berlin en 2012. Le jeune homme a un timbre de voix nonchalant et rocailleux, un timbre extrêmement particulier qui te submerge vite d’émotions. À l’occasion de sa participation au French Escape Festival organisé à la Maroquinerie, on a pu discuter avec le fort sympathique songwriter. Son premier EP, écrit après une douloureuse rupture amoureuse est une pure pépite. 

Fil Bo Riva à la Maroquinerie (c) Emma Shindo

Rocknfool : Tu as fait une tournée européenne que tu finis à Paris au French Escape Festival. Comment tu te sens ?
Fil : Bien, et pas bien. Je suis content de terminer la tournée, de rentrer chez moi à Berlin pour quelques semaines mais je suis aussi triste. Quand tu rentres de tournée, tu retournes chez toi, et te sens vraiment seul. C’est différent, mais ça reste agréable, car j’ai à nouveau du temps pour écrire des chansons, enregistrer, me promener…

Ton premier EP est sorti en septembre dernier, même si j’ai l’impression que tout le monde te connaissait avant ça, que ce soit les amateurs de folk/blues ou les professionnels. Est-ce qu’on peut dire que sans internet tu ne serais pas là où tu es en ce moment ?
Probablement oui. Tu ne peux jamais vraiment savoir. C’est à la fois plus facile, et plus difficile avec internet mais Spotify, Facebook, Instagram, YouTube aident beaucoup. Les Beatles n’avaient pas internet, ce qui ne les a pas empêchés d’être numéro 1 aux États-Unis en une année. Bien sûr, je ne dis pas que je suis comme les Beatles, mais je pense qu’aujourd’hui il est possible d’avoir du succès assez rapidement avec internet. S’il n’y avait pas eu internet, peut-être que nous jouerions juste en Allemagne, car le public français ne nous aurait pas encore découverts.

« Après avoir parlé de ma rupture, je me suis demandé quels sujets j’allais aborder dans mon album. »

Tu as dit que tu écrivais tes chansons à partir d’émotions que tu saisissais en vol, et tu as écrit ton EP après une rupture. Comment vas-tu poursuivre ton songwriting sans le cœur brisé ?
J’y ai pensé l’année dernière quand j’ai recommencé à écrire. Je me suis demandé quels sujets j’allais aborder. Quand je commence à écrire, les premières chansons ne sont jamais bonnes, puis les suivantes arrivent plus naturellement. Tu élargis tes sources, tes influences, tu écris à propos d’autres personnes… Mais je n’écris jamais de chansons très joyeuses car je ne sais pas écrire quand je suis heureux, il faut que je sois mélancolique. Je ne pourrais pas écrire « je me balade, il fait beau ». Pas maintenant. J’en suis incapable.

Penses-tu que tu ferais de la musique professionnellement si tu n’avais pas eu le cœur brisé ?
J’avais déjà enregistré pas mal de démos avant que cette fille ne me quitte, il y a quelques années. Mais à cette époque je ne voulais pas forcément faire la promotion de cette musique, je ne voulais pas la partager en ligne. J’avais peur. Donc je dirais que j’aurais de toute façon fait de la musique, mais ça m’aurait même pris plus de temps si je n’avais pas connu cette fille. J’ai commencé la musique professionnellement à 22 ans. Si cela n’était pas arrivé à 22 ans, je pense que ça aurait été deux ans plus tard, avec plus de confiance en moi et plus de tempérament.

Tu aimerais être un auteur-compositeur toute ta vie ?
Je crois que j’ai commencé à écrire vers 11 ou 12 ans. Je voulais faire plein de choses… J’espère faire ce métier de musicien fonctionnera toute ma vie. Je veux être aussi capable de changer de métier, devenir designer ou producteur, mais une chose est certaine : je continuerai à écrire quoi qu’il arrive. C’est naturel, s tu as du talent et que tu travailles beaucoup, ça marchera forcément.

« Les gens semblent plus inspirés par la tristesse : c’est plus dur, tu la ressens plus intensément. »

Selon toi, faut-il obligatoirement avoir le cœur brisé pour écrire de belles chansons ?
(réfléchit) Je crois que oui, d’une certaine façon… tout le monde a déjà écrit des chansons avec le cœur brisé, des Beatles à Frank Sinatra. Pas que je voulais faire exactement comme eux, mais c’est venu très naturellement. Tout le monde écrit sur ce qui le touche personnellement, que ce soit le bonheur ou la tristesse. Même si les gens semblent plus inspirés par la tristesse ; c’est plus dur, tu la ressens plus intensément. Quand tu es heureux, tu ne t’en rends pas forcément compte sur le moment, tandis que lorsque tu es triste, tu te dis « oh merde, qu’est-ce que je suis triste », tu en es bien conscient.

Puisque ton premier EP parle de rupture, de quoi parlera ton album ? Renaissance ?
Pas vraiment… Ça sera un mélange de tristes histoires d’amour, pas toutes tristes, des rêves, et d’autres relations originales… J’espère que ça sonnera différent, plus évolué. J’ai encore besoin de quelques mois avant que les gens puissent l’entendre et me dire s’ils trouvent ça bien ou non.

J’ai lu que pour cet album, tu ne voulais plus chanter de la même façon, car tu trouvais que sur l’EP tu criais ta peine.
Lorsque j’avais enregistré l’EP, je ne voulais pas forcément chanter de cette façon-là, mais ça s’est fait très rapidement. Avec les nouvelles chansons, les émotions sont similaires, mais plus matures, donc forcément cela ne sonne pas de la même manière : c’est plus doux tout en étant plus solide (sourire). C’est difficile à expliquer, il faudrait que tu écoutes pour mieux te rendre compte.

« Il faut que les parties instrumentales soient aussi bonnes que la voix. »

Ton timbre de voix est naturel. As-tu encore besoin de le travailler pour ne pas trop l’abîmer ?
Non non… Je m’échauffe parfois avant les concerts… Mais pas toujours, car souvent je n’ai pas le temps ! On va dire que je m’échauffe une fois sur cinq, et que quatre fois sur cinq j’oublie.

Est-ce qu’on peut dire que ta voix est ta marque de fabrique ?
Je crois que oui, la voix aide beaucoup à apprécier un projet. Mais je ne dirais pas que je suis content d’avoir la voix que j’ai. Il faut se demander si avec le temps, les artistes seront capables d’écrire des chansons aussi percutantes qu’un timbre de voix, sans que le timbre de voix domine entièrement la chanson et fasse tout. Il faut que les parties instrumentales soient aussi bonnes que la voix, que les deux évoluent parallèlement.

Que préfères-tu écrire : la partie vocale, ou la musicale ?
Tout ! J’adore enregistré la guitare, la batterie, la voix… Pour moi, c’est la même chose ! Les percussions sont aussi importantes que la voix.

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Tu as déjà joué à la Maroquinerie avec Warhaus, et à ce moment-là, vous n’étiez que deux sur scène, avec Felix, ton guitariste. Ce soir pour le French Escape vous serez trois, avec ton batteur. Comment avez-vous travaillé ce nouveau set ?
On connaissait le batteur depuis un certain temps, c’est un ami et c’est lui qui joue sur l’EP. Notre son est bien mieux quand on est trois. Peut-être que cet été nous serons quatre… On a commencé à jouer pour le fun, puis on lui a demandé s’il voulait jouer avec nous sur tous les concerts en trio.

Je voulais aussi te questionner au sujet de ton artwork, notamment ta pochette d’EP. Quelle est la signification de cette main ?
Avant même que je commence à enregistrer l’EP, j’avais l’artwork de fait. J’avais aussi les chansons, mais elles n’étaient pas enregistrées. J’ai étudié la conception de produits, donc j’adore le design, sans doute plus que la musique même. J’aime beaucoup les logos, les titrailles, les graphiques… C’était juste l’un des croquis que j’avais et j’aimais l’idée d’un symbole polysémique, car la main peut dire plein de choses : tout va bien, un trou, un cercle, le sexe, ça signifie tout ce que tu veux ! Ça marchait aussi vachement bien avec le titre de l’EP, If You Right, It’s Alright. 

Une question que je ne t’ai pas posée que tu aurais voulu que je te pose ?
(réfléchit) Peut-être pas une question, mais plus une réponse. On adore le live, et quand l’album sera sorti, on espère que plus de personnes auront envie de venir nous voir jouer en France et partout en Europe.

If You’re Right, It’s Alright le 1er EP de Fil Bo Riva est disponible (sortie : septembre 2016/PIAS)

Merci à Fil et à Quentin G.

Propos recueillis par Emma Shindo (Paris, 23 mai 2017)

Écouter Fil Bo Riva :

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