On a écouté : « Cleopatra » de The Lumineers

Il y a peu de CDs que je commenterais d’un naïf « j’adore ». L’album qui te touche dès la première minute, qui va droit au but, ce genre d’album que tu écoutes du début à la fin, un sourire niais sur le visage. Et que tu réécoutes sans te lasser. Pourtant Cleopatra n’est pas un album révolutionnaire, il n’a rien d’un Beethoven ou d’un Bowie à leurs époques respectives. C’est juste un album « classique » de folk-rock des années 2000.

Il leur en a fallu du temps aux Lumineers pour enfin sortir cet album de la « confirmation », après un premier LP éponyme sorti il y a… 4 ans et une infinissable tournée qui leur a fait enchaîner plateaux tv, festivals, création pour des séries et films, et visiter des centaines de salles à travers le monde. Qui ne se souvient pas des fameuses « Ho Hey », « Stubborn Love », ou encore des éloquentes « Morning Song » et « Charlie Song »… Avec Cleopatra, les Américains ont simplement décidé d’avancer, et de retourner en studio pour enregistrer à nouveau, comme « Ophelia », leur premier single, dont le petit riff de piano date de la même époque que leur premier album. Ils sont repartis s’isoler près de Denver, ont travaillé comme des forcenés sur leurs démos, avant d’enregistrer ce nouveau matériel avec le producteur Simone Felice (The Avett Brothers) dans un studio au nord de New-York.

Wesley (chant-guitare) est encore une fois à l’origine des textes, inspirés de leurs dernières années de succès ininterrompu, et du changement de statut/vie qui en a logiquement découlé, tandis que Jeremiah (piano-percus…) s’est lui occupé de tous les arrangements. Ajoutons les lignes de violoncelle de Neyla, le troisième membre – en retrait – du trio, et voilà. Une apparente sobriété qui n’a rien d’un travail bâclé, puisqu’il a fallu pas moins de 6 mois aux Lumineers pour composer les 14 nouveaux titres qui figurent sur Cleopatra (version Deluxe). Une perceptible volonté de conserver le dépouillement (« Everyone Requires A Plan » et « Gale Song ») comme marque de fabrique, avec des premières moitié de chanson en quasi acoustique, agrémentées et peaufinées petit à petit de lignes instrumentales supplémentaires, en soufflet, principalement de percussions, contrebasse (« White Lies ») ou basse (« Sleep On The Floor »). Tout ça parfaitement dosé, très proprement. On retrouve la recette Lumineers : piano, guitare (acoustique et électrique), violoncelle et harmonies à te retourner l’estomac bien que « Sick In The Head » et « Patience » parenthèse instrumentale, viennent mettre coup un frein à notre entrain à la moitié de l’album, il en faut aussi des chansons sur le fil comme celles-ci. Le cœur en a besoin. Comment ne pas succomber à « My Eyes », son accompagnement sobre et mélodieux sur lequel le timbre de voix de Wesley vient se mouvoir avec tant de nuance… Probablement la chanson qui m’a le plus subjuguée, grâce à cet élégant refrain ternaire et ce va-et-vient de guitare qui me transporte vers les hautes sphères de la félicité.

Il faut dire que Wesley est un fameux conteur. Un timbre de voix reconnaissable entre mille, et cette aisance à s’imprégner des personnages dont il raconte les histoires : la sublime Angela et son retour chez elle , Cleopatra (inspirée d’une rencontre lors d’un voyage de Wesley), les amoureux préparant leur fuite de « Sleep On The Floor »… Dans « Gun Song », c’est au sujet de son père que Wesley se confie : l’histoire d’un curieux pistolet retrouvé dans le tiroir à chaussettes de son père, un homme qu’il pensait pourtant bien connaître. Et tous ces instants de vie, ces questionnements existentiels (majoritairement relationnels), capturés avec candeur et rusticité : Ophelia, you’ve been on my mind girl like a drug, oh, Ophelia, heaven help a fool who falls in love (« Ophelia »), So when you hear my voice, and when you say my name, may it never give you pain, because I don’t wanna go, but it’s time to leave, you’ll be on my mind, my destiny (« Gale Song »)… Cleopatra c’est finalement un album simple et sobre, un album qui n’invente peut-être rien, mais qui est terriblement franc et intègre à la fois à tel point qu’il est bien difficile de ne pas y succomber. Oui, je l’adore.

En concert le 8 juillet au Festival d’Été de Québec, le 9 au Bluesfest d’Ottawa, le 29 à Osheaga et le 11 novembre à la Salle Pleyel.

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