La leçon d’histoire : Pearl Jam

IL ÉTAIT UNE FOIS – Le Professeur Gab te propose aujourd’hui un petit retour dans les années 1990, pour te parler d’un des Gros, un de ceux qui a inventé, contribué au grunge, au rock, un des groupes qui a compté et qui compte encore aujourd’hui : Pearl Jam.

Il est enfin temps de réparer une grande injustice.

Au moment d’évoquer les icônes du rock, et du grunge en particulier, nous avons trop tendance à les reléguer dans le ventre mou de ces formations US au détriment de Cobain and Co… Je ne parle pas d’Alice In Chains, trop « métal » pour rentrer dans ce cercle, encore moins de Soundgarden qui n’a fait illusion que sur deux albums, encore moins les Melvins trop barrés pour être pris au sérieux. Je veux bien entendu parler du seul rescapé de cet âge d’or, à savoir Pearl Jam.

Certes aujourd’hui, ce que le groupe propose est plus proche d’un rock US teinté de folk Neilyoungiste ou Springsteenien, mais avez-vous déjà fait l’effort de vous pencher sur la tripotée de tubes pondus par Pearl Jam depuis leur création en 1990, et ce avec une régularité métronomique ?!

Je les ai toujours trouvés à part dans la mouvance grunge, pas assez adolescents, pas assez torturés de façon nette et visible comme pouvaient l’être Cobain et Stayley. Et surtout beaucoup trop talentueux pour être enfermés dans cette case bien trop restrictive ! Les quatre ou cinq premiers albums sont ce qui se fait de mieux dans les 90’s, de rock enragé et engagé aux ballades folks habitées, tout le spectre du rock US est décliné, avec un net penchant au fil du temps pour les groupes de classic rock des années 1970.

Dès le premier album, Ten, c’est un coup de maître (et sorti avant le Nevermind de qui-vous-savez). Musicalement, on est loin de se contenter de riffs post punks sauvages, Pearl Jam nous gratifie d’un son qui sonne typiquement 90’s (sans que cela soit péjoratif), avec de vrais moments de bravoures guitaristiques (sans pour autant que le guitariste lead ne soit considéré comme un guitar hero), c’est carré, abrasif, bien foutu, couillu et mélodique, et sublimé par le charisme christique d’Eddie Vedder, sorte de Michael Hutchence ricain en plus cradingue et à la voix de velours whiskysée…

Les chansons les plus marquantes de ce premier essai jouissent toujours d’une belle cote auprès des fans historiques, le cultissime et profond « Jeremy » qui lance définitivement la carrière du groupe, ou le « Black » qui figure à mon panthéon des 15 ou 20 meilleurs titres de toutes les années 90.

« Jeremy » :

« Black » :

À peine deux ans plus tard, Pearl Jam enfonce le clou avec un Vs, avec un son encore plus lourd et des compos qui commencent réellement à traduire le côté antisocial et revendicatif du groupe. Pour moi l’album idéal pour se plonger dans l’univers du groupe, avec des titres courts, incisifs et percutants : « Go », « Rearviewmirror » ou «Elderly Woman Behind the Counter in a Small Town ».

« Go » :

« Rearviewmirror » :

Vitalogy, sorti en 1993 impose Pearl Jam comme un des leaders de la scène américaine, mettant le groupe devant ses contradictions : gros vendeur de disques, mais limitant volontairement le nombre de leurs concerts pour ne pas aller dans le sens de TicketMaster, géant de la billetterie, et où les prix des places sont jugés indécents par le groupe. Cet album marque un vrai tournant dans la discographie du groupe, car on y voit apparaître les premières ballades très folk du groupe : « Nothing Man » « Better Man », associées à des titres imparables (comment ne pas résister à la furieuse et rageuse montée de « Corduroy »?) :

« Corduroy » :

« Nothing Man » :

En 1996 sort No Code (peut-être mon album favori) avec de vrais classiques et une vraie diversité musicale : l’urgence brute de « Hail Hail » côtoyant des titres plus originaux comme « Red Mosquito » ou la douce (mais un poil trop longue) « Off He Goes ».

« Hail Hail » :

« Red Mosquito » :

« Off He Goes » :

J’avoue avoir peu décroché sur leur discographie après Yield en 1998, car selon moi, musicalement cela commence à tourner en rond… Les « Brain of J », « Do The Evolution » et « MFC  » jouent avec les mêmes codes et les mêmes riffs à la Keith Richards meets Jimmy Page, et même si cela reste efficace, la qualité s’étiole sur la longueur. Seul « Given to Fly », véritable pépite mid tempo ressort du lot de façon notable.

« Given to Fly » :

Aujourd’hui Pearl Jam continue d’aligner les albums, sans originalité certes mais dont la conscience écolo-socialo-humanitaire sonne plutôt très juste ; la sincérité et l’intégrité du groupe étant les maîtres-mots depuis leurs débuts.

Pearl Jam en résumé, c’est la bande son parfaite des années 1990, le revival rock est passé par eux et grâce à eux. Pearl Jam c’est également à mon sens le Depeche Mode version rock US : à un moment donné, les métalleux comme les rockeurs plus « soft », voire les plus folkeux, se sont retrouvés en eux, car le groupe « jouait » avec plusieurs codes mais avec à chaque fois, la même habileté.

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