Patrick Watson, un concert aux airs d’hommage à ceux qu’il aime

LIVE REPORT – En tournée pour son album Uh Oh, Patrick Watson s’est arrêté à La Laiterie de Strasbourg pour un concert en clair-obscur.

Chaque album de Patrick Watson, on le sait, part en exploration d’un nouveau monde. Le Canadien a toujours su se renouveler avec son piano, au rythme des inspirations qu’il n’a eu de cesse de trouver depuis plus de vingt ans. Et puis un jour, plus de voix. Et une écriture qui doit se réinventer. Patrick Watson écrit pour les autres. De là naîtra Uh Oh, un album de duos puisqu’entre temps (tant mieux pour nous), il retrouve ses capacités vocales. Et nous voilà donc à La Laiterie pour écouter en live cet album de duos, mais sans les artistes pour lesquels ils ont été écrits.

L’électronique de plus en plus présent

On n’est pas inquiet. On sait que peu importe ce qu’il se passera, qui chantera quoi, on sera heureux. On a vu trop de concerts de Patrick Watson pour en douter. Parce que Patrick Watson fait parti des génies de la musique, des magiciens capables de transformer une salle sans âme en cabane habitée au coin du feu. Il n’a besoin que d’un piano et de sa voix pour cela. Mais on sait aussi qu’il aime y ajouter différents effets au gré des tournées. Pour celle-ci : des lasers et un vocoder, en plus des musiciens du soir Oliver Fairfield à la batterie, Ariel Engle (La Force) aux chœurs, et Mishka Stein, le compère de toujours, à la guitare. Si Watson avait entamé une exploration profonde de l’électronique dès Love Songs For A Robot, on sent ici un désir d’en faire plus qu’un sujet d’album. L’intégration est totale.

Le concert est très marqué par Uh Oh !, tant dans les titres que dans l’ambiance. Du bleu, du sombre, et donc ces voix modifiées avec lesquelles jouent Watson. “Peter and the Wolf”, “Silencio”, la française “Ca va”… On sent un Patrick Watson qui s’est construit un set loin des concerts lumineux remplis de scies, violons, trompettes. Le ton est plus grave, plus profond, et on le comprendra plus loin, plus en accord avec les épreuves traversées.

L’immense artiste Patrick Watson

Quelques anciens titres pointent néanmoins le bout de leur nez : les désormais attendues “Je te laisserai des mots” et “To Build A Home” (il est loin le temps où l’on se sentait chanceux de les entendre, tant ils étaient rares dans les setlists, ces titres), les magnifiques “Big Bird In A Small Cage” et “Slip Into Your Skin”. Ce sont forcément celles-là qui remuent le plus. Les plus organiques. Celles qui se jouent à la lueur d’une lampe chaude sur le micro central. Mais d’autres plus récentes trouvent toute leur place, notamment “Ode To Vivian” de l’album précédent Better In The Shade. Une magnifique présentation de l’œuvre de Vivian Maier défile à l’écran pour accompagner l’hommage rendu à cette photographe qui photographie les petits instants banals de la vie et les rend immenses.

Les hommages ne s’arrêtent pas là. Celui à son amie Martha Wainwright pour qui il a écrit “House On Fire”. Celui à son ami et coiffeur Kenzo, pour qui il chante “Here Comes The River”. Et le dernier hommage, celui du rappel, celui qui clôturera le concert : “we fly for the ones we love”. Watson nous explique qu’il s’agit là de la mélodie préférée de son frère. Qu’elle a trainé dans les tiroirs pendant des années. Malheureusement, il aura fallu le décès de son frère dans un accident de base jump pour qu’il la termine enfin. Comme un dernier cadeau, un lien à tout jamais écrit entre eux et partagé ce soir avec nous. L’exemple parfait montrant tout le talent de Patrick Watson pour transformer chaque tempête, chaque vague, en pépite musicale. Lui aussi, transforme la vie en immenses œuvres. Et pour ça, merci à lui.