Foreign Diplomats : « Il faut respecter la façon qu’ont les gens d’appréhender un concert »

INTERVIEW – À l’occasion de la sortie française de « Princess Flash », leur premier album, on a discuté avec les explosifs Foreign Diplomats.

On se souvient encore du premier concert de Foreign Diplomats Paris. Dans la cave sombre de l’International fin 2015. On avait pris une belle claque. Depuis, les petits frères d’Arcade Fire, ont fait du chemin, et leur premier album, Princess Flash sort enfin en France, bien qu’on l’écoute depuis belle lurette et qu’on ait vu plusieurs fois le groupe en live, de Paris à Québec. Les cinq garçons poursuivent leur vie de tournée en tournée. Pour fêter la sortie française de leur album, on a conversé et posé plein de questions entre deux orages,  à Élie Raymond, chanteur et guitariste du groupe québécois.

Rocknfool : Je vous ai vus pour la première fois à l’International fin 2015 puis au Festival d’été l’année dernière à Québec, c’était vachement chouette. Pourtant, votre 1er album Princess Flash est sorti avant-hier en France (le 16 juin 2017). Pourquoi autant de temps entre la sortie québécoise et la française ?
Élie : En fait, ça a été pas mal du travail avec notre maison de disque et avec nos agences françaises. On est d’abord venus pour faire des shows et travailler un peu le terrain. Le processus s’est fait lentement parce qu’on voulait sortir l’album au bon moment, et pas de nulle part. Le sortir en ce moment, fait que Foreign Diplomats n’est pas complètement inconnu en Europe et en France. La tournée est un travail de développement qui devait se faire avant de sortir l’album en France.

J’ai l’impression que vous passez votre vie en tournée. 
Élie : En fait pour nous c’est un peu un rêve de voyager avec notre musique, d’aller voir ailleurs comment c’est… On réalise que tout est tellement différent partout au niveau culturel, ce qui rend la tournée encore plus intéressante.

Ça va, vous n’en avez-vous pas marre de jouer toujours les mêmes titres ? Parce que là vous aller recommencer une tournée en France avec ce même album, non ?
Élie : Sérieux, non ! Il y a eu un moment dans ma vie où j’ai eu peur que ce soit le cas, de commencer à être tanné de les jouer. Mais on trouve toujours une façon un peu différente de les jouer et on met toujours le plus d’énergie possible dans la façon dont on les présente en show. Ça fait qu’on a toujours du plaisir à les faire.

« La tournée c’est très fatiguant, mais nous, on vit pour jouer de la musique. »

On parle toujours de la tournée comme quelque chose d’idyllique. Vous voyez ça comme cela ou est-ce plus un « fléau » ? Ça a l’air éreintant comme mode de vie…
Élie : C’est très fatigant, mais vraiment pas un fléau. On adore faire ça, on adore voir les gens et les rencontrer… Tu sais, nous on vit pour jouer de la musique. En plus, en tournée, on le ressent vraiment, on s’améliore énormément, on devient de plus en plus un bon band live. C’est quand même quelque chose de très cool à ressentir.

Élie au Festival d’été de Québec 2016 (c) Emma Shindo

La dernière tournée que vous avez faite en Europe, c’était plus des petites salles, des bars… Par rapport à ce que vous faites au Québec, ça doit faire un vrai contraste non ?
Élie : Ça dépend ! Au Québec, à Montréal, dans les environs des Laurentides d’où on vient, on fait des belles salles et c’est cool. Au Québec, ça ressemble pas mal à l’Europe encore. En France, vu que l’album vient de sortir, c’est sûr que c’est plus petit et qu’on n’a pas autant de monde. En Allemagne où l’album est sorti en début d’année c’est autre chose. Mais c’est pas un énorme dépaysement. Le dépaysement vient plus des retours du public. Car comme je disais tantôt, culturellement, c’est très différent de chez nous. Chez nous, tout le monde parle énormément (rires) c’est très bruyant. Chez vous, c’est complètement le contraire, c’est beaucoup plus respectueux, au point où parfois on se demande si les gens aiment ça. Les gens écoutent énormément et dans le fond, c’est peut être mieux comme ça…

« Un show en France va être plus intime, on va moins crier (…) contrairement au Québec où on essaie juste de passer par-dessus le bruit ! »

Je ne sais pas… C’est vrai que je m’en étais rendue compte au Québec, c’était très bruyant, mais en fait les gens semblaient écouter tout en parlant…
Élie : Le 1er juin, on a fait notre premier show à Montréal depuis notre retour de tournée. On ne se rappelait pas que c’était aussi bruyant que ça (rires) ! Les gens font juste la fête, ils adorent être aussi énergiques que nous, c’est le contraire de vous. En plus, en tant que frontman du groupe, puisque c’est moi qui parle, je ne vais jamais dire à des gens, « coudon, vous êtes bien silencieux, donnez moi plus d’interaction s’il vous plait ! ». Je trouve que ça ne se fait pas. Il faut respecter la façon qu’ont les gens d’appréhender un concert. Un show en France va être plus intime, on va moins crier, on va être moins sur l’adrénaline, on va se concentrer et ça va être un bon show musicalement, contrairement au Québec où on essaie juste de passer par-dessus le bruit (rires). Ça fait juste des show différents partout.

Comment vous trouvez le temps de vous poser pour écrire la suite ?
Élie : J’écris sans arrêt. Le deuxième album est en théorie pas mal fini. Les démos sont toutes faites, on a une trentaine de chansons que j’ai présentées au groupe et à notre maison de disque. Ce qui est bon dans le fond avec la tournée c’est que la route m’inspire énormément.

Qu’est ce qui t’inspire sur la route justement ?
Élie : J’ai toujours trouvé ça poétique d’aller ailleurs, de se déplacer… Je voyage énormément, je n’habite pas à Montréal, ça fait que je suis toujours sur la route. Maintenant, mon travail avec la musique, c’est être pas mal sur la route, c’est un endroit où je commence à me sentir très bien. Ça m’inspire énormément ! La vie de tournée aussi : se coucher tard, faire la fête pas mal tout le temps, c’est inspirant aussi ! Princess Flash, notre premier album qui sort chez vous, est vraiment un album de rupture, un album dark et triste. Le deuxième album sera inspiré par des choses moins lourdes. Ça parle de la route, ça parle de faire la fête, ça parle de retomber en amour…

Foreign Diplomats à l’International, 2015 (c) Sabine Bouchoul

Vous êtes Québécois, et au Québec il y a une relation particulière avec la langue française. Vous avez parmi les meilleurs compositeurs en langue française en ce moment. Écrire en anglais, est-ce que ce n’est pas une facilité ?
Élie : On est aussi très bilingues au Québec. Je ne dirais pas que c’est difficile d’écrire en anglais… mais ici le français est très protégé et je crois que c’est important de célébrer le fait qu’on est bilingues. C’est un gros enjeu, car on est entourés d’anglophones. Je chante en anglais car le français m’intimide plus. C’est une langue qui m’est plus proche, et c’est tellement beau le français quand c’est bien écrit ! J’ai toujours l’impression que je ne serai pas capable de bien écrire en français, vu que c’est ma langue maternelle, ça devient facilement de mauvais goût quand moi je l’écris. L’anglais me permet de m’éloigner de moi-même et de dire des choses que je ne dirais pas en français. On nous a souvent demandé – voire reproché – pourquoi on ne chantait pas en français au Québec. Ce n’est pas parce qu’on n’aime pas le français, loin de là. Mais le français c’est plus difficile, je ne m’en sens pas capable.

« Je chante en anglais car le français m’intimide plus. »

C’est toi qui écrit, tu proposes au reste du groupe et après vous jammez ?
Élie : J’écris et souvent je vais faire une démo complète avec tous les arrangements dans ma chambre avec mon ordinateur. Je fais la batterie, la basse, les cuivres, les synthétiseurs, les voix, puis je vais les présenter au band. Parfois ça reste pareil que la démo, parfois les gars vont amener quelque chose de différent et ça va aller ailleurs. D’autres fois, je vais juste arriver avec guitare-voix ou piano-voix, la succession d’accords et la voix, et on va jammer là-dessus. C’est souvent assez différent la façon dont on compose. Je présente tout au groupe, car on est un groupe avant tout : je compose pour ces gars-là. Je commence à savoir comment jouent les quatre gars dans le band, quels sont leurs petits tics… Dès lors je peux composer en m’imaginant comment eux vont le jouer, ou qu’est ce qu’ils aimeraient jouer. Ce n’est pas une carrière solo. J’ai de la chance de jouer avec ces gars-là.

Je trouve que vous êtes vraiment un groupe fait pour le live. Votre album ne ressemble pas du tout à ce qu’on entend quand on vous voit jouer. Finalement le studio permet surtout de partir en tournée ?
Élie : C’est sûr que le studio fournit le matériel pour partir en tournée. Avec Princess Flash, c’est parti d’une erreur, je ferai différemment pour le prochain album. Je suis arrivé en studio avec l’idée de produire un album complètement différent du live, car c’étaient pour la plupart des chansons qu’on jouait live depuis des années. Je voulais utiliser le studio comme un environnement différent. Pour le deuxième album, j’aimerais ça réussir à enregistrer cette énergie qu’on a en show.

Vous vous êtes formés en 2010, mais vous avez signé avec Indica Records peu de temps après je crois… Peux-tu nous raconter l’histoire de cette signature avec ce super label (Half Moon Run, The Franklin Electric, Busty & the Bass…) ?
Élie : Deux ans après il me semble. C’est une vieille histoire (rires) car quand on a rencontré Franz (Schuller), il y avait juste Antoine le bassiste et moi.  C’était un band complètement différent. On avait fait un petit festival où l’organisateur nous avait beaucoup aimés. Il a proposé à Franz de nous écouter, puis Franz nous a contactés. On a jasé et on a enregistré notre premier EP chez eux. Ça a pris une bonne année après l’enregistrement pour signer puis sortir effectivement l’EP. Indica et nous, nous sommes « dragués » pendant longtemps.

Sinon, question bête, mais vous avez une passion pour les parenthèses dans les titres de vos chansons ? C’est une bipolarité ?
(rires) Ça vient de moi je crois, j’aime bien ça, mais il n’y a pas de signification importante dans nos parenthèses. Pas exemple « Lies (of November) » et « Guns (of March) » j’aimais bien le lien des mois, mais c’est vraiment juste parce que j’ai écrit « Lies » en novembre et « Guns » en mars. Pour « Drunk Old Paul (and His Wild Things) », on a fait venir des gens en studio à la fin de la chanson dont Choses Sauvages, un groupe d’amis à nous et on a simulé une fête.  On aurait pu écrire « Drunk Old Paul et Choses Sauvage », c’est une sorte de name drop d’amis.

Justement, suis fan de votre chanson « Drunk Old Paul », la dernière sur votre album. Quelle est l’histoire de cette chanson particulière ?
Cette chanson je l’ai écrite quand j’étudiais le chant classique à l’école. Mon professeur m’avait donné un travail à faire autour de Gabriel Fauré sur des paroles de Paul Verlaine. J’avais travaillé sur une chanson parlant de son séjour en prison après avoir tiré sur son amant (Arthur Rimbaud ndlr). J’ai parfois des moments où j’ai beaucoup de misère à écrire : cette chanson-là parle de l’inspiration de Paul Verlaine et de cette chanson que j’aimais tant… et aussi, comme tout l’album, de la fin d’une relation qui allait mal. Cette chanson est longue car le bout de la fin, qui est comme une fête, est un petit jam qu’on adorait, et qu’on adore toujours autant faire en show. Cinq gars qui s’amusent sur une succession de cinq accords et un beat.

Sinon c’est quoi cette histoire d’amour avec Hein Cooper ?
Élie : Ah le beau Hein Cooper ! En fait son premier concert au Québec était avec nous dans les Laurentides. À chaque fois qu’il revenait à Montréal on passait du temps ensemble. Après on a commencé à faire des chansons, des sessions live et des shows avec lui. On a une chanson qui ne figure pas sur l’album où il fait des back vocals dessus. On a fait une tournée ensemble en Allemagne… C’est une belle amitié, il est vraiment talentueux, on adore ça jouer avec lui !

La suite c’est quoi ? Tu me disais que le deuxième album est quasiment fini…
Élie : C’est l’enregistrement de l’album oui ! On commence à jouer de plus en plus de nouvelles chansons en concerts. Je trouve ça important d’apprendre à connaître la chanson avant le studio, c’est pour ça qu’on doit continuer encore un peu à jouer nos nouvelles chansons en live, pour les amener ailleurs. C’est une mutation de la chanson nécessaire. Parfois, on fait des erreurs mais ça sonne bien, donc on les gardent. Ça donne de meilleures chansons quand on les connaît vraiment, on peut expérimenter un peu plus. La suite c’est le studio, faire l’album, le sortir et tourner le plus possible. Cet album là j’en suis vraiment fier, ce sont des grosses chansons que j’ai hâte de jouer et de montrer à tout le monde. Même si Princess Flash est encore très vivant pour nous ! Je te parle des nouvelles chansons mais Princess Flash est nouveau pour vous en France ! Ça ne fait pas si longtemps que ça que Princess Flash a explosé au Québec, donc on joue encore énormément cet album. On commence à bien les connaître ces chansons-là, on a un nouveau plaisir en les jouant car elles deviennent plus parfaites qu’elles ne l’étaient. Ce n’est pas un travail désagréable pour nous de continuer à les défendre.

Propos recueillis par Emma Shindo (17 juin 2017).

Écouter Princess Flash de Foreign Diplomats :

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