Aramis : repartir de zéro pour mieux s’évader

INTERVIEW – À l’occasion de leur concert aux Francouvertes, on a voulu en savoir plus sur le groupe montréalais Aramis. Rencontre.

Non, détrompez-vous, Aramis n’est pas une référence littéraire à l’un des chefs-d’œuvres d’Alexandre Dumas. Ce nom, qu’Aramis, groupe montréalais émergent s’est donné, est un clin d’œil à un houblon, une veille de concert, dans un bar de leur région des Laurentides. Ils peuvent remercier le barman qui leur a listé différents houblons ce soir-là, et a été à l’origine de cette anecdote un peu irréelle de musiciens qui se reconnaissent « pas très littéraires », mais plus « amateurs de bonnes choses ».

Aramis, c’est un jeune groupe créé pendant les années Cégep (post-bac pour les Français ndlr) dans une chaîne de restaurants asiatiques. Trois garçons à la base, puis quatre, puis six, puis de nouveau quatre, depuis deux ans à peu près. Urhiel Madran-Cyr au chant, synthés, composition et arrangement. Jeremy Richer Légaré à la guitare, composition et arrangement. Mickaël Gagné aux synthétiseurs, et enfin Louis-Jean Rivest au saxophone baryton et petit synthétiseur. Il n’y a jamais assez de synthés pour cette formation électronique qui aime expérimenter, s’amuser et enregistrer plein de sons pour mieux les manipuler et les distiller dans leur musique pop-électronique.

Ne pas se mettre de limites

Depuis deux ans, le quatuor est reparti de zéro. « Ça a pris une bonne année de revoir à neuf toutes les chansons en mode électro. On ne refait aucune chanson qu’on faisait avant, car elles étaient très longues, et faites pour rocker à six personnes » m’explique Urhiel quand je rencontre le band au complet au bar Pamplemousse un soir de semaine, quelques jours avant leur passage aux Francouvertes.

Ils se retrouvent deux fois par semaine pour répéter et travailler ensemble leur nouveau matériel. « On est tous libres d’apporter nos bases de tounes. Puis, tout le monde contribue à monter l’arrangement et améliorer la composition » commence Jeremy. « C’est souvent en pratiquant et en jammant que tout se construit » ajoute Mickaël.

Aidé par Samuel Joly (batteur de Marie-Pierre Arthur, Fred Fortin, Klaus), qui récupère leurs démos, « s’amuse avec les drumpads chez lui, puis passe ça au décompresseur » Aramis évolue dans un univers purement électronique où les synthétiseurs sont rois et les harmonies aériennes. La contribution de ce musicien reconnu aide beaucoup, précise Mickaël, car il les aide à se « recentrer ». Une sorte de bonne étoile, un collaborateur-mentor qui veille sur leur travail et les guide à travers les brumes de la création.

« On fait de la musique onirique et imagée pour s’évader du monde, on essaie de se détacher du réel sans se mettre trop de limites dans notre démarche artistique » poursuit Urhiel. Leurs textes sont donc en français, mais aussi un peu en anglais. Le français est leur identité, leur première langue et ils reconnaissent qu’il est important de le préserver. Mais, « si on a envie dire un mot en anglais ou en espagnol dans une chanson, on ne va pas s’en empêcher parce qu’on est québécois ». Et puis, « il y a un côté défi en français, car pour le faire sonner sans que ça sonne quétaine (cliché, de mauvais goût ndrl) c’est difficile » avoue Urhiel. Mais ils y arrivent sans difficultés, à coup de figures de styles laissant à l’imagination de ceux qui les écoutent, partir dans des limbes ouatées et réconfortantes.

Faire les choses bien en 2020

Ils annonçaient sur leurs réseaux que 2020 allait réserver des surprises. En plus de leur participation aux Francouvertes, un CD est en route. EP, ou album, ils ne savent pas encore avec certitude. Ils ont en tout cas assez de chansons pour faire un album, et un spectacle d’une heure préparé pour une possible tournée qui suivrait.

Le mot d’ordre est de faire les choses bien. « On a pris notre temps, on s’est dit que cette fois-ci on ne referait pas d’erreurs » assure Mickaël. Ils ont travaillé fort ces derniers mois, se concentrant sur la composition. « C’est souvent plus long de refaire du bon matériel » glisse Louis-Jean.

Ils viennent d’ailleurs de sortir « Danser », un nouveau single soigné et catchy. Pour l’anecdote, c’est Micheline, la grande-tante d’Urhiel qui chante sur la fin de leur chanson. « Elle a gagné le premier prix de Radio Canada et du Conservatoire. Elle aurait vraiment aimé ça devenir chanteuse d’opéra mais les circonstances en ont décidé autrement » raconte Urhiel, ému. « C’est un beau moment, et d’une certaine façon, la chanson est un peu inspirée d’elle. »

La musique en premier

Soigner la musique, mais aussi soigner leur image, et pas forcément en se mettant eux, dans l’équation. Pour épauler Jeremy, étudiant en arts graphiques à l’université de Condordia qui est le dessinateur derrière leurs jolis visuels promotionnels du groupe, ils ont engagé un designer pour les gifs et autres animations. « On ne veut pas trop prendre de place sur notre musique », déclare Jeremy. « C’est un but important pour nous de mettre la musique en avant et de conserver cette ambiguïté autour des origines de la musique. Une fois que la musique est faite c’est au public de se l’approprier ». Pour Urhiel, « la musique est quelque chose, et nous sommes juste les outils de ce quelque chose. »

C’est leur musique qu’ils laisseront parler ce lundi 24 février au Cabaret du lion d’or dans le cadre de la 2e soirée de préliminaires des Francouvertes 2020 aux côté d’Ariane Roy et de MoKa. Ils espèrent y trouver un booker pour compléter leur projet. On n’a pas de doute que ces mousquetaires contemporains seront maîtres de leur destin, et continueront à regarder loin.

Propos recueillis par Emma Shindo (18 février 2020 à Montréal).

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