On a écouté : Horizons de Détroit

Détroit, un mot qui dont la signification change selon où l’on se trouve. Sur la terre, il sépare, sur l’eau il rapproche et rejoint. Avec le groupe Détroit, on a la collaboration de Bertrand Cantat et de Pascal Humbert, Horizons, album où on trouve d’autres détroits, structurant l’album. « Détroit 1 » et « 2« , interludes séparant l’album en trois tiers que l’on pourrait nommer Avant/Pendant/Après.

detroit - horizons

C’est « Ma Muse » qui a la difficile tâche d’ouvrir l’album, « Avant » donc. Une voix familière qu’on n’a pas entendue depuis longtemps résonne. Éteinte, elle peine encore à jouer avec les mots, d’abords naïfs et hésitants ils finissent par s’emballer et trouver leur place. L’album se lance à petite vitesse, français, anglais, quelques notes éparses en accompagnement. Détroit est sage et encore vacillant. Et puis la première pépite de l’album surgit avec « Terre Brûlante » qui rappelle les dernières sorties de Noir Désir (« L’Europe« , « Nous n’avons fait que fuir« ). Cantat retrouve sa voix et sa plume, et se montre à la hauteur de sa légende déclamant d’une voix calme mais tendue, flirtant avec l’urgence, des mots d’une justesse incroyable. On percute le Beau, il est temps de se laisser aller dans cet album.

Déjà le premier détroit et la seconde partie, celle des cauchemars, la plus personnelle de l’album. On y croise le vide, l’absence, la prison, les médias. L’impuissance face à un geste inexcusable dont les conséquences dépassent l’imaginable. Les adieux puis l’aigreur face aux murs de la prison, Cantat sort de son carcan, passe des murmures aux hurlements. Enfin vient la délivrance, une fois dehors il faut revivre, regarder « Droit dans le Soleil« , refaire de la musique.

Second détroit, est-ce là Bertrand Cantat 2013, l’aboutissement de Détroit, ou les prémices de celui de demain ? L’ambiance de cette troisième partie diffère des autres. Le contraste est d’ailleurs volontairement forcé, la tracklist aurait pu être arrangée différemment, mais l’album joue la surprise et le symbole pour ce premier titre. C’est un Cantat rayonnant, guitare en avant et chant puissant qui entame « Le Creux de ta Main« . Single parfait (trop sans doute) au texte ciselé et calibré pour plaire à la fois aux fans et aux radios, on pourrait presque croire à une chute de 666 667 Club. Après le classicisme, place à un petit peu de nouveautés, « Sa Majesté« , parfait exemple de la symbiose Cantat/Humbert, des mots joueurs supportés par un groove hypnotique. De quoi claquer des doigts. Oui, j’avais prévenu que ce dernier tiers était différent. On ne s’étonne donc pas d’entendre des cris sur « Null And Void » et des guitares de tous les côtés (même si elles sont calmes). C’est la partie de l’album dédiée au retour à la vie et les deux premiers tiers sont déjà loin. Pourtant, il ne faut pourtant pas oublier « Toutes ces années perdues« , on replonge donc, avec une reprise d’ »Avec le Temps » de Léo Ferré en guise de final.

Alors qu’un dernier détroit est franchi en ghost track, on est déjà pensif, à la recherche des clefs de l’album. Détroit n’est pas Noir Désir (forcément), mais ceux qui aiment l’écriture de Bertrand Cantat apprécieront. Certes un album cathartique n’est pas simple à appréhender, difficile d’être spectateur d’un homme qui cherche à retrouver le goût de la vie. Au fil des écoutes l’album se dévoile, chaque titre se met en place et laisse entrevoir ses mystères que chacun interprètera différemment. Au final, le seul reproche qui pourrait être fait concerne la production, qui, parfois trop propre, manque de coffre, alors qu’on sait très bien qu’en live, l’interprétation de Bertrand Cantat donnera une tout autre dimension à ces titres. Mais bon, c’est une habitude sur ses albums studio…

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