Pop Montréal 2026 : découvertes (incroyables) et déconvenues (inéluctables)
COMPTE RENDU – On vous raconte objectivement notre Pop Montréal, qui fêtait cette année ses 25 ans.
25 ans déjà ! Pop Montréal fête sa 25e bougie en cette belle année 2026. Et pour nous, ça commence dès le mercredi. On vous raconte nos coups de cœur, et nos déceptions.
Jour 1 : Pop Montréal commence extrêmement bien
Le Mile End est en ébullition, et le P’tit Ours où l’on va récupérer notre accréditation est une ruche. Pas de temps de s’attarder, on attrape un programme et on file au Ministère à quelques centaines de mètres de là.
Cette année encore, on priorise d’aller voir que (ou presque) des projets d’artistes et de groupes qu’on n’a jamais vus. Ça commence ce 23 septembre par Elliot Skinner qui ouvre la soirée pour anaiis. Une surprise par-fai-te pour entamer notre Pop Montréal.

Un timbre de voix d’une justesse incroyable, une légère écorchure dans les médiums. En plein dans la lignée des J.S. Ondara et Leon Bridges de ce monde. Le Texan, bavard et drôle, s’accompagne de sa guitare électrique uniquement. Rythmée, répétitive, cadencée, délicate, à la Tracy Chapman. Il est rejoint, pour quelques titres seulement, par Jesse Singer, un percussionniste, qui fait groover le tout discrètement. Ses chansons soul, imprégnées de gospel et de folk parlent d’amitié, de désillusion, de spiritualité aussi (“Carry the Devil Side”), pour cet songwriter qui a grandi à l’église, dans une famille pratiquante. Et sans jeu de mot facile, il y a quelque chose de divin dans la voix d’Elliot Skinner. On pense qu’il ne va pas y aller, et il y va, avec une facilité déconcertante. Dire qu’il n’a qu’un E.P. à son compteur (qui est très loin de sa proposition live en solo d’ailleurs)… On le suivra de très près.
anaiis ce soleil
Le Ministère était déjà compact. Mais lorsque les lumières s’éteignent pour l’arrivée d’anaiis sur scène, c’est full house, on ne peut plus circuler. Les téléphones sont dégainés à bout de bras dans les premiers rangs. anaiis, que certains avaient déjà pu voir cet été avec Grupo Cosmo au Festival international de jazz, est de retour à Montréal. Pour sa première tournée nord-américaine nous lance-t-elle, enveloppée dans une tenue noire, dont une cagoule qui laisse dépasser une écharpe scintillante et quelques mèches de cheveux étincelants. Elle présente officiellement son dernier album, Devotion & The Black Divine dont une grande majorité du public entonne les paroles.

anaiis doit être une créature tombée du ciel. De son timbre soul, mielleux et si maîtrisé, elle interprète avec grandeur et chaleur “Something is Broken”, “Dreamer Too”, “Sunshine”… accompagnée subtilement et magnifiquement par ses quatre musiciens. On retrouve Jesse Singer à la batterie, Elliott Skinner aux guitares et voix, ainsi que Troy Everett au violon électrique, machine, voix et basse et Josh Grant aux claviers (aussi à la réalisation de l’album).
anaiis prend son temps. Au beau milieu du set, elle lit un texte de bell hooks, Love as a practice of freedom. Le silence est complet dans le Ministère. Les mots semblent résonner en chacun. Elle prend aussi le temps de présenter chacun de ses musiciens et de les célébrer, au fil du concert. On tombe en pamoison de son duo avec Elliot Skinner, une reprise de “Cannock Chase” par Labi Siffre en guitare-voix. La vraie chair de poule alors qu’il fait une chaleur à crever dans la salle. À voir les yeux des trois autres musiciens restés sur immobiles sur scène, on était tous dans le même état transcendantal.
Jour 2 : entorse au règlement
Jeudi 24 septembre, on file au magnifique Rialto pour la soirée. Alors oui, on contourne un peu de notre ligne de conduite Pop. Car nous vous l’accordons, nous avons déjà parlé à plusieurs reprises des Hay Babies (qu’on aime d’amour fou). Mais 1. on ne les a jamais vues au Québec depuis la sortie de Tintamarre leur dernier album. 2. On est aussi venu découvrir les deux groupes avant. Bon pour vous ?

Sarah Julia, deux jeunes Hollandaises (qui ont notamment fait des premières parties pour Mumford & Sons), sont chargées d’ouvrir la soirée sagement. Un timide mais mignon duo folk de sœurs, en robes et longs cheveux détachés. Mandoline, guitare et harmonies vocales en sus. Dans deux semaines, leur premier album paraîtra. En attendant, elles interprètent, « Therapist’s Daughter », « Amsterdam » (leur ville), « Cairngorms » (hommage à l’Écosse) ou la poignante « Daughters ». Rien d’original, rien de révolutionnaire, mais la proposition est douce et on passe un bon moment. Le set se termine par « Wishing Stone », une chanson écrite lors d’un séjour d’écriture au Portugal.

Changement de genre (dans au moins deux des sens du mot) et changement de tranche d’âge. Le prolifique Chad VanGaalen et ses trois musiciens (plus tout jeunes) changent l’ambiance avec leur indie-rock 1990’s rassembleur. De nombreux fans casquettés crient en l’honneur de leur idole, originaire de l’Alberta. Chad Vangaalen et sa petite guitare électrique bourrée d’effets, son collier-Sharpie autour du cou et ses clés de voiture accrochées à la ceinture est un artiste multidisciplinaire (débonnaire) présent dans le paysage canadien depuis 2004. Même s’il ne se passe pas grand chose sur scène, le son est bon (plus rock que ses albums plus indie-folk), le temps passe vite. Les chansons sont toutefois assez courtes et nous laissent sur notre faim.
La dernière « mémorable » des Hay Babies
Pendant le changement de plateau, « Ma vie c’est d’la marde » de Lisa LeBlanc joue en fond. L’Acadie est dans la place, le public chante sur le refrain. Le Rialto est fin prêt pour les Hay Babies. C’est leur toute dernière date avec Tintamarre, leur album sorti en octobre 2024. Malheureusement pour elles, et pour nous, cette soirée sera « mémorable ». Vivianne Roy, le tiers du trio, la brune à la voix plus grave et à la guitare bien chantante s’est bloquée brutalement le dos lors de leur soundcheck. Malgré toute sa meilleure volonté, elle n’était pas capable de jouer ce soir-là. Les filles avaient bien pensé à annuler, mais Vivianne, visiblement la plus coriace de la formation, a dit non, show must go on.

Alors le show goes on. Un pied de micro est laissé vide, en hommage au fantôme de Vivianne à qui les filles lanceront des perches toute la soirée. On apprend aussi, dans la foulée, qu’on ne pourra pas se faire rembourser 33,3333% du ticket. Pas de problème ! Le show est néanmoins bien rodé. La formation à 4, un poil débalancée par moment, fonctionne autrement. Obligé d’adapter leur set, le duo provisoire des Hay Babies propose un spectacle charmant et rayonnant, comme à leur habitude. Pas étonnant que le public, resté sagement assis jusqu’à présent, se lève et rejoigne l’avant scène pour danser sur « Maringouins », « L’île aux vaches », « Boîte aux lettres » ou « Néguac and Back » pour le plus grand plaisir des quelques chaleureux Acadiens présents ce soir-là. On adore ces filles-là et on espère continuer à pouvoir les applaudir des deux côtés de l’Atlantique.
Jour 3 : triple plateau de sous-sol
Vendredi 18h. Nous voilà prêts pour affronter la 3e journée de Pop Montréal. Il y a une belle ligne qui s’est formée pour monter sur le toit du Rialto (75 places environ). Le concert affiche complet pour Le Ren. Les entrées se font au compte goutte pour les détenteurs de pass en tous genres. On se fait couper à 6 personnes près. Déception. On aurait dû arriver 1h avant, mais travail oblige. Tant pis on aura le temps d’aller souper.

On entre à la Sotterenea, une première. C’est une salle de sous-sol très impersonnelle avec parquet et murs noirs. Steph Green ouvre le triple plateau. Robe marine et collants rouges, elle a tout d’une icone baby doll en apparence. Lorsqu’elle chante son americana, elle a le visage blasé, le coin des lèvres plissé, de celle qui n’a pas envie d’être là. En apparence du moins.
Steph Green est l’exemple d’une artiste qui aurait besoin de musiciens avec elle sur scène pour mieux briller. Ou devrait s’en tenir au simple guitare-voix et l’assumer. Elle est ce, soir-là, accompagnée de Dave Thompson à la guitare électrique et aux harmonies. Ils sont doublés par une boîte à rythme et une basse enregistrée. Pas terrible et assez limitant. Ajoutez à ça un problème de guitare acoustique, peu d’interactions avec le public et vous avez un aperçu d’un passage qui aurait du potentiel mais est somme toute assez décevant. Décevant car la fin levait un peu, via des titres plus rythmés dont la sympathique « Full Moon Lullaby » dont la ligne de basse est interprétée à la guitare acoustique.
Cottes de maille et annulation
Il y a un budget costume dans la proposition pop-folk céleste et spirituel de Jojo Worthington qui monte ensuite sur scène. Guirlandes de lumières, branchages et voilettes sont disposés à terre. Les quatre musiciens ont soit chapeau de fée ou cottes de maille sur la tête. Jojo Worthington a des jambières, cuirasse sur les bras et un haubert sous un t-shirt classique. Tout ce décorum semble rattaché à ses derniers EP, son futur album ARMOUR OF GOD et sa ligne directrice : une quête musicale vers le divin.
On ne s’étendra pas (trop) sur Jojo Worthington, car en toute sincérité on n’a pas trop accroché. Jojo Worthington superpose des effets électroniques superflus dans sa voix (sorte d’overdub dérangeant). Les harmonies vocales de ses musiciens en sont souvent recouvertes. Elle est soutenue par basse-guitare-mandoline et batterie, (parfois ukulele ou banjo en plus), qui se superposent et remplissent le son sans magnifier la voix. Le concert se termine par le public qui chante philosophiquement « Love is the best, love is everything ». Finalement, on a apprend qu’on peut reproduire le bruit de feuilles d’arbre qui bruissent en frottant nos mains l’une contre l’autre.


Petit comité et simplicité
Passons enfin aux choses sérieuses avec Squirrel Flower. Ah non, car elle est malade et a annulé quelques heures avant (mais elle continue bien sa tournée américaine, alors on se pose quelques questions).
Common Holly la remplace au pied levé. La New Yorkaise au piano et à la guitare, installée à Montréal depuis plusieurs années est accompagnée d’un bassiste-contrebassiste (Alex Rand) qui improvise vraisemblablement beaucoup. Ceci dit, il apporte une touche de douceur et de rondeur bienvenue. Brigitte Naggar (de son vrai nom) a aussi le vrai mérite d’avoir le courage de jouer devant 30 personnes à tout casser. La Sottterenea s’est vidée.
Le set est court (ou alors il passe vite) mais on découvre de bien jolies choses. « Aegean Blue » au piano-violoncelle (qui berce, telles des vagues) est de toute beauté, ou « It’s true we’ve been happier » qui nous émeut. « On est très content d’être là, car on est toujours prêts ! » lance la jeune femme, amusée en regardant son musicien, sourire en coin. Sa setlist date du 8 juillet dernier, on la trouve vaillante. On découvre une artiste que la simplicité magnifie. On entend du Feist, du Laura Marling mais surtout on se laisse porter par la poésie du timbre de voix réservé de l’artiste qui nous plonge en pleine introspection.

Jour 4 : des échecs cuisants
On démarre notre samedi plein d’espoir. Cette fois-ci, on ira sur le toit du Rialto au coucher du soleil pour voir Martha Wainwright. On vous la fait courte : ça n’a pas eu lieu. Bien qu’on soit arriver 1h avant le show, (on pensait avoir appris de notre erreur de la veille) on est d’abord numéro 17 en ligne, puis le 12. Pas de chance, ce soir-là, seules les dix premières personnes de la ligne avec pass auront le droit d’y assister, en plus des détenteurs de billets (payés donc). On entend Martha commencer son set sur le toit. Le vigile très zélé ne comprend toujours pas pourquoi le désespoir (ou l’espoir) nous retient de partir. Le soleil se couche dans des teintes de roses somptueuses. Dur. On décide de rentrer manger, avant de repartir ragaillardis pour le Ritz PDB.
Mais devinez quoi ? On n’assistera pas non plus au show d’Accessory et Automatic. Sur la porte un panneau sold-out a été collé, et le vigile explique qu’il sont à full capacité avec déjà 45 personnes détenteurs de pass, en plus des gens avec billets. Coup dur. On repart un peu sonnés, un peu amusés par la situation. Tant pis ça sera une soirée Harold et Maude.
Jour 5 : apprendre de ses échecs
Il n’y aura pas de jour 5 à Pop Montréal. Pas de tentative, probablement infructueuse, à essayer d’aller voir Bells Larsen sur le toit du Rialto comme prévu. La météo est devenue automnale, et la motivation en a pris un sacré coût la veille.
Et c’est ainsi que se termine notre couverture de Pop Montréal 2026. Commencée sur les chapeaux de roues, et clôturée un peu déceptivement. On finit notre compte rendu par une citation de Harold et Maude de circonstance : « Everybody should be able to make some music. That’s the cosmic dance. » Hauts les cœurs et vive la musique !
Suivez-nous sur Instagram pour voir les autres photos !
- Pop Montréal 2026 : découvertes (incroyables) et déconvenues (inéluctables)
- Fête de l’Humanité, jour 3 : un dimanche à la française
- Fête de l’Humanité jour 2, du calme à la tempête : Oxmo Puccino, Gauvain Sers, THÉA
- Fête de l’Humanité jour 1 : du monde, Sam Sauvage et Ino Casablanca
- PANIC FEST 2026 : le rendez-vous métal au cœur des 2 Savoie
