Gaye Su Akyol, Al’York, Derya Yıldırım, la nouvelle scène féminine turque

DÉCOUVERTE – Cosmopolite et diverse, la Turquie regorge de pépites musicales entre folk, rock et musique traditionnelle. 

On n’en parle peu culturellement, mais la musique (tout comme le cinéma) turc est souvent très bonne. Entre modernité et traditionalisme, il n’est pas toujours facile d’émerger culturellement dans un pays qui verrouille de plus en plus sa communication, son image et sa culture. Pour le cinéma, regardons les films de Deniz Gamze Ergüven ou Fatih Akin pour comprendre la complexité de la politique culturelle turque. Difficile d’exister et parfois, chanter devient une résistance. Alors, dans un pays quelque peu tumultueux, découvrons trois groupes turcs menés par des femmes qui ne veulent pas se laisser marcher dessus et, de par leur voix, veulent faire réagir ou apaiser la société.

Gaye Su Akyol

S’il doit y avoir un prix pour la révélation turque de ces derniers mois, c’est bien Gaye Su Akyol qui le remporterait. Discrète à la sortie de son premier album (tout du moins en Europe de l’ouest, puisque non publié), la jeune stambouliote a sorti au début de l’automne 2016 un sublime deuxième album, Hologram İmparatorluğu (L’empire hologramme, en français). Toute vêtue de paillettes, Gaye Su Akyol navigue dans un univers entre folk et rock psyché, mais n’oublie à aucun moment ses origines culturelles orientales. Et quitte à choquer les codes et l’impérialisme turque, elle critique ostensiblement la politique de son pays. Ne vous fiez donc pas aux paillettes, Gaye Su Akyol est une vraie résistante culturelle !

Tu nous as vendus ! Tu possèdes un palais, mais ce ne sont que quatre murs et du vide. Les possessions mutilent les mortels.

► Hologram İmparatorluğu, deuxième album de Gaye Su Akyol, sorti en novembre 2016, chez Glitterbeat Records.
► En concert au Festival Les Suds, le 13 juillet, à Arles et au Festival des Vieilles Charrues, le 15 juillet, à Carhaix.

Al’York

Ils sont quatre, viennent d’Ankara et nous mettent une claque dès les premières notes de leurs EPs. Alp (chant et clavier), Gizem (chant et basse), Ediz (guitare) et Renan (batterie) font du pur garage rock, comme on peut l’entendre en Amérique. En écoutant leur deuxième et nouvel EP Plastic Jungle (dont le titre provient d’un poème de l’auteur américain Bob Kaufman), on pense irrémédiablement à du Pretty Reckless ou alors Dead Weather. Car oui, la voix de Gizem est d’une telle puissance, que l’on ne peut que la comparer à celle d’Alison Mosshart.

22nd Century, all nations into harmony. Our motto is to paint our dreams, believin’ in tomorrow and leaving all the sorrows behind. Believe in art !

Plastic Jungle, deuxième EP d’Al’York, sorti en avril 2017, sur leur propre label indépendant.

Derya Yıldırım & Grup Şimşek

Comme le dit le dossier de presse, Derya Yıldırım & Grup Şimşek est un projet « outernationale » (entendez par là, un projet faisant partie d’une génération sans frontières) commencé il y a quelques mois. D’un côté Derya Yıldırım, jeune chanteuse et joueuse de saz (luth turc) germano-turque de 23 ans. De l’autre, Grup Şimşek, un quintette composé de musicien venant de Turquie, Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie. Le tout, c’est un EP de 4 titres, qui va vous faire voyager, tel la chanson-titre « Nem Kaldı » écrite par le légendaire Aşık Mahzuni Serif (ancien poète et chanteur turc).

I am not padishah, I can’t sit, establish palaces and armies. I have no gift to bring to friends. What do I have left other than two drops of tears ?

Nem Kaldı, premier EP de Derya Yıldırım & Grup Şimşek, sorti en avril 2017, sur le label indépendant Catapulte Records.

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