Luan Larobina et le multiculturalisme triomphent aux Francouvertes 2026
COMPTE RENDU – Retour sur la grande finale de la 30e édition des Francouvertes au Club Soda. Luan Larobina, Fyore et Irdens Exantus ont performé pour la Coupe, ou presque.
30 ans, ça se fête en grand !
C’est une foule joyeuse (mais clairsemée) qui est venue acclamer nos trois finalistes et deux porte-paroles sur l’épique scène du Club Soda. La formule est la même, on ne change pas ce qui roule. Mais, cette année, de nouvelles initiatives ont vu le jour pour honorer cet âge de maturité, et plus d’une centaine de prix a été décernée aux 21 participant·es de cette 30e édition.

Comme chaque année, le public se fait gâter d’un mini show créé pour l’occasion par d’ancien·nes gagnant·es du concours, souvent devenu·es des figures incontournables de la scène musicale québécoise. En ce lundi soir frisquet, c’est au doux son des guitares de Stéphanie Boulay et Ariane Roy (lauréates de la 16e et finaliste de la 24e édition) que nous nous réchauffons. Sur le thème de l’amour (déchu, fantasmé, rompu), les deux musiciennes entremêlent leur répertoire respectif en provoquant de légers séismes dans les tounes de l’une et de l’autre (le résultat est bluffant). Un duo qui mêle le fragile et la déferlante avec brio.
Place aux finalistes !
Luan Larobina, impeccable et émouvante

Bon, ce n’est déjà plus un spoil : Luan sera clamée grande gagnante de la soirée. Ce n’était pas gagné d’avance car, rappelons-le, l’artiste se plaçait en troisième position des demi-finales. Mais le show offert par l’autrice-compositrice-interprète était impeccable et émouvant, ce qui explique sans doute cette remontée fulgurante.
Née en Gaspésie d’un père argentin et d’une mère québécoise, les influences de Luan Larobina oscillent entre du Buena Vista Social Club et du Harmonium. On se permet d’imaginer qu’il y a sûrement du Lhassa de Sela quelque part entre les deux. Car sa voix couplée aux arrangements musicaux adopte des ondulations similaires à feu l’icône préférée des Montréalais·es.
Sur scène, six musicien·nes talentueux·ses capables de groover sur des riffs bossa, folk ou jazz, nous mènent d’un titre à l’autre en adoptant des transitions délicieusement abruptes. On dénote un penchant aux ballades également. Une nonchalance tout en maîtrise qui nous transporte du Saint-Laurent jusqu’aux bars les plus chauds de San Telmo, à Buenos Aires. Les paroles sont sensibles et poétiques, même si l’invitation à se reconnecter à son “enfant intérieur” ne nous convainc pas tellement. Mais, c’est un détail. Par cette prestation, Luan Larobina nous prouve qu’elle est capable d’enflammer en douceur les scènes des festivals de l’été prochain.
Fyore, OVNI musical

Il faut le dire, Élodie Kpanté, alias Fyore, a la trempe d’une diva pop. Ce n’est pas la première fois qu’on la croise aux Francouvertes. Cette voix s’était démarquée en tant que choriste pour le projet Le Belladone. (Au premier rang pour soutenir son amie).
Originaire de Gatineau, Fyore revendique jouer de la musique noire québ’. Elle affiche fièrement son héritage togolais dans une proposition à l’orée de l’électro-house, de l’afropop et du RnB. L’OVNI musical qui en découle nous déconcerte un peu, voire nous étourdit. Car c’est un véritable kaléidoscope de couleurs, de lumières, de rythmiques qui, parfois, nous perd. Le twerk, on aime ça oui. Mais, à peine prend-t-on le temps de s’y frotter, que nous voilà propulsé·es ailleurs.
À noter ce véritable coup de cœur : la présence ponctuelle de deux musiciens au Kora et au Tama (instruments traditionnels de l’Afrique de l’Ouest et du Togo) nous a bluffés. À nos yeux, le show a pris toute son ampleur dans la courte puissance de cet instant.
Irdens Exantus, ciselé et habile

Avec son beat ciselé et habile, Irdens Exantus nous dévoile un projet aux confins du rap et de la soul. Sans être transcendant d’originalité, il se démarque par une exécution efficace et maîtrisée.
D’origine haïtienne, c’est à Laval que l’auteur-compositeur-interprète découvre le pouvoir transformateur (et salvateur) de la musique… à l’église ! D’ailleurs, trois merveilleuses choristes nous rappellent ce passé religieux qui, il me semble, n’a rien à voir avec les longues messes ennuyeuses dont je garde un vague souvenir, enfant. Irdens Exantus s’était placé en 1re place après les demi-finales et, honnêtement, on peut comprendre pourquoi : le show est liché.
On retient le talent des musicien·nes qui l’entourent, notamment ce pianiste qui brille de ses envolées à la Ludovico Einaudi. Les paroles restent simples (trop ?) mais capables du plus sombre. Notamment sur “mensonges”, titre banger à la base, avant d’être métamorphosé en ballade. Un beau message anti-fa/anti-haine pour clôturer ce trentième : ça, on aime.
Finalement, Luan Larobina sort victorieuse et c’est bien mérité. Elle est suivie de Irdens Exantus en 2e position et Fyore qui prend la 3e place du podium. Mais en vrai, on le sait bien : ce sont elleux trois qui gagnent la grande finale !
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Texte : Elise Denis – Photos : Emma Shindo
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