« The State » de Peter Kominsky : la série qui nous plonge dans l’enfer de Daesh

CRITIQUE – Le créateur de Dans l’Ombre des Tudors revient avec une mini-série qui va faire couler de l’encre : The State. La série suit le quotidien de quatre Britanniques qui rejoignent l’Etat Islamique. 

Peter Kominsky n’a pas peur de la polémique. Avec The State, il va en créer, des polémiques, des discussions. Il va certainement provoquer des conversations enflammées avec des pour et des contre. Pour ou contre quoi ? Parler de l’Etat Islamique dans une fiction. The State, c’est une mini-série. Quatre épisodes durant lesquelles le téléspectateur est invité à suivre le parcours de quatre Anglais qui décident de tout quitter pour rejoindre la Syrie et grossir les rangs de Daesh. Deux hommes et deux femmes, dont l’une accompagnée de son fils de dix ans. Il y Jalal. Lui, il décide de prêter allégeance à l’Etat Islamique pour faire comme son grand frère, mort à Raqqa. Il n’a rien dit à ses parents de ses projets. Ziyaad, son meilleur ami, l’a suivi. Comme ça. Parce que c’est son meilleur ami. Ushna est une adolescente qui s’est radicalisée sur Internet et elle est persuadée qu’il est de son devoir religieux de prêter allégeance à l’Etat Islamique. Et puis, il y a Shakira, femme célibataire, médecin qui espère apporter son savoir et soigner les blesser.

Chacun ses envies, ses motivations que l’on ne comprend pas toujours. Il y a des illusions aussi. Des illusions surtout. Parce que la réalité est tout autre et celle à laquelle vont être confrontés ses Britanniques va être dure, sanglante, terrifiante. Sur place, les hommes sont entraînés au combat, par là, ça veut dire tuer ou se tuer dans l’espoir de faire le plus de morts dans l’autre camp. On leur apprend donc à devenir des bombes humaines, à manier les armes. On lave littéralement le cerveau de ses combattants, on leur bourre le crâne de fausses informations et on leur promet que tout ça est fait au nom de Dieu. Que s’ils meurent sur le front, c’est un honneur. L’histoire des Vierges au Paradis, toussa toussa. Là-bas, Jilal va rencontrer d’autres Européens, dont un ancien militaire de l’armée britannique. Il y a aussi des Norvégiens.

Comprendre pourquoi.

Les femmes, elles, sont enfermées dans un bâtiment qu’elles n’ont pas le droit de quitter. Sauf si elles sont complètement couvertes. Mains comprises. Elles n’ont pas le droit de travailler, sauf si leur mari les autorise. Elles sont obligées de se marier. Si elles n’ont pas de mari, on leur en fournit un. « Des combattants, des amis des combattants, on peut vous trouver un mari« . Et elles dépendent d’eux. Les femmes sont des choses, là-bas. Elles sont frappées publiquement si elles désobéissent. Si elles parlent trop ou contestent un ordre. Elles sont tuées, elles sont violées, dépossédées de leur corps. Il y a celles qui acceptent et celles qui refusent. Ushna accepte. Shakira, non. Parce qu’elle est médecin, parce qu’elle a un fils et qu’elle l’observe se faire instrumentaliser par « l’école Daesh ». L’instrumentalisation commence tôt. A l’école,  les enfants apprennent comment tuer. Le ballon de foot est la tête d’un prisonnier décapité. L’épouvantail n’est pas fait de paille, c’est le corps de l’homme décapité.

Dans cet enfer que ces quatre Britanniques ont décidé de rejoindre, les illusions s’effacent très vite. Shakira l’a compris dès le moment où elle a mis les pieds dans l’hôpital où elle travaille. Femme forte, elle essaiera de se battre, c’est certain. Pour elle, mais surtout pour son fils. Jalal apprendra la vérité sur la mort de son frère, non pas mort en martyr comme on lui a dit mais décapité car il voulait s’échapper de l’enfer. Parce qu’il avait compris, un peu tard, où il avait mis les pieds. Jalal devra faire face à ses propres choix quand son propre père fera le déplacement jusqu’en Syrie pour tenter de le récupérer. Un père désemparé qui demandera pourquoi son fils, qui a grandi en Grande-Bretagne, loin d’une guerre que lui-même a quitté, s’est embarqué dans ce merdier. Pourquoi il se retourne contre son propre pays. Jalal n’a lui-même pas la réponse.

Peter Kominsky a fait le choix de traiter d’un sujet tendu. L’auteur de Wolf Hall et du Serment s’est longtemps documenté, renseigné avant de livrer cette fiction. Ses histoires sont basés sur des faits réels et des témoignages. Pourquoi The State ? Parce qu’il voulait comprendre. Il s’explique : « L’Etat islamiste et ses partisans ont causé effroi et souffrance dans le monde entier. Mais à moins de comprendre pourquoi certains de nos jeunes, élevés dans nos démocraties, choisissent de renoncer à cette vie et de s’engager en Syrie, comment peut-on espérer combattre cette idéologie nihiliste? » Alors oui, ça va faire parler.  The State ne plaira pas à tout le monde. Elle fera grincer des dents, surtout dans le contexte actuel, après l’attentat de Barcelone. Elle n’est pas à mettre devant tous les yeux. C’est filmé en immersion totale, rien n’échappe à la caméra : les passeports brûlés à l’arrivée, les exécutions, punitions. Elle ne rapportera aucune réponse d’ailleurs ce n’est pas son but. Le réalisateur ne demande pas à ce que le spectateur se prenne de pitié pour les personnages. Des personnages qui sont partis en connaissance de cause : comme l’un d’entre eux le dira : « c’est de ta faute, tu ne pouvais pas dire que tu ne savais pas« . Il filme des morceaux de vie, avec une extrême humanité pour les quatre Britanniques. Non, The State ne plaira pas à tout le monde. Peut-être aidera-t-elle à comprendre. Montrer la réalité en Syrie. Ce qui arrive une fois la-bas. Empêcher que les jeunes adultes, européens, s’y embarquent. Ça fera parler. C’est sûr.

The State, avec Sam Otto, Ryan McKen, Ony Uhiara et Shavani Cameron. Diffusée sur Channel 4 depuis le 17 août. Le 4 septembre sur Canal +.

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