Thierry Larose – Le X du Y : « Et si j’essayais de me dévoiler ? »
ENTREVUE – « Le X du Y », le troisième album de Thierry Larose vient de paraître. On a pu le rencontrer quelques jours avant sa sortie pour lui poser tout plein de questions qui nous traversaient l’esprit après moult écoutes.
Fidèles à nos habitudes, et surtout aux artistes qu’on apprécie et dont on suit l’évolution de carrière avec attention et excitation, on a retrouvé Thierry Larose quelques jours avant la sortie de son 3e album, Le X du Y. Il revient tout juste de France où il accompagnait Lou-Adriane Cassidy sur sa tournée. On se rejoint rue St-Hubert, au Club Pays où il a offert le lendemain, une écoute exclusive de son album avant sa sortie officielle le 9 octobre 2026.
On avait l’habitude de vous proposer des entrevues de Thierry Larose plus écrites, mais pour ce nouvel album, on s’aligne sur les changements visibles et assumés par le Québécois. Textes volontairement personnels, peaufinage des enregistrements, pochette d’album et vidéos où il apparaît… bienvenue dans la nouvelle ère d’un Thierry Larose qui sort de sa cachette, et c’est lui qui le dit. Voici donc une entrevue-discussion fleuve, où on évoque aussi bien le fait de travailler avec la même équipe d’amis, de ne pas être poète, l’importance du travail et la chance de pouvoir perpétuellement réinventer ses chansons grâce au live. Entre autres. On vous invite bien sûr à aller écouter Le X du Y, un album écrit avec finesse et adresse, qui saisit, emporte et transporte quiconque saura l’écouter avec diligence.
Rocknfool : Tu as enregistré ton nouvel album dans quatre studios. Tu as été très occupé en tournées… Comment as-tu fait pour trouver le temps de composer et d’écrire ?
Thierry Larose : Entre Sprint! et cet album, trois ans sont passés… j’ai trouvé le temps ! (rires) J’ai eu un boom créatif, c’est souvent ça qui m’arrive. Le premier que j’ai eu dans ma vie était avant 2017. Beaucoup de chansons de ce boom-là se sont retrouvées sur Cantalou et même sur Sprint!. Sur celui-là, ce sont toutes des chansons récentes. Plusieurs idées me trottaient dans la tête, et à un moment donné, certaines vont bien ensemble. J’écris comme une sorte de scrapbook la plupart du temps.
C’est drôle car en 2019 tu m’avais dit que quand tu écrivais c’était « frénétique et peu discipliné. À un moment ça va sécher… et à ce moment-là je deviendrai alcoolo ». (Lire l’entrevue)
(il éclate de rire) Alcoolo, quelle classe !
J’avais ajouté après « (il rigole) ».
(rires) Ça n’a pas séché encore !
« Écrire des chansons, c’est être observateur, ouvert et attentif à ce qu’il se passe ».
Tu as donc réussi à écrire en tournée ?
Beaucoup ! Pour les paroles, j’ai beaucoup écrit sur des blocs-notes d’hôtels que j’accumulais. Toutes les chansons du nouvel album ont été composées au piano, et c’était tout le temps à la maison. Une bonne partie de l’album a donc été écrite chez nous ! Je ne sais pas si c’est intéressant…
Si carrément ! Pour les artistes ça ne semble jamais intéressant mais pour les gens de la « foule » comme nous, c’est toujours intéressant. Aucun artiste ne compose et n’écrit de la même façon j’ai l’impression.
Une petite anecdote de l’album : à un moment donné je dis « j’ai peut-être l’air, mais j’ai pas la chanson ». C’était le grand-père de Marianne (Boucher, la compagne de Thierry aussi derrière le design graphique de beaucoup de choses entourant Thierry ndlr) qui a dit ça. Je lui avais dit « René t’as l’air bien ». Lui avait répondu : « j’ai peut-être l’air, mais j’ai pas la chanson ». C’est trop, une phrase comme ça, faut que tu la notes, c’est tombé du ciel ! J’ai l’impression qu’écrire des chansons, c’est souvent ça. D’être observateur, ouvert et attentif à ce qu’il se passe. De voler des petits moments comme celui-là. Puis, cela devient un processus d’entonnoir. J’ai un certain nombre d’idées qui vont bien ensemble et je fais des assemblages. Des fois, ça fonctionne, d’autres non. Là, sur l’album, c’est toutes les fois où ça a fonctionné… selon moi ! C’est rare que j’écrive de la musique pour aller avec un texte ou vice-versa.
On dit souvent que travailler avec ses amis ça passe ou ça casse, c’est tout ou rien. Pour ton album tu as encore la même équipe de musiciens et Alex Martel à la réalisation !
C’est parce que je suis tellement chanceux ! J’ai l’impression que dans n’importe quel milieu moindrement artistique, c’est essentiel de trouver son monde. Mon réflexe est de travailler avec ce monde encore et encore. L’espèce de communauté de gens qui pense un peu comme toi, qui veut aller dans la même direction, est cruciale. Ce sont des amitiés précieuses… Jusqu’à présent, le résultat de ce qu’on fait ensemble me plaît toujours autant. On a une belle synergie, alors j’aurais trouvé ça triste de ne pas retravailler avec Alex (Martel), Lou (Adriane Cassidy), Sam (Beaulé), CAO (Charles-Antoine Olivier).
« Mes chansons étaient toutes un peu personnelles mais jamais vraiment. »
Tes textes semblent très personnels. Dans mes notes, j’ai écrit « plein d’aphorismes sur la vie, des états d’âme ». Tu dirais qu’il y a combien de pourcentages de toi dans ce que tu as écrit pour ce nouvel album ?
Plus qu’avant ! Le troisième album serait le plus personnel, c’est un cliché ! Peut-être que ça m’a pris plus de temps pour sortir de ma cachette (sourit) ! J’avais eu cette discussion avec Etienne Dufresne, qui a une écriture très journal intime. Je lui avais dit que j’admirais comment il écrivait, et il m’avait demandé quelle était ma chanson la plus personnelle. Je m’étais alors rendu compte que je ne savais pas quoi répondre, car elles l’étaient toutes un peu mais jamais vraiment. Il y avait toujours une bonne part de fiction. Je me sentais prêt. Beaucoup de chansons sur ce disque-là n’auraient pas fonctionné avec la façon que j’avais d’écrire avant. En prenant des genres de détours, en faisant de la poésie plus fleurie. Ça n’aurait pas servi les chansons.
Tu aurais pu écrire de façon personnelle, mais assurer publiquement qu’en réalité tu parles d’autres personnes.
En fait, pendant longtemps, je trouvais que l’écriture plus « journal intime » était très difficile. Ça n’a jamais été quelque chose qui me plaisait tant que ça. Car pour bien le faire, il faut un certain doigté. Parfois, ça peut être juste un réflexe d’artiste qui cherche de la profondeur ou qui est en panne d’inspiration. Et comme c’est de l’expérience vécue, ça semble avoir une certaine valeur. Mais pas toujours malheureusement ! Cette discussion me trottait dans l’esprit, car justement je me disais : et si j’essayais de me dévoiler ? Je me rendais compte que plus j’écrivais, plus j’acceptais le langage plus direct et plus l’émotion ressortait. Je suis passé par-dessus mes anciennes peurs.
« J’ai horreur de faire du surplace. »
En 2023, tu disais que tu aimais désormais chanter. Je trouve que ça s’entend encore plus en 2026 dans des chansons comme « Dernier métro », « Brille encore »… Où c’est moins parlé, plus assumé, avec aussi plus d’amplitude vocale.
Ce sont des mélodies difficiles à chanter, acrobatiques. Ça m’a pris longtemps avant de pouvoir les enregistrer. Je ne me souviens pas d’un moment précis où je me suis dit : « eurêka, j’aime chanter dorénavant ! ». Je vois ça comme un autre défi, puisqu’à chaque album il y en a des nouveaux. J’ai horreur de faire du surplace. Au final, ma religion c’est la musique, je veux servir la chanson du mieux que je peux. Et des fois, ça prend une mélodie vocale complexe ou une interprétation plus poussée.
C’était pour te challenger ?
Je ne veux pas être trop ésotérique mais parfois la chanson demande ça. La chanson décide où elle s’en va. Ton rôle en tant que chanteur est de suivre cette intuition. Ça arrive quand j’écris, mais je n’aime pas trop ça en parler car je perds mes mots. Pour ce nouvel album, j’ai fait plusieurs versions des chansons, j’ai essayé de choisir les meilleures et celles qui cadraient le mieux avec les textes.
J’aime chanter parce que c’est un défi technique, mais aussi parce que je découvre des affaires dans la chanson que j’ai moi-même écrite sur papier. « Dernier métro », par exemple, est pleine d’écarts entre les notes. On avait fini cette chanson, mais des mois plus tard, j’ai dit à Alex qu’il fallait que je la refasse car il manquait la petite étincelle. C’était moins sensible, moins incarné, l’interprétation n’était pas comme je la concevais. On a refait toutes les voix.
Je me suis demandé s’il y avait une histoire personnelle derrière « Monongahela ».
Il y a toute une histoire derrière « Monongahela », un titre inachevé et inédit de Sylvain Lelièvre, qui était très dur à chanter. Son fils m’a confié cette chanson en me demandant si ça m’intéressait. On a fait un peu d’archéologie musicale en gardant dans l’arrangement final ainsi que le plus d’éléments possibles de la démo où il n’y avait pas de voix, juste de la musique (le clavier ndlr). Comme c’est une chanson dont je n’ai pas écrit la musique, il a fallu que je m’adapte et que je devienne carrément interprète. Un défi de taille !
Ça a aussi été long en studio car il fallait vraiment que chaque syllabe soit compréhensible et que l’émotion et le ton soient les plus justes et précis possible. Je me suis demandé ce que j’allais pouvoir en faire, car c’était tellement en dehors de ma zone de confort… Mais je suis content car c’est une de mes préférées maintenant. C’est une drôle de chanson, très nostalgique.
C’est la première fois que tu mets une reprise sur un album ?
Ce n’est pas vraiment une reprise. Je dis plutôt que c’est une collaboration posthume, car j’ai dû combler certains trous dans les paroles. J’ai sorti mon livre de paroles de Sylvain Lelièvre et essayé d’écrire le plus fidèlement possible.
Tu as ajouté une sorte de suite à la chanson avec ton paragraphe final.
C’est qu’il était vide ! (rigole) Il était là mais il n’y avait pas de voix. Et dans les paroles qu’on m’avait envoyées, il restait à finir la chanson ! J’ai réutilisé les textes existants. Au début ça dit : « toi et moi c’était déjà toujours-jamais » et ça finit par « toi et moi ça ne serait jamais toujours »… Une petite antithèse !
« Beaucoup de chansons que j’aime ont un genre de tiraillement interne. »
Autre chanson importante, qui surprend et dont il faut parler, c’est « Le X du Y » qui ouvre et donne son nom à ton album. Avec son énumération de noms d’albums québécois construits de la même façon, est-ce un hommage ou une gentille moquerie ?
C’est les deux, à mi-chemin entre les deux. Il y a des classiques comme des moins importants, qui ont tous cette construction « le quelque chose du quelque chose« . Ça me faisait tellement rire ! C’est parti d’une liste que Marianne et moi on avait. On en parlait à nos amis, et on en ajoutait tout le temps. On n’en revenait pas à quel point il y en avait beaucoup ! Et en même temps, je poursuis la même tradition avec mon album. Je ne suis pas au-dessus de ça. Je me suis aussi rendu compte, après coup, que dans beaucoup des chansons de l’album tu as deux émotions qui sont en tension, contradictoires. Donc je me disais variable X, variable Y, ça va faire concept !
Beaucoup de chansons que j’aime ont ce genre de tiraillement interne. Serge Gainsbourg faisait beaucoup ça, dans un genre de chanson romantique mais dégueulasse. Ce genre de complexité-là m’a toujours intéressé, mais dans le passé je n’avais pas assez d’expérience pour vraiment le faire. Dans cet album, ça revient souvent, mais ce n’est pas à moi de décider si c’est probant ou pas !
C’est drôle que tu parles de Gainsbourg car on peut vite penser à lui en écoutant la première fois cette chanson.
Oui c’est très récitatif ! Ironiquement sur cet album-là, il y a plein de chansons sans second degré, c’est très sincère. Comme « L’affaire c’est que » qui est très personnelle.
« C’est dur de parler d’ambition et de succès sans paraître complètement déconnecté et prétentieux. »
Quand j’écoutais ton album je notais des phrases fortes pour éventuellement te poser des questions dessus, et dans cette chanson il y en avait tellement ! (On commence en bas de l’échelle, mais il y en a pour qui le bas est plus bas que d’autre/Au fond y’a rien qui arrive sans raison, l’affaire c’est que je la cherche souvent/Le succès plus t’en as plus il t’en faut, c’est une maladie). Je me suis presque inquiétée en me disant que beaucoup de choses te pesaient et t’agaçaient.
Il y a une ambivalence dans cette chanson par rapport à l’ambition et le succès. Ce sont des choses que je vis et c’est dur d’en parler sans paraître complètement déconnecté et prétentieux. Mais quand tu fais de la musique, que ton but c’est de devenir musicien professionnel, tu aspires à avoir un certain succès. Tu veux rejoindre les gens. Mais pour y arriver il y a des sacrifices à faire, il faut jouer un peu la game, et c’est difficile. Ça parle aussi un peu de mes blues dans le deuxième couplet (rires). C’est un thème exploré avec plus d’éloquence dans la chanson que la façon dont j’en parle. Ma petite misère ! (sourire)
C’est un exutoire cette chanson en fait !
Celle-ci et « Le X du Y 2 » qui était aussi un peu un défouloir de toutes mes frustrations accumulées. Cette chanson venait contrebalancer les moments plus sentimentaux de l’album.
« La série Paul de Michel Rabagliati est une immense inspiration. »
En parlant de moments plus sentimentaux, j’avoue que ça m’a fait aussi fait penser à Paul à la maison ou le dernier roman dessiné de Michel Rabagliati (Y’a d’la joie) où le personnage de Paul est fâché et grognon. Je me suis dit, « mais Thierry il est jeune pour être déjà comme ça !«
(rires) C’est fou que tu me parles de ça, car c’est une immense inspiration. Je pourrais en parler longtemps. À Noël dans ma famille, tout le monde recevait la nouvelle BD. J’étais enfant quand je lisais Paul à la pêche, et tout le monde y trouvait son compte. Mon grand-père lisait ça et il y avait des blagues qu’il ne comprenait pas, mais que moi je comprenais. Lui avait des expériences vécues dans les BD auxquelles je ne pourrai jamais m’identifier. Tout le monde les lisait et aimait ça, mais jamais pour les mêmes raisons et je trouvais ça incroyable.
Je m’identifie beaucoup à Paul. Surtout quand il est petit et qu’il vit des histoires pareilles à celle que j’ai vécues, aux scouts et dans les camps de vacances. Paul en appartement aussi… quand il va en voyage avec son professeur. Il m’est arrivé des trucs vraiment similaires. C’est fou. Je pense qu’il écrit aussi d’une manière à interpeller tout le monde. Nous, dans ma famille, on cite même des répliques ! Quand ils jouent à « J’achète » au chalet, c’est très niche !
Une question que j’ai toujours voulu te poser justement… c’est par rapport à ton amour pour les typographies, car Michel Rabagliati en parle aussi très souvent. Est-ce que ça vient de là ?
C’est né de là ! Dans la deuxième histoire de Paul à la campagne (« Paul apprenti typographe »), il va dans la boutique linotype de son père, et cette histoire m’a complètement changé.
« Je ne me considère pas poète, parce que les textes ne fonctionnent pas aussi bien sans la musique. »
On revient à la musique ! As-tu appris quelque chose de nouveau en faisant cet album ?
Un truc que j’ai appris, ou plutôt une perception qui a changé, vient de la chanson « Brille encore ». On me demandait récemment si je me considérais poète. La réponse est non parce que les textes ne fonctionnent pas aussi bien sans la musique. Je pense beaucoup à la musique quand j’écris les paroles. Et dans « Brille encore » il y a un moment où il ne me reste plus rien à dire. Car ça a été très difficile d’écrire cette chanson-là qui parle de mon amie d’enfance qui s’est enlevé la vie.
Je ne savais pas ce qu’aurait pu être notre dernière conversation, mais on ne peut pas vivre avec des questions sans réponse. Je ne suis pas programmé pour ça. À la fin, il y a un solo de guitares, une à droite, une à gauche, qui se répondent. Dans ma tête, ça c’est essentiel à la chanson car c’est la dernière conversation. Et juste avant sur l’album c’est la chanson « Conversation dans le noir ». Si tu lisais juste les paroles de « Brille encore » et que tu n’avais pas ce solo final, l’information serait manquante. C’est important pour comprendre ce que j’ai essayé de faire. Si tu m’avais demandé à 20 ans si je me considérais poète, j’aurais dit oui. Alors que pas vraiment dans le fond. Donc ça, c’est nouveau, je l’ai appris. J’écris juste des chansons, et mes textes prennent de la musique. Les vrais poètes ont cette musique en eux, ils écrivent avec un rythme. Je les respecte beaucoup car je ne pense pas avoir ce don-là. Un poème n’a pas de section comme mes refrains qui se répètent tout le temps. Peut-être un jour ? Quand je n’aurai plus de voix… (il rit)
Quelle est ta chose préférée de ton album, ça peut être tout ce que tu veux?
(réfléchit) Dur à dire… J’aime beaucoup le son de l’album en général. Des trois que j’ai sortis, c’est celui qui sonne le mieux. Ça aussi, c’était un défi. Cantalou, le premier, était assez lo-fi. L’idée de Sprint! était de le faire vite, d’une manière spontanée, on avait moins le souci du détail au moment de l’enregistrement. L’idée était « la chanson avant tout ». Je me disais qu’il y avait tellement d’albums que j’aimais qui avaient une qualité sonore extrême, et je me demandais si j’étais capable de le faire aussi. C’est intimidant de travailler sur un même son très très longtemps.
Est-ce que c’est passé par travailler un instrument différemment ? Une technique différente ?…
Des loooongues soirées de studio à placer des micros au millimètre près. Plusieurs performances aussi et ne choisir que les meilleures. Le mix a été passé au peigne fin… Je suis vraiment fier de ce que ça donne. Le résultat est plus hi-fi, plus précis. La précision me tient à cœur depuis le début, notamment dans l’écriture. J’avais moins ce réflexe avant, c’était plus intuitif, plus commun. C’est certainement plus complexe qu’avant, mais c’est plus précis sonorement.

« Je veux être un artiste généreux sur scène. »
Je n’ai aucun mal à imaginer cet album-là sur scène, ça va être parfait.
J’espère bien ! Au Québec, je trouve qu’il y a beaucoup d’albums qui sont très énergiques sur scène, mais sur le CD c’est plus contenu. Mes deux premiers albums étaient vraiment comme ça. Je les écoute et je ne leur trouve pas le même oumf que le troisième. Sur un disque, tu joues des chansons pour la première fois, alors forcément, tu les as moins dans les doigts. Je ne pense pas au public au moment d’écrire les chansons. Le processus est un peu égoïste car ce sont des chansons que j’ai envie d’entendre et de faire exister. Mais dans les spectacles, je pense 100% au public : je veux que tout le monde se sente inclus, que les gens gardent un bon souvenir, je veux être un artiste généreux sur scène. C’est plus facile d’insuffler une grande énergie en spectacle.
Mon souhait est que les gens aiment les chansons et viennent voir les spectacles. Ce n’est pas très glam, mais c’est le plus grand honneur qu’on puisse me faire. D’avoir un public, des gens qui chantent les chansons, ou ceux qui viennent me voir après les spectacles pour me témoigner de l’importance qu’ont eu ces chansons-là dans leurs vies, c’est ce qui me nourrit au final.
C’est peut-être lié à la question du lâcher-prise, d’accepter qu’en sortant un projet publiquement, il ne sera jamais aussi parfait que si tu avais continué à le travailler encore.
Je suis chanceux car je ne suis pas auteur, sculpteur ou réalisateur de films. Il n’y a pas de vraies finalités aux chansons, car je peux les rejouer et les changer. Parfois, elles changent un peu d’elles-mêmes avec les années. Il n’y a pas de finalité claire, et ça c’est vraiment propre à la musique. C’est très excitant pour moi, car ça veut dire que tu peux constamment réévaluer où tu en es. Le travail est important en musique. Je n’ai pas beaucoup de choses qui me viennent comme ça, sans travail. Je ne suis pas ce genre de musicien. Les chansons que tu attrapes au vol lorsque tu tends ton antenne sont vraiment rares dans mon cas. À part pour « L’île à 25 sous » où c’était 4 accords, 4 couplets et je ne pouvais rien faire pour l’améliorer, la chanson était comme ça.
Ça serait un mythe en fait ?
Un petit peu ! On retourne dans l’ésotérisme mais ce genre de moments où tu n’as pas à chercher une chanson trop loin arrivent. Ces moments où ce n’est quasiment pas toi qui écris… mais c’est très rare !
« La musique n’a pas besoin d’être explicitement politique, ce n’est ni nécessaire ni crucial. »
Dernière question. On est le lendemain des élections provinciales, tu es le lanceur du slogan VLMQ (Vive la musique québécoise), tu joues à la St-Jean de OUI Québec, tes paroles pourraient avoir une lecture indépendantiste ou du moins engagée et tout ça post-affaire Ed Sheeran x Macklemore… Penses-tu que la musique doit prendre parti et à quel point la culture a un rôle à jouer dans un mouvement souverainiste ?
J’ai plusieurs choses à dire. Déjà, je ne suis pas le premier à avoir mis ces mots ensemble (VLMQ). J’ai peut-être mis des mots sur un sentiment que je ressentais ce soir-là au Club Soda. Cette fierté dans l’air, pour les artistes contemporains mais aussi ceux d’hier. C’était un cri du cœur, comme un excès de joie, je n’en avais parlé à personne avant, je n’y avais pas trop pensé. Après, c’est devenu le slogan non-officiel de la tournée (Le Roy, la Rose et le Lou[p])) et beaucoup de gens se le sont réapproprié. Et c’est tant mieux. Je suis content de ça, car la culture québécoise me tient à cœur depuis longtemps et c’est une fierté pour moi. J’imagine que les textes pourraient être engagés mais certainement moins que beaucoup d’autres. Par exemple Les Louanges qui a sorti un album avec des textes limite didactiques sur ses positions. Je ne suis pas team Ed Sheeran du tout. Si on me demande, je ne me cache pas de mes convictions.
La musique n’a pas besoin d’être explicitement politique, ce n’est ni nécessaire ni crucial. J’ai un exemple en tête. Il y a eu des chansons faites expressément pour les manifestations lors du mouvement Black Lives Matter. Mais une de celles qui a été la plus importantes, celle que les gens chantaient, est une chanson de Pop Smoke (« Dior »), qui était zéro engagée. Je ne déplore pas ça, mais le côté politique de la chanson est né a posteriori. Il y a beaucoup d’artistes qui font de la musique apolitique et qui se prononcent, sans intégrer leurs convictions à leur musique ou bien qui incarnent leurs idées. Leurs œuvres en sont forcément teintées. Que ça existe et que ça puisse être œuvre utile, ça c’est essentiel !
Écoutez Le X du Y sur Bandcamp :
Le X du Y – Thierry Larose (Bravo musique)
En concert le 5 février 2027 au MTelus, le 6 février à l’Impérial Bell de Québec.
Retrouvez toutes les dates de tournée de Thierry Larose par ici : www.thierrylarose.com ou par (ICI)
Propos recueillis par Emma Shindo
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