William Z. Villain : « Je suis en France à cause de mon amour insatiable pour le fromage »

INTERVIEW – William Z. Villain revient en France la semaine prochaine avant de finir par un concert londonien pour Rough Trade. Si tu ne le connais toujours pas, il est grand temps de t’y mettre.

Son premier album éponyme est sorti il y a un peu plus d’un an maintenant. William Z. Villain, qu’on avait découvert fin 2016, a d’ailleurs sillonné les routes de France pour le défendre tout au long de 2017. Ça avait été pour nous l’occasion de le rencontrer et de lui poser quelques questions. On profite de son retour la semaine prochaine pour te dévoiler ses réponses. Et on l’avoue, sa folie douce et le côté décalé de sa musique et du personnage commençaient sérieusement à nous manquer.

Rocknfool – Tout ce que l’on sait de toi, c’est que tu vis dans le Wisconsin, avec tes chats et ton potager. Peux-tu nous en dire plus sur ton passé musical ?
William Z. Villain – Jusqu’à mes 18 ans, mes parents me faisaient aller à l’église tous les dimanches. Le prêtre était directeur de chorale et avait une voix douce et très expressive. Mes parents chantait au sein de la chorale (et ils le font toujours d’ailleurs !), au milieu de 20 personnes environ. C’était majoritairement des femmes grecques assez âgées, quelques Serbes, quelques Russes et mon père. Dushanka, la plus dure à cuire, est dans la chorale depuis des décennies et l’a maintenu comme le plus puissant, et souvent le seul, ténor dans le groupe pendant toute mon enfance. J’ai aussi remarqué en grandissant que les arrangements que chantaient la chorale avait des harmonies très intéressantes et très élégantes. Le directeur précédent (le mari de Dushanka) était aussi super doué visiblement parce que ses arrangements étaient savoureux. Je ne l’ai jamais rencontré malheureusement, parce qu’il est mort je crois avant que je naisse ou avant que je puisse m’en souvenir…

Ta musique est pleine de sons de la nature et d’une guitare très métallique. Comment as-tu enregistré tout ça ? Est-ce qu’il s’agit des sons de ton jardin ?
À l’origine, j’ai fait une cassette de ma musique pour la vendre pendant les concerts. C’était une tournée très crade / do it yourself, organisée sur le chemin du mariage de mon frère en Oklahoma. Mais les faces des cassettes duraient genre 20 minutes, et j’avais seulement 15 minutes de musique par face. Alors j’ai ajouté les criquets de la maison de ami Seth, là où lui et son amie Abby vivaient à Pardeeville dans le Wisconsin. J’avais aussi un sample de Bootsy, le spectaculaire chat noir et blanc ! Et il y a aussi beaucoup de crapauds ! Prêtes-y attention et tu entendras les vibrations des crapauds, je les adore

« Maintenant, je dois faire un album sachant que beaucoup d’autres personnes l’écouteront. Ce sera probablement épouvantable. »

La première fois que j’ai écouté ton album, j’ai pensé au vaudou. Il y a quelque chose de surprenant, de fascinant et en même temps d’assez flippant dans tes chansons : les rires dans « Anybody Gonna Move ? », le rythme dans « Tippy Tippy Top », les soudains changements de voix… Comment expliques-tu cela ? Est-ce juste un moyen de garder l’auditeur alerte ou une envie d’explorer d’autres choses ?
Non, en fait, quand j’ai fait la plus grosse partie de cet album, je pensais seulement à mon ami / ancien colocataire et musicien / songwriter John Praw. La raison pour laquelle je pensais à lui était qu’il serait probablement la seule personne qui écouterait ça après que je l’ai fini ! Maintenant, je dois faire un album sachant que beaucoup d’autres personnes l’écouteront. Ce sera probablement épouvantable.

Tu sembles très intéressé par les musiques d’ailleurs : Grèce, Afrique, Cuba, Inde… Où trouves-tu ton inspiration et ton influence ?
C’est un mélange de choses. J’ai commencé à explorer des enregistrements digitaux de cylindres phonographiques (l’ancêtre du disque, ndlr) sur internet en même temps que je commençais à écrire des chansons, qui étaient épouvantables. J’ai aussi des amis qui jouent toutes sortes de musique : folk, rock, métal, hip hop, synth funk, noise, etc. Et puis je connais une figure spirituelle appelée DB Pederson, qui fait du chant de gorge, joue de multiples instruments et imite les animaux comme une bête ! T’as vu le jeu de mots (rires) ?

La dégustation de fromage, un acte sacré

Tu tournes beaucoup en France où on t’a découvert grâce à Normandeep Blues Records. Qu’est-ce que tu penses de notre pays ? Est-ce que ce n’est qu’une question de fromage ? (c’est un sujet récurrent sur son fil instagram et dans ses concerts, ndlr)

C’est vrai que je suis définitivement en France à cause de Normandeep et de mon amour insatiable pour le fromage. Je suis principalement intéressé par les fromages qui ne sont pas faits dans des fermes industrielles, parce que ces merdes sont cruelles et je ne veux pas ce genre de vibe dans l’acte sacré qu’est la dégustation de fromage !

Et vas-tu tourner en Amérique aussi, ou penses-tu que ta musique a plus sa place ici en Europe d’abord ?
Tu sais, j’ai déjà tourné aux États-Unis de façon très DIY. J’ai fait deux tournées avec Jeremy Waun, le gourou du songwriting nu-métal de Detroit, et j’ai aussi tourné avec Mori Mentor, l’illustre arrangeur de synthés !

Alors quelle est la suite pour toi ? Un nouvel album ?
J’ai quelques nouvelles chansons que j’aime et que je dois enregistrer correctement. Le plan, c’est d’avoir quelque chose pour l’automne 2018, mais je dois d’abord mettre la main sur l’équipement nécessaire pour enregistrer tout ça !

Merci à William Z. Villain & Nicolas Miliani de Normandeep Blues Records.

Propos recueillis en novembre 2017 par Morgane Milesi.

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