Grand Corps Malade : « Je suis encore étonné de sortir un album »

INTERVIEW – Grand Corps Malade revient en ce début d’année 2018, avec Plan B, son sixième album. On a voulu en savoir plus sur ce nouveau disque.

2017 a rimé avec cinéma pour Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade. Son premier film, Patients, adapté de son livre éponyme, a fait un carton en salles et il se pourrait même qu’il soit en lice pour les Césars. Mais c’est en tant que slameur-chanteur qu’il revient en ce début d’année 2018, avec Plan B, son sixième album. On a voulu en savoir plus sur ce nouveau disque aussi intime qu’éclectique et résolument ancré dans l’actualité.  

Ton sixième album, Plan B, sort le 16 février. Peux-tu revenir sur la genèse de ce disque ?
Après l’aventure collective Il nous restera ça, c’est vraiment un retour à un album solo. J’aime bien varier les humeurs et les thèmes sur l’ensemble d’un disque donc il y a des textes personnels, d’autres plus ouverts sur le monde, des textes graves, d’autres plus légers.

Pour ce disque, tu as de nouveau collaboré avec Angelo Foley à la direction artistique. Pourquoi ?
Depuis trois ans, c’est mon binôme. Il avait déjà bossé sur Il nous restera ça. C’est lui qui a fait la musique de Patients. J’aime beaucoup son travail, il est tout terrain. Il sait s’adapter, et lui aussi il aime bien varier les humeurs. Il a une vraie patte, mais en même temps, il est capable d’aller dans plein de directions différentes. Et humainement, c’est un bonheur de bosser avec lui. C’est facile, fluide. On s’entend très bien.

Sur le morceau « Acouphènes », tu parles de tes souvenirs. Es-tu nostalgique ?
Oui, carrément. De plein d’époques même. Je crois qu’à 20 ans j’étais déjà nostalgique de certaines périodes. À 30 ans aussi, alors à 40 encore plus. C’est pour ça que j’ai écrit ce texte. J’aime bien me remémorer. Mais comme je le dis à la fin de ce morceau, l’idée c’est que cette nostalgie n’est pas plombante. Elle me rappelle des bons souvenirs et me fait prendre conscience que j’ai eu de la chance et que tout ça m’a nourri. Après, on ne peut pas être nostalgique sans avoir une pointe de mélancolie, mais elle ne m’empêche pas d’avancer.

Sur le disque, il y a un autre morceau qui sort du lot, « Au feu rouge », qui parle du sort des migrants.
C’est difficile de passer à côté. C’est un des grands drames de notre époque et malheureusement, ça va continuer. J’avais juste envie de redonner un peu de dignité et d’humanité à ces personnes-là. On parle souvent d’eux avec des chiffres : il y en a tant de milliers qui sont arrivés, tant de milliers qu’on doit garder, d’autres qu’on doit faire partir. Mais derrière ça, il ne faut pas oublier qu’il y a des êtres humains qui risquent leur vie.

Tu chantes plus que d’habitude. Pourquoi ?
Cette envie est née sur scène. Sur la dernière tournée, ça m’est arrivé de chantonner un peu plus sur un refrain ou en duo. J’avais aussi repris un texte de Renaud où je slamais les premières parties puis je chantais sur la fin. Je me suis dit que même en studio, ça pouvait être une étape supplémentaire. Je trouve ça intéressant. Le prochain album ne sera jamais intégralement chanté. Je continuerai plus à dire mes textes façon slam comme je le fais depuis le début mais c’est fort probable que dans l’avenir il y ait des petits refrains chantés.

 » Chronologiquement, la musique est arrivée en deuxième position »

Le titre Plan B fait-il référence à ton cas personnel ? Car la musique n’était pas ton premier plan de carrière…
Oui, entre autres. Toute cette histoire-là, ce n’était pas prévu à la base. J’aime bien cette expression, dans laquelle il n’y a pas forcément quelque chose de péjoratif. C’est juste que chronologiquement, la musique est arrivée en deuxième position. Mais il y a des plans B qui sont très bien, et dans la vie tout ne se passe pas forcément comme on avait imaginé.

Tu commences ta nouvelle tournée dès le 27 janvier. A quoi peut s’attendre le public ?
Le but d’un album c’est d’aller le défendre sur scène. C’est là que j’ai l’impression de vraiment faire mon métier. Sur cette tournée, je serai accompagné de trois musiciens: un guitariste, un percussionniste, à la fois batteur, et un pianiste qui joue toutes sortes de claviers et de machines électro. On va faire une belle place aux nouveaux titres et on va s’amuser à reprendre nos petits classiques. C’est un spectacle assez chaleureux et vivant, où on va aussi déconner entre nous et avec le public. C’est vrai que je suis un artiste qui parle avec son auditoire, qui raconte un peu le pourquoi des chansons.

As-tu un meilleur souvenir de concert ?
J’en ai plein ! Mais on va dire, peut-être, le premier Olympia. C’était assez particulier. Il y avait une ambiance incroyable, même si j’ai eu la chance d’en faire plein d’autres après. Le public s’est levé à plusieurs reprises pendant le concert. Ce sont des moments assez rares.

L’année dernière, ton film Patients, co-réalisé avec Mehdi Idir, a conquis plus de 1,2 millions de spectateurs. Tu t’attendais à un tel succès ?
Au début, on ne s’y attendait pas du tout. C’est un film à petit budget, qui parle du handicap, un  thème difficile à traiter. Qui plus est sans aucune tête d’affiche. Progressivement, quand on a commencé à le présenter dans des festivals, on a eu des retours tellement bons, même des gens de la profession, qu’on a commencé à croire qu’il y avait des chances que le film rencontre le public.

Patients a des chances d’être nommé aux Césars. Tes impressions ?
On nous dit qu’on a des petites chances dans les catégories « meilleur premier film » et « meilleur espoir masculin » (pour la performance de Pablo Pauly, NDLR). Si ça confirme, ce sera un grand honneur. Depuis qu’on est tous petits, on a tous regardé cette cérémonie, alors imaginer qu’on puisse y aller nous avec notre bande de potes et les jeunes acteurs qui avaient un gros rôle au cinéma, pour la première fois, ce serait forcément un grand moment pour nous.

J’ai cru comprendre qu’un deuxième film était en préparation…
L’expérience Patients était tellement belle à vivre que ça m’a donné envie de recommencer. Cette fois, l’action du long métrage se déroulera dans un collège ZEP. C’est de la fiction, même si avec Mehdi Idir, co-réalisateur, on s’inspire de ce qu’on a vécu. On a tous les deux été dans ce type d’établissements donc on fait jouer nos souvenirs, mais on a inventé des personnages. Le cinéma, c’est énormément de métiers différents qui mettent tout en œuvre pour atteindre un même objectif. Quand tu es réalisateur, tu essaies de chapeauter tout ça. C’est fascinant !

« Je me dis qu’en douze ans de carrière, je me suis bien amusé »

Tu es le parrain de l’association Sourire à la vie. Peux-tu nous en dire plus ?
Sourire à la vie est une association fabuleuse qui accompagne des enfants malades de cancer. Elle propose des activités à l’hôpital et en dehors : des spectacles, du sport, des voyages. En tant que parrain, je m’implique autant que je peux. J’aide notamment à trouver des fonds. Je vais souvent voir les enfants, je suis sur scène avec eux quand on monte des spectacles.

Quel bilan fais-tu de ta carrière jusqu’à maintenant ?
Je me dis qu’en douze ans de carrière, je me suis bien amusé. Il y a ce sixième album, il y a eu cinq tournées, un livre, un film. J’ai eu la chance d’écrire pour d’autres, j’ai fait des beaux duos… Je continue à m’émerveiller de tout ça. Je suis encore étonné de sortir un album, de me dire qu’il a potentiellement des dizaines de milliers d’auditeurs et que les salles se remplissent déjà bien pour la tournée. Je me rends compte de la chance que j’ai de faire ce métier. Mon souhait ? Que ça continue, que l’inspiration soit toujours là, que le public réponde présent et qu’on ait encore plein de beaux projets.

Grand Corps Malade
Plan B
(Anouche Productions / Caroline International France)

Propos recueillis par Hélène Pouzet

Advertisements