Francos de Montréal : Lou-Adriane Cassidy, Lysandre, Fallon, Aleski Campagne, Alexe
COMPTE RENDU – Journée intense en concerts et en chaleur pour l’ouverture des Francos de Montréal 2026. On vous raconte tout ça.
Chaleur étouffante en ce vendredi 12 juin, journée d’ouverture des Francos de Montréal édition 2026. On ne change pas nos bonnes habitudes, direction la « petite scène » Pub Brasseur de Montréal (et oui, toutes les scènes sont commanditées, impôts obligent) pour découvrir le gagnant du concours Ma première Place des arts : Aleksi Campagne. C’est lui qui a la charge officielle d’ouvrir le festival.
Aleksi Campagne repousse la pluie

Accompagné de trois musiciens, Aleksi Campagne présente son répertoire folk-trad aux accents blues, en français (car l’artiste écrit dans les deux langues) à un public de curieuses et curieux. Cet enfant de musiciens raconte des histoires, violon et chandail troué sur les épaules. Le Québécois a un timbre de voix puissant, un peu nasal, juste, et des mélodies qui savent emporter immédiatement dans son univers. Il chante les fameux escaliers montréalais qui tournicotent, la pluie qu’il repousse, les grandes prairies de la Saskatchewan… Il dit s’inspirer des grands chansonniers et poètes, de sa femme et parle de la crise climatique aussi. Les thèmes sont variés, actuels, graves, amusants et touchants parfois.
Les arrangements, parfois presque cinématographiques, enveloppent ses propos avec panache et émotions. Par deux fois, ses musiciens le laissent seul sur scène. Aleski Campagne s’accompagne alors grâce à une pédale loop, cordes à sec, percussion sur le coffre et lignes mélodiques sur le dessus. Franchement, on est dedans, et on reste jusqu’au bout. Un nouvel album devrait paraître en fin d’année, mais pas sûr, car il est indépendant, et comme il dit d’un rire abattu, ce n’est pas simple. Je vous laisse sur les paroles de mon voisin (inconnu) de show qui me dit en partant « il est talentueux ! ». J’ai souri et dit oui. Et je le pensais.
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Alexe pop le parterre

On poursuit notre première journée de Francos avec Alexe, « sobre, très petite, mais attachante », selon sa biographie Instagram. On pourrait écrire qu’elle fait en quelque sorte la première de Marie-Mai même si, en festival, on ne peut pas dire ça. Mais ça pourrait vous aider à contextualiser pourquoi on n’a pas trop accroché. Les fans de Marie-Mai sont déjà là, assises dans l’herbe. Alexe, tout sourire dégage une belle énergie dans ses bottes blanches et son short en jean. Elle présente surtout les titres de son dernier album 11h11 une heure miroir sur laquelle est n’a cessé de tomber lors de sa composition. Sa pop n’est pas originale, mais on lui concède, sans rechigner, un timbre de voix remarquable. Alexe est engageante, fait chanter le public, et parle de sa sobriété dans « Le fleuve ». Elle présente aussi, fébrile, « Ce qu’il resterait » une chanson qu’elle a écrite seule. Ses prouesses vocales font résonner le parterre du Quartier des spectacles.
On s’échappe pour attraper de quoi grignoter et se trouver une place au balcon du MTelus. Vieux os et cheveux blancs obligent. La climatisation par 39 degrès est tentante. Lou-Adriane Cassidy se produit une nouvelle fois aux Francos comme tête d’affiche. Un an après avoir rempli la grande scène extérieure l’année passée (et un MTelus en mars dernier). Pour être honnête, j’ai aussi très envie de voir Lysandre, dont j’ai malheureusemenr raté le lancement montréalais. Son nouvel album Portrait de l’invisible, contient des très jolies choses que j’avais bien envie de voir live.
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Lysandre une première partie et une récompense

La Québécoise propose six chansons, dont quatre de son dernier album, Portrait de l’invisible sorti en février dernier. Dans un halo de lumière, en demi-cercle, clavier, machines et guitares/clarinette, Lysandre livre une jolie performance accompagnée de Lucie-Maud et Raphaël Laliberté-Desgagné. On regrette peut-être l’inégalité de ses compositions (« Paumes creuses » par exemple, très linéaire). « Tintagel » au contraire, a déjà fait ses preuves, et « Le Cowboy aux mains d’argent » a un potentiel énorme pour séduire les foules. Un peu de batterie n’aurait pas fait de mal, mais l’intensité de cette chanson a été retranscrite au mieux pour cette formule en trio sans section rythmique. Lysandre a un timbre enchanteur, soprane, presque lyrique, du genre angélique. À force de côtoyer Klô Pelgag (comme choriste), elle en a gardé certaines intonations, harmonies, diction et bouts de chansons qui y ressemblent.
Une première partie reste courte et la prochaine fois on aimerait revoir Lysandre en full band. Celle ci quitte la scène en nous souhaitant « hot dog, melon d’eau, découvrir de la musique québécoise et franco, et de tomber en amour ». Un beau programme en perspective. Elle reviendra en toute fin de soirée recevoir des mains de Lou-Adriane Cassidy, le 30e prix Félix-Leclerc de la chanson. Une belle récompense pour tout artiste émergent.
Lou-Adriane Cassidy n’a plus rien à prouver

Que dire du spectacle de Lou-Adriane Cassidy ? Le succès rencontré par la Québécois ces dernières années est mérité. “Ma vie a changé pour le mieux cette année”. Difficile de louanger de nouveau une artiste qui brille sur scène, par sa prestance, sa sincérité, son lâcher-prise et son talent. Mais tentons de vous raconter ce concert.
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Le set est rodé bien que la scénographie soit parfois curieuse et l’intention confuse. (Un moment avec une veste à mettre par-dessus une veste bleue pour finalement l’enlever puis la tenir en main, entre autres). Mais peu importe tant les hits s’enchaînent frénétiquement, ne laissant aucune place aux temps morts. “C’est les Francos, il fait chaud, on est tous consentants, on va le vivre ensemble” lance Lou-Adriane. Entre ses deux albums parus l’année dernière à quelques mois d’intervalle, le choix des chansons est vaste. Mais cette année, part belle est donnée à Triste Animal, l’album plus doux, le dernier en date, plus approprié pour la salle que pour une scène extérieure. Et surprise ! Dans le deuxième tiers de la soirée, Ariane Roy, Lysandre (Ménard) et Odile Marmet-Rochefort, les choristes OG de l’album viennent la rejoindre sur scène pour quelques chansons (“Jamais tout à fait”, “On n‘arrête pas”). Lou-Adriane Cassidy est ravie et même émue aux larmes lorsque vient le temps d’interpréter “Adieu” en hommage à ceux qui partent (une chanson écrite en pensant à sa grande-tante). Une émotion qui atteint son paroxysme lorsqu’elle enchaîne par “Ariane” collée avec Ariane Roy, assises par terre, sur scène.
Le dernier tiers du concert est explosif, apogée rock. “La pluie ne tombe jamais sur moi”, “Dis-moi, dis-moi; dis-moi” ou “Journal d’un loup-garou” qui voit évoluer Lou-Adriane Cassidy dans un stroboscope final où celle-ci se meut au ralenti pied de micro en main tel Neil Armstrong sur la Lune. Pendant une heure et demi, Lou-Adriane Cassidy a prouvé qu’elle n’a plus à prouver quoi que ce soit… Vive la musique québécoise !
Fallon et les problèmes de sons

On file à l’autre bout du festival pour se glisser tant bien que mal au devant de la scène Desjardins. Kassav échauffe encore la place des festivals à quelques mètres de là. Pour cause de travaux (merci Montréal), la scène Desjardins, celle de la “musique urbaine” a changé de lieu cette année. Malheureusement Fallon qu’on voyait pour la première fois semble avoir souffert d’un gros problème de balances, en plus de l’acoustique pas encore au point à ce nouvel emplacement.
La révélation féminine des Flammes 2026 est la fière représentante du RnBouyon. Les rythmiques endiablés du bouyon peinent à toucher les rangs arrières (honnêtement, on n’entend mal la voix et les pistes semblent effacées) bien que Fallon dynamise son set avec la venue de quatre danseuses. Sa voix semble parfois chevrotante bien que cette originaire des Antilles françaises ne manque pas de persévérance. On espère que Fallon gardera tout de même une bonne impression de ses premières Francos de Montréal, elle qui ne pensait pas que la musique pouvait à ce point dépasser les frontières.
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Crédits photos : Emma Shindo (Aleski Campagne, Alexe, Fallon), Benoît Rousseau (Lysandre), Victor Diaz-Lamich (Lou-Adriane Cassidy)
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