Le Show Dassin d’Étienne Coppée, à la vie à l’amour

COMPTE RENDU — On a assisté au premier Show Dassin montréalais d’Étienne Coppée et sa bande au Club Soda.

Tenterons-nous de faire preuve d’objectivisme pour la rédaction de cet article ? Certainement pas. Il faut avouer — croix de bois croix de fer, si on ment on va en enfer — que le Show Dassin d’Étienne Coppée hier soir au Club Soda était un pur moment de joie, d’unité et d’amour. La file d’attente à –30 °C qui s’étendait jusque sur la rue Ste-Catherine en est un premier indice. Tout le monde a bravé le froid et le spectacle affiche complet. On est accueilli par un stand de “petits pains au chocolat chez Titi” entre le contrôle des tickets et le vestiaire. Ils ont l’air fameux, mais il faudra attendre la fin du concert pour avoir la chance d’en goûter.

Joe Dassin intergénérationnel

Toutes les générations confondues s’installent dans un Club Soda où résonnent déjà des chansons de Joe Dassin.  “C’est le genre de soirée où vous auriez pu venir avec vos parents !” lancera plus tard Étienne Coppée. Preuves en sont, entre cris et rires de confirmation depuis le public, jeunes et moins jeunes se sont réunis pour cette soirée exceptionnelle. Il s’agit en effet de la toute première représentation du Show Dassin à Montréal. Un spectacle monté dans le cadre du Festival Colline de Lac-Mégantic l’été dernier.

On est chanceux de se trouver des places assises à l’étage. L’émulation qui règne déjà dans les rangs est palpable. Et que dire lorsque le rideau s’ouvre soudainement, sur les coups de 20h30, et qu’Étienne Coppée apparaît. Bras grands ouverts, sourire aux lèvres, tout d’écru vêtu, une réincarnation (ou presque) du portrait éclairé de Joe Dassin et d’un chat, posé avec humour sur le bord de la scène.

One-man-Joe

La scène qui se dévoile sur les premières notes de “Salut” fait penser à un plateau télé des années 1970, agrémenté de deux estrades pour les musiciens et de superbes jeux de lumières colorés-pop qui laissent ressortir Étienne Coppée et ses cinq amis façon ombres chinoises. “Siffler sur la colline” et “À toi” (en duo, dos à dos) sont jouées, et le Club Soda bouillonne et chante déjà à gorge déployée. C’est le moment que choisit Étienne Coppée pour une annonce de la plus haute importance. Après avoir fait crier les spectateurs le nom de leur chanson préférée de Joe Dassin, il explique que ce soir ce sera SON choix de chansons. Il ne pourra pas contenter tout le monde, à bon entendeur !

Nous sommes quand même récompensés de plusieurs chansons, ne figurant pas sur l’album hommage à Joe Dassin. (Un album dont la sortie est prévue à minuit ce soir-là.) On fond pour “Dans les yeux d’Émilie” et ses couplets en guitare-voix, et les blagues pince-sans-rire d’Étienne Coppée qui nous avertit que Joe Dassin a fait une référence subtile au Québec dans cette chanson. Et qu’il nous faut la trouver. (On vous laisse regarder les paroles.) Et que dire de sa version des (gentils) “Dalton” ? Au clavier, sous un faisceau lumineux, il en fait un medley méta, en entremêlant sa chanson “Écoute” au beau milieu de son interprétation. C’est peu dire qu’on rit à gorge déployée de l’audace.

Joe Coppée, Étienne Dassin

Ok, me direz-vous, mais en quoi Étienne Coppée fait mieux que de nombreux autres avant lui ? Il faut revenir à la base de cet auteur-compositeur-interprète québécois, qu’on avait eu la chance de découvrir aux Francouvertes en pleine pandémie. Étienne Coppée instille dans toutes ses reprises sa douce mélancolie mélodique. Sans qu’elle soit plombante, détrompez-vous. Ainsi, ses arrangements jouent sur tempi, cassent le style original, instaurent des atmosphères chaleureuses et met de l’avant les harmonies. Il est soutenu vocalement par l’inconditionnelle Flavie Melançon, et ses quatre musiciens, tous chantant également. Donnant au tout une véritable sensation de réconfort (“Si tu t’appelles mélancolie”) aussi bien que des airs de fêtes de village et feux de camp en colonies de vacances (“Le petit pain au chocolat”, “Guantanamera”).

On se délecte de la première minute à la dernière. Nos zygomatiques sont douloureux. Étienne joue avec son public et se joue aussi de lui-même. Quand il interprète presque gravement et malicieusement les passages parlés de “L’été indien” par exemple. Ou quand il chante la première phrase de son hit “Demain il fera beau” avant de se raviser. Ce n’est finalement que pour mieux la jouer lors du rappel.

Le répit de l’hommage

On passe par toutes les émotions qui contiennent de la joie, nos cœurs débordent d’amour et d’espoir. C’est l’effet Coppée. Celui-ci en profite pour mettre les choses au clair. Cet album hommage, et les concerts qui vont suivre sont salvateurs, ils lui offrent du répit et un moyen de reconnecter avec son public. “Ça me fait tripper de revenir avec un album de reprises de Joe Dassin”, explique-t-il. Il confie alors trouver qu’un deuxième album est une étape bien difficile dans la vie d’un artiste. Il y travaille, mais cet album attendu par beaucoup “arrivera quand il sera prêt”. En attendant, on déguste la belle “Et si tu n’existais pas” et “Salut les amoureux” qui clôt le premier Show Dassin de notre existence, tel un baume au karité sur nos mains gelées.

Heureusement on apprend dès le lendemain que le Show Dassin reviendra le 14 juin au Théâtre Duceppe de Montréal à l’occasion des Francos de Montréal. Autant vous dire qu’on bloque d’ores et déjà cette date à notre agenda.

Un album hommage à Joe Dassin – Étienne Coppée (Simone Records)