On y était : Marlon Williams au Pop-Up du Label

Pour parler de son héros musical, Jeff Buckley disait « Nusrat, he’s my Elvis ». Jusque-là, mes héros appartenaient tous à une époque à laquelle je n’appartenais pas. Bowie, Buckley, Cash, Dylan, Simone, Reed. Aujourd’hui, je crois avoir trouvé un héros de mon époque. De ma génération. Marlon Williams. Marlon, la première fois que ma route croise la sienne, c’était sur la terrasse d’une péniche. Il accompagnait Aldous Harding. Il pleuvait, il y avait du vent. Je ne le connaissais pas, il venait chanter quelques chansons en guitare-voix. Les bourrasques soufflaient et plaquaient ses cheveux devant ses yeux. Les premiers frissons. À ce moment-là, c’était il y a un an, il n’était qu’un folkeux parmi tant d’autres. Mais la poignée de chansons qu’il avait interprétée avaient suscité ma curiosité.

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En écoutant son premier et magnifique album, sorti en février dernier, j’en apprenais déjà un peu plus : c’était une vieille âme coincée dans le corps d’un adulte tout juste sorti de l’adolescence, avec un bagage musical incroyable. Un countryman né à la mauvaise époque. Sur la minuscule scène du Pop-Up du Label, pendant une heure, Marlon Williams a donné un cours d’histoire de la musique, traversant les âges avec une facilité déconcertante. Accompagné de trois musiciens aussi incroyable les uns que les autres, il nous fait voyager dans le temps. Rock’n’roll, blues, folk, blue-grass, soul. Marlon Williams maîtrise tous les styles musicales et ça lui semble couler de source que de passer d’un titre country avec contrebasse, batterie, violon à un guitare-voix désarmant. Par moment, j’ai l’impression de voir l’âme d’Elvis réincarnée dans cette silhouette longiligne et frêle dont s’échappe une voix incroyable, qui navigue entre les notes les plus aiguës à celles les plus graves. J’ai l’impression de voir l’âme de Jeff Buckley quand il reprend « When I Was a Young Girl » de Nina Simone. J’ai l’impression d’avoir devant moi un mec sorti de nul part, débarqué d’un autre temps qui n’a pas conscience de ce qu’il fait. Il en faut des couilles pour reprendre « Screamin’ Jay Hawkins », sans le copier, sans en faire trop. En faisant de « Portrait of a man », un titre qu’on penserait écrit par sa plume douce et joliment désuète à la fois. Une plume qui signe les plus belles chansons de ces dernières années : « Dark Child », « Strange Thing », « Bloodletters »…

La vérité, c’est que je ne sais pas comment vraiment retranscrire ce concert. Parce qu’aucun mot du dictionnaire ne me paraît assez fort pour décrire l’absolue perfection du concert que je viens de vivre. Le seul que j’ai c’est : merci. C’est tout.

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