On a vu : « Janis : Little Girl Blue » le documentaire réalisé par Amy Berg

Après l’excellent Amy, on peut découvrir depuis le 6 janvier en salles le documentaire Janis, qui comme le titre très explicite laisse imaginer pragmatiquement, relate la vie de Janis Joplin, chronologiquement, de son enfance au Texas à une chambre d’hôtel californienne, en passant par Monterey, Woodstock et certaines des plus grandes salles au monde…

Ce documentaire d’environ 1h40, est composé didactiquement sur les relations familiales que Janis entretenaient avec sa famille, qui sont au centre de la narration via des témoignages face caméra, des enregistrements audio et des lettres écrites par Janis à ses parents, lues avec empathie et justesse par Cat Power. Structurellement, ce documentaire n’a rien de révolutionnaire : le montage est classique et a parfois tendance à perdre son rythme de croisière. Il est relancé par d’intenses séquences live (l’incroyable « Ball & Chain » à Monterey) – trop peu nombreuses à notre goût. La réalisatrice essaye de ne pas prendre de parti, comme avait pu le faire Asif Kapadia avec Amy et laisse le spectateur se forger sa propre opinion quant à l’existence dissolue/rock’n’roll de Janis Joplin.

JanisPour ceux qui, comme moi, ne connaissait pas bien la vie de cette icône du blues, Janis a l’avantage de proposer un panorama global de la vie de la chanteuse, avec force de détails et d’anecdotes. Pour agrémenter les images d’archives, on parvient à s’approcher au plus près de l’intimité de Janis Joplin, grâce à un certain nombres d’images et de vidéos fournies pas des proches. Voix-off ou témoignages face caméra,  chacun(e) se confie sur sa relation avec l’extravagante Janis.  Une enfance à Port Arthur (sorte de Havre américain), marquée par un harcèlement de camarades de classes, du fait de ses traits masculins puis de ses différentes formes d’engagements à l’adolescence, de ses premières prises de drogue avec un petit ami, ses premières scènes en Californie, sa rencontre avec Bob Dylan, la signature avec Columbia, sa séparation houleuse de son première groupe Big Brother & the Holding Company pour faire une carrière solo, sa première désillusion musicale avec le Kozmic Blues Band, son train de tournée privatisé, sa consommation d’héroïne qui s’amplifie dans ses moments de solitude alors que sa tournée européenne est un colossal succès (le Albert Hall debout dans les allées), ses flirts avec des hommes, et des femmes, son ouverture d’esprit et ses prises de position, Woodstock où son entourage l’a forcée à grimper sur scène entièrement camée… jusqu’à ce voyage de break au Brésil, où elle réussit à se sevrer… un temps. Et cette cruelle impression qu’elle va réussir à s’en sortir, alors que son visage dévasté lui donne 30 ans en plus, brisée par la drogue. Cela dit il n’est pas question de morale dans Janis : nous ne sommes pas là pour juger, mais pour assister impuissants à la décadence d’une artiste incroyable, qui n’est pas parvenue à se débarrasser d’un mal de vivre permanent.

Jusqu’à ce jour d’octobre 1970, où on retrouvera le corps de Janis Joplin, seule, dans sa chambre d’hôtel. Un corps épuisé par une surconsommation de drogue et d’alcool.  Épuisé par une mélancolie chronique, et un train de vie qu’elle ne supportait que sur scène, entourée pour quelques heures, réalisant son rêve d’enfant. Elle avait 27 ans. Ce qu’il faut retenir c’est d’abord un sourire, quasi constant et sincère, et un humour décapant, malgré une sensibilité à fleur de peau, bien cachée derrière une exubérance de façade. Mais surtout cette voix extraordinaire qu’elle maîtrisait avec une telle facilité, et cette fibre musicale qui l’habitait. Un bel hommage, honnête et émouvant, lui est rendu dans ce documentaire. Long live Janis.

Janis, Little Girl Blue d’Amy Berg, en salles depuis le 6 janvier.

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