La Route du Rock été 2026 – un jeudi en crescendo


FESTIVAL – Le Fort de Saint-Père ouvre ses portes sous un beau soleil. La promesse d’une édition de La Route du Rock des plus heureuses.

Après une première soirée à La Nouvelle Vague, c’est reparti pour les navettes mises en place. Cette année, le démarrage est laborieux. L’arrêt s’est un peu déplacé, la sécurité n’a pas tout à fait compris l’intérêt de demander aux gens de faire la queue… Bref, c’est un peu le bazar mais le soleil est là, et c’est bien l’essentiel.

Une comédie toujours aussi divine

On finit par arriver sur site pour Horsegirl. Trio 100% féminin de Chicago, leur musique verse dans le shoegaze pour une entrée pour le moins en douceur. Sur la grande scène enchaîne ensuite Cate Le Bon. Le groupe entier et tout de blanc vêtu. Les musiciens commencent avant l’arrivée de la queen Cate, au look à la fois senior en vacances au soleil et festival-proof : combi blanche légère, bottes noires et visière et lunettes de soleil pour braver les rayons aveuglants qui frappent la grande scène. Gracieuse et fidèle à elle-même, le concert est aérien. Un set mi-romantique mi-nostalgique, déroulé avec une nonchalante élégance. Les fans sont aux anges et la soirée continue donc sur des nuages. 

Horsegirl (c) Morgane Milesi
Cate Le Bon (c) Morgane Milesi

Neil Hammond et sa bande de The Divine Comedy sont de retour au fort après deux éditions, en 1996 et 2002. Un quart de siècle plus tard, ils sont toujours là. Le dandy est plus dandy que jamais et la classe est de mise au violon, aux claviers, à la batterie, à la basse et à la guitare. L’humour très anglo-saxon, lui aussi, reste bien présent. Entre la référence à l’éclipse de la veille « Well done astral bodies », et le petit clin d’œil à notre âge « we’re getting old… but you too! », les interludes sont autant à leur image que leur setlist. Un enchaînement de classiques qui enchantent les plus fidèles, et une revue de leur discographie en tout grâce, entre deux verres servis à ses musiciens de talent. Ce groupe ne vieillit pas et on espère qu’il ne faudra plus attendre plus de deux décennies pour les revoir.

The Divine Comedy (c) Morgane Milesi

L’inattendue Norvège s’invite à La Route du Rock

On ne connaît pas la suite, Smerz. Mais la première impression est étonnante. Un quatuor composée de deux poseuses accompagnées d’un guitariste et un batteur. Pourquoi poseuses ? La blonde (Henriette Motzfeldt) est en mini-jupe et talons avec un mini sac à main qu’elle ne lâchera qu’à la fin de la première chanson. La brune (Catharina Stoltenberg) joue de sa longue chevelure au-dessus d’un ventilateur qui souffle à plein régime. C’est à se demander si on se trouve en concert ou à un shooting mode… Mais musicalement, ça a le mérite de nous changer un peu.

Smerz (c) Morgane Milesi
Smerz (c) Morgane Milesi

Très jazz dans l’approche et dans les sensations créées en moi, impossible de définir ce qui se joue. Tous les styles sont utilisés, digérés, maîtrisés, déconstruits puis reconstruits avec des briques de tous bords : sons pop, spoken words, auto-tune, percus, touches électro… On reste d’abord de marbre avant de se rendre compte que finalement, on est rentré dedans. Quand on découvre qu’elles sont norvégiennes, on comprend un peu mieux les sonorités à la Björk et le décalage entre l’exigence de leur musique et leur amour de l’image. Un set qui aura eu le mérite de nous dérouter, dans cette bien (trop) calme soirée. 

La Route du Rock se réveille

Retour à la grande scène avec Darkside, un groupe américain au français parfait. C’est le show son et lumière de la soirée, le set électro grandiose qui devient un peu un classique dans les soirées de la route du rock. Sauf que là, ça se construit lentement, ça grimpe en intensité et ça finit comme un set sans faute, classe et dansant, à la fois exigeant et complètemenet accessible au public du fort qui plane. 

Darkside (c) Morgane Milesi

Mais nous, on a du mal parce qu’on attend la suite. Nos moments préférés de la Route du Rock sont ceux qui BOUGENT. Et si jusque là, on était sur une soirée assez chill, le set de Ditz promettait de l’action, comme on s’en souvient après l’édition de 2022. Premier titre, Cal Francis est à la barrière, haranguant la foule. Il n’attend pas 30 secondes pour se jeter dans les bras du public et se faire porter pendant qu’il entame le set. A partir de là, c’est un festival de bières qui volent, de pogos, de circles pits, de mosh pits, de slams, de coudes, de cheveux, de poussière. ENFIN.

Alors oui, on manque de perdre un appareil photo et un nez dans l’histoire mais c’est ce qu’on attend d’un concert de Ditz. Et puis on est toujours admiratif de la nonchalance apparente avec laquelle Cal guide la foule, d’un geste de main, le faisant s’asseoir presque totalement en fin de concert, pendant que les autres se déchaînent aux guitares et batterie. Une leçon de maîtrise (malgré les problèmes de son), une valeur sûre, un chaos hautement maîtrisé, le concert de la soirée. 

Ditz (c) Morgane Milesi
Ditz (c) Morgane Milesi

Une fin complètement dingue

Il revient à Peaches de clôturer la soirée. Ça partait mal pour nous quand on est passé au merch et qu’on a vu que le t-shirt en mesh de Peaches était vendu 70 euros. Le prix du trou est plus élevé que celui de la matière à notre époque visiblement, et comment dire que les groupes qui vendent ce genre de merch, en général, font preuve d’un esprit capitaliste dont on n’est pas forcément fan. Mais sur scène… Sur scène, on pardonnerait tout à Merrill Nisker. Parce que cette femme est une QUEEN. Mélange de kitsch, de vulgarité, de fashion, de prises de position, de dance show, le tout coloré et frénétique, on ne sait plus où donner de la tête. 

Elle chante par dessus une bande là où on aurait préféré des musiciens live, bon. Mais à part cela, qui peut se targuer de marcher et se faire porter sur et par le public de la grande scène à la régie son, pour continuer son show à hauteur de foule sur la régie ? Qui peut se targuer d’enchaîner avec un cortège dans la foule pour retourner sur scène, sans s’arrêter de chanter, pour remonter et continuer sans presque avoir le temps de se changer ? Personne, sauf elle.

Peaches (c) Morgane Milesi
Peaches (c) Morgane Milesi

Ajoutez à cela deux danseur.euses incroyables et un souci du détail absolument fou, et vous aurez des tableaux inoubliables qui ont marqué les rétines et les oreilles de tout le public. Tout était parfaitement dingue, maquillage, grillz, costumes, décors, installation, transitions, et messages féministes et queers portés hauts et forts en étendard. Et si le t-shirt qu’on a vu donnait ne serait-ce qu’un dixième du sentiment d’empowerment que transmet Peaches, alors peut-être bien qu’il valait son prix, finalement… Zut.