Born to kill : chronique d’un enfant tueur

CHRONIQUE – Il y a « Bates Motel ». Bien avant, il y a eu « We Need To Talk About Kevin ». La série britannique « Born to Kill » se situe entre les deux.  

Nait-on tueur ? Le devient-on ? Born To Kill ne répond pas à la question. En revanche, elle raconte une chose : c’est sans doute un état que l’on gère mais qu’on ne guérit pas. Cette idée sort de la bouche même de la mère de cet adolescent perturbé aux excès de violence incompréhensible, irréversiblement attiré par l’envie de mettre fin à la vie des autres. Jenny, c’est la mère. Sam est le fils. Le père est absent. Alors que Sam est encore un enfant, Peter tue l’amant de sa femme devant les yeux de cette dernière. Arrêté, il est emprisonné. Pour protéger son fils, Jenny lui raconte que son père est décédé. Il apprendra la vérité plus tard et cela va faire encore plus de dégâts dans la tête de cet enfant déjà particulièrement troublé. Dans le rôle de la mère, on trouve une exceptionnelle Romola Garai, d’une justesse incroyable. Jack Rowan est tout aussi impressionnant. Inconnu jusque-là, il se révèle être le genre d’acteur qui s’exprime le mieux dans les non-dits et qui a la capacité à mettre très mal à l’aise.

Double face

Born To Kill ne dure que le temps de quatre épisodes. Mais quatre épisodes intenses, tendus, sombres et inquiétants. Les Anglais n’ont pas leurs pareilles pour raconter sans tabous et sans peur les sujets les plus sensibles  et délicats de l’époque moderne. On avait déjà la preuve avec Broadchurch ou Happy Valley. Kate Ashfield et Tracey Malon se placent dans cette tradition de la série dramatique et psychologique sur fond de sujet de société. Au départ, Sam est un enfant charmant, terriblement gentil, présent pour sa mère, pour les autres, il s’occupe de personnes âgées dans l’hôpital où travaille Jenny. Petit à petit, on se rend compte, qu’il n’est pas si gentil que ça. Qu’il a tendance à la mythomanie, qu’il est attiré par le morbide (jusqu’à voler les objets des personnes âgées décédées), qu’il est un voyeur et qu’il manque cruellement d’empathie. Il n’a aucun sentiment, en revanche, il aime voir les autres souffrir.

Serais-tu un monstre mon fils ?

Episode après épisode, on découvre le vrai visage de ce garçon. On le voit détruire les personnes autour de lui, sa mère surtout. On observe avec dégoût la fascination et l’admiration qu’il a pour son père, alors même qu’il sait qu’il a assassiné un homme de sang-froid. Sam fera de même. Plusieurs fois. Jenny insiste impuissante à la transformation de son fils. Elle tente de comprendre, se rend  compte qu’il est « comme son père », elle devine que les différents meurtres sont l’œuvre de son fils. Surtout, elle ne peut pas l’aider. On ne saura jamais le pourquoi du comportement de Sam, d’où vient cette déviance, les pulsions meurtrières. On ne sait pas s’il y a un gène « tueur en série », si la violence est innée. Est-ce le traumatisme de son enfance qui a poussé l’adolescent à devenir un meurtrier ? Ce n’est pas véritablement le propos de la série. La série s’attache plutôt sur la relation mère-fils : qu’est-ce qu’une mère peut faire quand elle découvre que son fils est un tueur en série ? Comment continuer à aimer ce monstre ? Une problématique qui rappelle We Need To Talk About Kevin.

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