SYML : « La musique est le seul langage universel »

INTERVIEW – Entrevue avec Brian Fennell, plus connu sous le nom de SYML à l’occasion de la sortie en France de son deuxième superbe EP. 

Syml vient du gallois, et signifie « simple ». C’est l’Américain Brian Fennell qui se cache derrière ce nom de scène, avec un projet d’une tristesse absolue, mais d’une beauté incroyable, dans la veine des Elias, Rhodes, RY X, Dean Lewis… Le barbu à la voix haut-perchée s’est fait connaître du grand public grâce à sa chanson « Where’s My Love ». Son deuxième EP In My Body est sorti au début de l’année. Et c’est à l’occasion de sa tournée européenne, et son concert sold out au Pop-Up du Label qu’on a pu discuter avec cet artiste enivrant.

Rocknfool – Est-ce que ce serait un compliment si je te disais que tu pourrais tout à fait être le fils caché de Lana del Rey et RY X ?
SYML – Je pense que c’est un bon compliment. Cela dit, être un fils caché ne serait pas super évident, surtout avec des parents aussi connus que Lana del Rey et RY X !

Quand j’écoutais les chansons de ton album The Hurt je t’imaginais en train de les écrire le soir très tard, avec la lune dehors, sur un petit carnet, une bougie pas loin, dans un grenier avec un vieux piano. Est-ce que c’est trop cliché ? 
Il y a définitivement de longues soirées et des bougies ! Je n’écris pas dans un carnet cependant. J’ai une écriture affreuse. Tellement affreuse que ça me dégoûte moi même. Il y a souvent du whisky impliqué dans l’affaire aussi. J’ai la chance d’avoir un studio dans ma maison ; je n’ai donc aucune excuse quand je dois me mettre à travailler.

Est-ce que tu dois avoir un certain état d’esprit pour écrire ?
Honnêtement je ne sais pas exactement comment je fais pour atteindre le bon état d’esprit quand j’écris des chansons pour ce projet, mais je suppose que ma zone de confort est quand même un état d’esprit triste.

« C’est amusant que je me considère comme une personne joyeuse alors que j’écris des chansons tristes »

Tu as dit à plusieurs reprises que tu étais une personne heureuse. Sais-tu pourquoi tu ressens ce besoin d’écrire des chansons aussi tristes ?
C’est assez amusant en fait que je me considère comme quelqu’un de joyeux alors que j’écris majoritairement des chansons tristes. Je crois que d’avoir un projet autour des chansons tristes m’aide à surmonter les épreuves les plus difficiles et tristes de la vie. C’est pour ça, selon moi, que beaucoup plus de personnes préfèrent la musique plus sombre aux chansons plus gaies. Ça fait du bien en fait, comme la thérapie, de se délaisser de toutes ces choses qui peuvent nous entraîner au fond du gouffre.

Penses-tu que si tu n’écrivais pas ces chansons tristes, ça serait réprimer ton humeur et tes émotions du moment ?
Justement, j’essaie constamment de m’améliorer à ne pas réprimer mes émotions et mon humeur quand j’écris des chansons. Néanmoins, c’est un bon entraînement de contrôler ses émotions pour que les gens de ton entourage tolèrent ta présence à leurs côtés.

Est-ce que pour toi les chansons tristes sont l’unique moyen de guérir des ruptures difficiles ?
Pour certaines personnes, je suis sûr que oui. Quand j’étais plus jeune, j’adorais qu’une chanson puisse me rendre heureux, ou malheureux, dépendamment de ce que je voulais vraiment ressentir. Encore une fois, je crois que les chansons tristes aident les gens à gérer leurs émotions, jusqu’à un certain point. Mais, tu ne peux pas non plus vivre à travers l’art d’autrui. Si tu veux aller mieux, te sentir mieux, il faut que tu puisses prendre des décisions qui sont saines pour toi, par toi-même.

J’ai l’impression que tu commences à ajouter toujours un peu plus de percussions dans tes chansons qui étaient très piano-voix auparavant.
J’ai commencé à jouer de la batterie à peu près à la même période que la guitare, quand j’avais dans les 12 ans. Les percussions ont toujours pris une place importante dans ma compréhension de la musique. Si tu écoutes mes chansons en piano-voix, tu pourras toujours entendre beaucoup d’éléments percussifs au piano ou à la voix. Je prends beaucoup de plaisir à créer des rythmes, c’est pour ça que j’en introduis de plus en plus dans ma musique.

Il y a quelque chose de très cinématographique dans ta musique. Quels films ont pu t’influencer toi et ton écriture ? 
J’adore quand la musique participe à la qualité d’un film. Je pense également que les bons films peuvent être inspirants sur beaucoup de niveaux. Un de mes films préférés, Love Liza, est probablement le plus triste que j’ai jamais vu. Je ne me souviens plus du tout de la musique dedans, mais ça n’a pas d’importance !

Tu serais d’accord si on te proposait un jour d’écrire de la musique de film, une bande originale… ?
J’ai déjà un peu d’expérience en composition de musique de film, et musique pour la télévision également. Et j’ai adoré faire ça ! Ça serait génial d’écrire toute la bande originale d’un film, et j’espère un jour que je pourrai le faire !

« Je ne cache pas derrière beaucoup d’artifices »

Tes chansons sont déjà parfaites une fois enregistrées. Est-ce que le live reste quelque chose d’intéressant pour toi ? Est-ce que ce n’est pas trop intime ?
Il y a quelque chose de désarmant à se présenter face à un public, à être honnête dans son écriture. Je ne me cache pas derrière beaucoup d’artifices. Faire en sorte que les choses soient simples aide beaucoup. J’aime beaucoup jouer en live, mais en effet je ne crois pas que cette étape complète nécessairement la boucle « créative » pour moi. Je ne suis pas un musicien expert, mais je trouve ça quand même très chouette de jouer pour des gens qui ont réussi à s’y attacher profondément.

As-tu une technique pour ne pas jouer devant un public qui va renifler ou pleurer pendant quand tu joues ?
À vrai dire je ferme les yeux la plupart du temps ! Si des gens pleurent pendant un concert, ils sont souvent très discrets et silencieux.

J’ai écouté quelques interviews que tu avais données, et tu m’as l’air d’être un bon conteur. Est-ce que tu voudrais bien me raconter la première histoire qui te vienne à l’esprit là maintenant ?
J’étais dans le métro aujourd’hui à Paris, et j’étais debout à côté d’un petit garçon et de son père. Il avait probablement 4 ou 5 ans, et n’arrêtait pas de chanter doucement et de me regarder par intermittence. Son père essayait tant bien que mal de lui dire d’arrêter, mais le petit garçon était persistant ! Je ne parle que quelques mots de français, mais j’ai essayé de lui dire par le regard qu’il n’y avait pas de problème à chanter dans le métro, même si son père n’était pas d’accord. La musique c’est comme un langage, et cela ne fonctionne pas si tu ne la laisses pas s’échapper quand tu as en as envie. C’est même un langage universel, beaucoup plus puissant que tous les autres.

Propos recueillis par Emma Shindo

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