Matt Holubowski et la règle des premières parties

LIVE REPORT – En première partie de Sophie Hunger mercredi soir, Matt Holubowski a conquis La Laiterie. Et pour certains, c’est bien lui qui a justifié toute la soirée.

Sophie Hunger, la chanteuse suisse expatriée à Berlin, venait défendre son album Molecules. Celle dont la voix a toujours ému a décidé de composer un album complexe, aux sonorités bien plus électro que ses albums précédents. Une composition cérébrale, qui est passée par le musée suisse de la musique électronique, le CERN et un auteur spécialisé en molécules. Cette exploration du domaine technique et scientifique de la musique pour celle qui a suivi une formation d’ingénieure du son il y a deux ans s’en ressent jusque dans son live.

Même si je n’en ai entendu que les premiers et les derniers titres, il est évident que le son n’est plus approché de la même manière par Sophie Hunger. Beaucoup de claviers, moins d’émotions, et un travail plus digital qui en a laissé certains sur le bas côté. Et si la Suissesse a généreusement tenté d’adapter sa setlist au public franco-germanophone présent, l’ensemble a paru trop précipité et bien loin de l’émotion dont elle a un jour été capable.

La pénombre et au milieu, la musique

Cette émotion, heureusement, avait été auparavant apportée par Matt Holubowski. Pourtant, les conditions n’étaient pas idéales. Un trio serré au milieu des instruments de Sophie Hunger. Une pénombre bleutée et enfumée qui ne mettait rien en valeur, ni la violoncelliste, ni le batteur, ni même le visage de Matt Holubowski qui restait indéchiffrable car peu visible. Sans compter ces minuscules 30 petites minutes de concerts. Et pourtant… Et pourtant il en faut décidément bien peu pour qu’un Canadien séduise une salle européenne.

Il faut une guitare, sèche ou électrique, dont les cordes pincées ou caressées, imposent le rythme de la soirée. Il faut une voix aussi, forcément. Une voix qui a voyagé et qui nous les content, ces voyages. Une voix qui fait voyager aussi, tout en nous faisant sentir terriblement chez nous, dans la chaleur d’un foyer éclairé par quelques douces mélodies qui apprivoisent. Mais ce qu’il faut surtout, c’est un garçon tout entier dévoué à ses poésies musicales, les yeux fermés, les pointes des pieds et les mouvements tout engagés dans la connivence avec les esprits qu’il invoque. Matt Holubowski sait faire ça. Très bien.

Matt Holubowski l’insaisissable

Il sait aussi varier l’ancien et le nouveau. Titres de Solitudes, son dernier album, et dernières compositions, il esquisse en une demi-heure un univers bien partiel, quand on sait qu’il est aussi capable de pépites en français qu’il ne chantera pas ce soir. Mais il l’avoue lui-même, laisser le public sur sa faim est aussi une manière de le pousser à en découvrir plus. Et c’est là bien intelligent d’habituer dès à présent les futurs auditeurs à cette exigence. Car Matt Holubowski et sa musique se conjuguent à tous les temps, passé, présent et futur, et gare à celui qui s’arrêterait à une simple image instantanée de folkeux canadien. Certes lancé sur le chemin du folk aux grands espaces, il sème derrière lui les photos de Dylan, Cohen, Vernon, Howard comme autant de petits cailloux qui alourdissaient ses poches tout en nous guidant. Lui est tout entier tourné vers la suite de son voyage, peut-être encore un peu flou mais si plein de promesses. Des promesses qu’on espère voir se concrétiser à nouveau très vite ici dans « la plus belle ville du monde ». Ce garçon a assurément du goût pour les belles choses. Merci à lui de continuer à en créer.

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