Francos de Montréal : Ariane Roy, Marco Ema, Grand Eugène et l’École nationale de la chanson

COMPTE RENDU – Premier samedi des Francos de Montréal bien chargé. Du futur de la chanson québécoise à la tête d’affiche Ariane Roy, on vous raconte cette célébration de la musique francophone.

Un beau samedi s’annonce pour cette deuxième journée des Francos de Montréal 2026. À peine le temps de finir l’article de la veille et nous voilà repartis dans le Quartier des spectacles. La musique (comme la vie) n’attend pas !

Fin d’année pour les finissants de l’ENC

Direction le spectacle de la cohorte 2026 de finissantes et finissants de l’école nationale de la chanson de Granby. Notre rendez-vous annuel de nos Francos à ne pas manquer. C’est toujours mignon et fraternel. On se dit aussi que c’est l’occasion de peut-être découvrir une grande ou un grand de demain. Ils sont 13 à passer, chacun leur tour, pour une chanson qu’ils ont écrite, et se présentent à tour de rôle. Ils s’accompagnent quand ils peuvent (selon leurs instruments), mais restent soutenus par un groupe de musiciennes et musiciens professionnels dont la très bonne Marie-Anne Tessier à la batterie qui capte toujours beaucoup l’attention avec son jeu puissant.

On aime particulièrement le timbre de voix de Berthe et son sourire qu’elle ne parvient pas à retenir. Alex Feret le Gaspésien qui entraîne le public dans sa chanson type sea shanty et l’assurance de Maxine Piché qui passe du violoncelle au clavier sur « Quand le vent creuse mon corps ». Le concert se termine par une belle démonstration de rock qui décoiffe et fait du bien par Long Couteau. Ils sont tous émus alors qu’ils débarquent tous ensemble pour leur final après avoir pris le temps de remercier leurs enseignants et équipe. À elles et eux la vie professionnelle, l’école est finie !

Gros Groove Grand Eugène

Quelques mètres plus loin, Grand Eugène joue sur la scène Loto-Québec. Deux ans après leur passage sur la scène adjacente (plus petite). Le duo propose en majorité les chansons de leur dernier album Deux places au cimetière sorti en mars dernier. On ne sait pas si c’est nous mais on aurait pris plus de la voix susurrée-chuchotée de Melyssa Lemieux. On peine à comprendre tout ce qu’elle chante malgré le groove évident de leur indie-pop planante (dans la veine de Men I Trust, Fatherdaze).

La basse est rebondie et le synthé rétro-onirique. Jérémie Lachance, l’autre moitié du duo ajoute des lignes de guitare atmosphériques par-dessus. En retrait; presque timidement, bien que co-compositeur de toutes les chansons du groupe, comme le rappelle Melyssa, adorable. On pourrait confondre un peu les chansons qui s’enchaînent, mais constat est, que leur musique fait effet sur les corps qui ondulent langoureusement. On est envahi par une douce sensation de lâcher-prise bien agréable. Elle nous accompagne encore lorsqu’on rejoint le chapiteau de la scène Brasseur de Montréal pour la suite de la journée.

La Marco Ema party

La foule est déjà bien compacte. Des drapeaux québécois sont fièrement arborés lorsque Marco Ema débarque fièrement avec son imperméable (Dollarama ?) avec imprimés d’étoile de lys bleue. Derrière, Cédrik St-Onge est encore plus obvious, Québec est écrit directement sous la fleur de lys. La musique et la jeunesse québécoises sont là. Ça faisait deux ans qu’on n’avait pas assister à un concert Marco Ema. Entre temps le Québécois a sorti un nouvel album, Soleil mâché, et son lancement affichait complet au Bain Mathieu. C’est fort. Entouré des fidèles Anthony Cayouette (guitare), Gabriel Lapointe (batterie), Cédric St-Onge (basse) et Luan Larobina en prime (voix-accessoire), le groupe fait plaisir à voir. Ils ont eu du fun et de l’énergie à revendre. Ils dansent et s’amusent tout en déroulant les chansons entraînantes de l’album (« Un deux trois », « Maison en campagne »).

À LIRE AUSSI – Francos de Montréal 2024 : Fanny Bloom, Marco Ema et les révélations Radio-Canada

Les premiers rangs sont adorables, leur énergie et leur bonne humeur est contaminante. Le public chante à tue-tête sous la tente des Brasseurs. « Vous êtes tellement nombreux, il y a plein d’amour et plein de drapeaux » constate Marco Ema. Quelques jolis titres plus lents sont glissés à travers le set (« Feu de paille », « <3 ») et des anciennes chansons (« Rose nostalgie », « Ceci n’est pas une chanson d’amour ») sont sorties du chapeau à la fin du concert, pour le plus grand plaisir de la foule bien compacte qui se dirige ensuite, comme nous, et comme le groupe, vers la place des festivals pour Ariane Roy. Quel bon moment !

Ariane Roy, le baptême du feu

C’est une grande soirée pour Ariane Roy. Sa première Place des festivals des Francos. Des lettres géantes VLMQVLQLIBRE sont tenues à bout de bras dans le public alors qu’Ariane apparaît dans un nuage de fumée. Vive La Musique Québécoise, Vive Le Québec libre ! La Québécoise fait partie de cette nouvelle génération d’artistes québécois francophones, fiers, qui conquièrent les foules et dont la carrière a pris un tournant ces derniers mois. Son dernier album Dogue (mars 2025) puis Dogue deluxe (février 2026) ont conquis les critiques et lui ont définitivement permis de se dissocier (musicalement) de Lou-Adriane Cassidy (qui reste sa meilleure amie).

Son spectacle est déjà bien rodé. Ils ne sont pas moins de cinq musiciens et trois choristes sur scène. Tenue d’écolières pour les femmes, costumes pour les hommes. Tout a été travaillé et roule parfaitement en même temps que les chansons de son album défilent. On ne mentira pas, Dogue n’est pas un album accessible à tous les mélomanes. Il est brut de décoffrage, expérimental par moments, et on sent que hormis les premiers rangs, la foule n’embarque pas facilement pendant la première moitié du concert. Et ce malgré l’arrivée remarquée de Thierry Larose venue chanter et jouer « Coule » à ses côtés. On applaudit aussi sa tentative, téméraire, de faire asseoir toute la place pour sauter ensemble lors de « I.W.Y.B. » Un vrai succès !

Vive la musique québécoise

La deuxième partie du set prend plus dans les rangs. « Ce n’est pas de la chance » se solde d’un joli moment langoureux sur l’avant-scène avec Dominique Plante, son ami et guitariste de toujours. La version revisitée, électro-pop de « Le ciel est en place » fait une bonne transition entre la Ariane Roy des débuts et son identité musicale actuelle plus fournie, plus complexe, plus mordante. On apprécie aussi le piano-voix osé de « Banc de parc » à cinq voix, dans un halo de lumière, c’est beau.

Enfin, après avoir invité la « reine, ma sœur » Lou-Adriane Cassidy, pour leur duo « Fille à porter » qui fait chanter tout le public des Francos, Ariane Roy prend la parole, émue. « Se rassembler ce n’est pas juste du divertissement. C’est une façon d’exister, d’être ensemble… La beauté de la musique québecoise est dans sa mixité, dans ses influences, dans ses origines. Alors vive la musique québécoise ! »

Suivez-nous sur Instagram pour voir toutes les photos !

Crédits photos : Emma Shindo