La Route du Rock hiver 2026 : un samedi hypnotique

FESTIVAL – Salle comble pour la tête d’affiche de La Route du Rock du soir, Stereolab. Une entité bien entourée.

Comme hier, on arrive tranquillement pour le premier groupe, Chaton Laveur. Un duo belge né à Liège pendant le confinement. Leur description les annonce à la croisée du krautrock des années 1970 et de l’indie rock des années 1990. Bon. On ne s’y retrouve pas dans ces étiquettes. Vous le savez, on le sait, on ne va pas faire semblant. Mais visiblement, krautrock is the new post-punk, c’est-à-dire qu’on le met à toutes les sauces actuellement alors on va dire OK et passer à autre chose. En tout cas, contrairement à hier, on retrouve cette petite habitude d’un premier groupe assez doux pour une entrée progressive dans la soirée.

Le krautrock, tendance à La Route du Rock

S’en suit Spill Gold. Un voisin dira “Voilà ! Là, c’est autre chose !”. Et effectivement. Ce duo féminin hollandais est pourtant aussi étiqueté krautrock. Mais beaucoup plus justement (comprendre : ça sonne vachement plus Deutsche Qualität). Entre les synthés de la blonde et la batterie de la brune, on est vite embarqué dans une boucle hypnotique et dansante, puissante et ultra mélodique. La cow bell est irrésistible. Leurs titres sont à mettre dans toutes les playlists de deuxième partie de soirée, celle où les gens sont enfin chauds pour danser sur vos goûts impeccables. Avec ça dans les oreilles, on aurait pu tenir jusqu’au bout de la nuit.

Grosse pause pour préparer la scène de Stereolab. On sent que le public est là pour eux. On le voit aussi un peu à la moyenne d’âge (sorry, pas de jugement promis) puisque ce groupe ultra-influent des années 1990 a rameuté pas mal de mélomanes de sa génération. La setlist est basée majoritairement sur les titres récents mais laisse la place à quelques pépites des débuts, à l’image de “Cybele’s Reverie” ou même “Peng!33”. Stereolab fait partie de ces groupes qui pour moi, s’écoutent mieux en disque qu’en live. Finalement peu de valeur ajoutée sur scène, puisque le groupe reste très statique. Seule Laetitia Sadier communique avec le public, exclusivement en français mais avec un flegme tout britannique. Alors bien sûr, on ondule et nos têtes se balancent sur cette pop shoegaze aux sonorités doudou et couleur pastel mais 90 minutes de set dans une soirée de festival comme La Route du Rock, c’est un peu long à mon goût. Ils iront d’ailleurs jusqu’à faire un rappel, pratique fort peu fréquente dans ce contexte. Alors on prend notre mal en patience pour la suite.

Les Ecossais toujours dans la place

Et la suite, c’est un peu ce qui nous a manqué jusque là sur cette édition. Du rock suffisamment énergique pour faire pogoter le public et voler les bières. Humour est un groupe originaire de Glasgow et ceux qui me connaissent savent que rien que ça leur fait gagner de nombreux points à mes yeux (jurisprudence Vlure). Musicalement, difficile de les classer. Le titre “Neighbours” en est l’exemple à lui seul. Un aspect post-punk quand le frontman chante, un aspect hardcore dès qu’il éructe dans son micro. Le mélange est détonnant et aura un effet fou sur la partie du public la plus éméchée, puisque certains décideront d’envahir la scène en plein set pour y sauter ou slamer.

On espère bien fort que les Écossais ont pris ça pour un compliment, preuve qu’ils ont libéré les énergies les plus extrêmes jusque là contenues par une soirée plus hypnotique et planante que rock. Ils ont en tout cas bien défendu leur premier album Learning Greek et ont ajouté leur nom à la liste des clôtures de Route du Rock qu’on n’oubliera pas. On résumera par une phrase entendue à la fin du set : “c’était le meilleur gig”. En tout cas, le plus foutrement rock de cette édition. Et ça a fait du bien.