Howlin’ Jaws et The Legendary Tigerman : la leçon de rock’n’roll à La Laiterie Club

LIVE REPORT – Deux groupes, deux façons de faire du rock’n’roll. Entre les Parisiens de Howlin’ Jaws et les Portugais de The Legendary Tigerman, la soirée a été caliente.

En arrivant, j’ai eu peur. Peu de monde présent dans la salle, pour une affiche pourtant alléchante. La première partie assurée par Howlin’ Jaws était une bonne raison d’être à l’heure pourtant, même si, sur le papier, j’avais quelques doutes. Ils font partie de ces groupes qui ont la nostalgie des années qu’ils n’ont pas connues, du rock qu’ils n’ont pas vécu. Ça pullule en ce moment. Il n’y a qu’à voir le succès de Theo Lawrence & The Hearts. Comme eux, Howlin’ Jaws joue sur les codes. Ici des vestes en jean super cintrées et boutonnées bien haut, de quoi te faire transpirer en moins de deux, et là des peignes sortis des poches pour lustrer le poil. J’avoue que je trouvais ça déjà ridicule sur Alex Turner à son époque QOTSA. Je ne m’y fais pas.

Un groupe à voir en live

Je n’étais pas non plus convaincue par leur dernier EP en date, Burning House. Trop lisse, trop « déjà entendu », trop « si j’ai envie d’écouter ça, je sors mes vieux vinyls ». Mais sur scène… Sur scène, ce n’est pas pareil. Le croisement Elvis rencontre The Kinks fonctionne étrangement bien, à cause de la bonne dose de rapidité et d’énergie brute que le trio ajoute à la sauce. Un truc plus moderne, un truc plus urgent. Du rockabilly sous speed. Beaucoup plus intéressant que sur EP, donc. Ajoute à cela le jeu de la contrebasse et des musiciens qui donnent tout malgré la lenteur du public à entrer dedans, et on obtient un groupe duquel on ne décroche finalement pas le regard. Une bonne surprise donc.

Tout en puissance et en finesse

Bien que rock’n’roll, le style de The Legendary Tigerman est très différent. Au début one-man band, Paulo Furtado tourne à présent accompagné de 3 musiciens, pour la sortie de Misfit, son dernier disque. Celui-ci est un vrai concept-album, puisque Furtado est parti dans le désert californien tourner un court métrage, pour après en composer la bande son, qui est donc cet album. Le film en super 8 donne lieu sur scène à des clips complets diffusés sur toile en arrière-plan. En avant, un dialogue parfait entre le saxophone et la guitare. Un rythme percutant avec la batterie et la basse. Bref, l’alliance parfaite de la puissance et de la finesse.

Si les premiers titres ont mis du temps à embarquer la salle, pour une raison inexpliquée, le concert s’est vite transformé en ambiance de feu. Le mec au 6 albums sait exactement ce qu’il faut faire. C’est indescriptible. C’est une claque. Une leçon. Le genre de concert où tu capitules complètement. Ça suinte le rock par tous les pores. C’est sensuel. C’est instinctif. Que ce soit les titres de Misfit ou les plus anciens, comme le duo, ce soir par écran, avec Lisa Kekaula des Bellrays (« The Saddest Thing To Say »), ou la reprise de « These Boots Are Made For Walkin' » de Lee Hazlewood, on avance dans le set comme un tigre tapi dans les hautes herbes, les omoplates ondulantes, le regard focalisé sur la cible, les membres avançant sur un rythme interne. Ca murmure même à ton oreille sur « Fix Of Rock’n’roll », comme pour te mettre en condition. Jusqu’au moment de l’assaut, sur « 21st century rock’n’roll ». Ça finit dans une débauche de cris échangés entre la scène et le public, entre le tigre et sa proie, complètement consentante.

Le génie rock’n’roll

Je ne comprends pas comment The Legendary Tigerman pourrait finir ce set de manière plus légendaire. Alors à ce moment-là, je mise sur l’absence de rappel. Que nenni. Le groupe revient avec « Black Hole ». Je ne suis pas loin de crier au génie. Tu ne reviens pas d’un set pareil avec un autre titre énergique. Tu gâcherais tout. Effet pétard mouillé. Ils l’ont bien compris, puisque « Black Hole » est la beauté calme, la jouissance musicale apaisée, avec juste ce qu’il faut de fulgurances sonores qui viennent relever les plaintes du tigre sur « You gotta hold me from this darkness ». L’ivresse. Et pour se remettre de tout cela, seulement accompagné de son saxophoniste, Paulo Furtado clôt la soirée sur « A Girl Called Home », avec pour ultime conseil de rentrer chez nous et faire l’amour. La parfaite conclusion.


Setlist (identique à Paris) : The Saddest Girl On Earth / Child Of Lust / Naked Blues / And Then Came The Pain / Motorcycle Boy / Holy Muse / The Saddest Thing To Say / Gone / Fix Of Rock’n’Roll / These Boots / Dance Craze / 21st Century Rock’n’Roll // Black Hole // A Girl Called Home

À LIRE AUSSI
>> The Hook, preuve vivante que le rock’n’roll n’est pas mort

Advertisements