A.I.M, le 5e album de M.I.A plus Borders que Borderline !

Elle a chamboulé la musique des années 2000, avant de se perdre dans des expérimentations trop brouillonnes. Aujourd’hui, M.I.A revient avec A.I.M, un 5e album convainquant. 

Je m’en souviens, comme si c’était hier. Une fois par mois, en famille, j’allais à la médiathèque de mon quartier. Alors en crise, les bibliothèques innovaient et agrémentaient leurs locaux de rayons musique et cinéma. Au niveau musical, deux rayons m’intéressaient plus que tout : le rock et la musique dite urbaine. Deux styles très présents dans les années 2000 et dont M.I.A va s’en accaparer sans le savoir.

M.I.A, la découverte.

2007, un jour comme un autre à la médiathèque. Une pochette d’album très flash m’interpelle : celle de Kala, le deuxième album M.I.A. Jusqu’alors, je ne la connaissais pas. Une fois chez moi, je me prends une claque. Kala est un joli bordel hip-hop, rap, reggae, electro. Mais il est surtout addictif. Alors comment, moi, fan de rock, puis-je aimer cet album ? Le monde part décidément en sucette. Même Le Mouv’, la radio à l’esprit rock décide de diffuser “Paper Planes”.

Si sa musique est parfois critiquable (mais je vais y revenir), son attitude est totalement rock (elle utilise The Clash ou The Pixies dans ses titres). Tout le petit monde parisien est à ses pieds, mais chut, ne le crions pas trop fort. La chanteuse réussit à faire aimer son style musical cosmopolite aux aficionados de rap pointu, de pop pointu, mais aussi de jeunes (ou moins jeunes) à l’esprit rock. Certes, chacun peut avoir sa définition de “l’esprit rock”. Pour ma part, cet esprit, c’est celui qui me permet de passer d’un concert de NTM à un concert des Strokes en un jour, si tu vois ce que je veux dire. C’est aussi celui de la tolérance musicale.

M.I.A

Quand j’ai donc découvert M.I.A en 2007, j’étais donc sous le choc. À raison, “Paper Planes” faisait l’unanimité dans les critiques. Pour ma part, Kala reste et restera à tout jamais l’album de Jimmy. Un titre dance aux ambiances Boolywood, parlant entre autres du génocide rwandais. C’est ce qui fait la beauté de M.I.A, contrairement à beaucoup de chanteurs et chanteuses hip-hop. Elle s’engage pour de vrai. Elle n’écrit pas seulement des paroles pour faire vendre. M.I.A met toute son énergie pour ses causes et maîtrise ses dossiers.

Une chanteuse libre mais brouillonne.

Si Arular et Kala, ses deux premiers albums, parlaient d’un monde constamment en guerre et critiquaient le capitalisme du marché des armes (“Paper Planes”, “20 Dollar”, “Pull Up the People”), M.I.A s’est s’intéressée par la suite à d’autres causes politiques.

Malheureusement, la musique ne suit pas. Le troisième album ///Y/ est inaudible. Oui, on y retrouve “Born Free” ou “XXXO”, mais M.I.A a vu trop grand. L’expérimentation musicale est une bonne chose, cependant, elle se doit d’être au service d’un projet. ///Y/ ne l’était pas. Qu’importe. C’est à partir de cet album, que la chanteuse se mettra sur le devant de la scène. Collaboration avec Madonna, participation au Superbowl. On ne la reconnaît plus. Son image n’est plus en accord avec ses propos.

M.I.A

En 2013, la britannique s’est assagie. Matangi sort et M.I.A reconquit le cœur de ses fans. “Bad Girls” devient un hymne féministe et se veut lutter contre la soumission des femmes dans certains pays du monde. En 8 ans, M.I.A est devenu une chanteuse incontournable, mais qui reste cependant assez méconnu par le plus grand monde. Seuls ses singles font mouche. Le reste navigue malheureusement trop souvent entre le bon et le moins bon.

2016, la renaissance de M.I.A

Après les expérimentations sur son troisième et quatrième album, M.I.A a voulu être plus terre-à-terre en 2016. Et la terre, il en est question dans A.I.M. Vivons-nous tous dans des terres fermées ou des terres ouvertes ? Le monde est-il prêt à s’ouvrir aux Hommes, comme il le fait constamment avec l’argent et le capitalisme ? M.I.A prend position sur la condition de vie des réfugiés. Et rien de mieux pour sensibiliser le Monde contemporain que “Borders”.

Some people fuck it up, take vacations
Refugees learn about patience

Jamais un album de M.I.A n’aura commencé aussi fort, tant au niveau des paroles que de la musique. Les beats sont puissants mais restent en retrait, tandis que le refrain est plus que glaçant. Sur une rythmique électro-pop, la britannique enchaîne les “Guns blow doors to the system / Yeah fuck ’em when we say we’re not with them / We’re solid and we don’t need to kick them / This is North, South, East and Western”.

La suite est du même acabits. “Foreign Friends” donne, tout autant, des frissons. À l’instar d’Antony Hegarty sur “The Dull Flame of Desire” de Björk, le featuring de Dexta Daps est une pure merveille. Ce chanteur jamaïcain transmet une émotion certaine. Et la douceur de M.I.A résonne comme un discours politique.

M.I.A

La surprise de l’album vient de “Freedun”, le dernier single de l’album. Une fois les préjugés “One Direction” passées, j’ai été conquis par le titre. Le chanteur fait le job (merci le numérique) et sa voix s’accorde parfaitement au titre.

Malheureusement, comme tout bon album de M.I.A, on passe du sublime au médiocre. Je retiens surtout les collaborations avec Skrillex. Décidément, tout ce que touche Skrillex se voit être détruit (Korn,  Ellie Goulding ou la rappeuse suédoise Elliphant). “Go Off” et “A.M.P (All My People)” sonne fakes. Autre déception, les samples. Oui, en 2007 il était plaisant de sampler les Clash ou Pixies. Mais en 2016, quel intérêt de se sampler soi-même ? “Visa” utilise un sample (voire fait un plagiat) de “Galang” qui n’apporte rien.

Qu’importe. Le meilleur se trouve dans les titres bonus. “Swords”, “Talk” et “Platforms” nous rappellent comment le flow de M.I.A est magnifique et surtout, comment elle a fait pour conquérir notre cœur il y a 10 ans. Et que dire de “The New International Sound (Pt. 2)”, sequel de GENER8ION.

Au fond, M.I.A est peut-être la Björk du Hip-Hop. Une artiste s’engageant pour des causes politiques et se servant de la musique pour le dire. Mais aussi, une artiste torturant sa musique à chaque album et ne laissant personne indifférent. Ce cinquième album (tout comme les précédents, oui !) est loin d’être parfait. Malgré tout, on en redemande encore et encore, car M.I.A est peut-être la seule artiste hip-hop (avec Beyonce, dans un autre genre) à encore nous faire vibrer.

► M.I.A sera en concert au Pitchfork Festival le 29 octobre prochain.

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