The Craftmen Club : « On voulait faire plus rock, plus moderne »

Alors qu’ils viennent de sortir Eternal Life, leur troisième album, j’ai rencontré The Craftmen Club au complet en sortie de repas, débarquant en plein débat sur la Mousse au Chocolat Parisienne™ et juste avant un marathon radiophonique. Le moment idéal pour parler de la genèse de l’album, de ses différences avec son prédécesseur, et de banjo-laser.

Ça fait un moment qu’on n’a pas eu de vos nouvelles, qu’est-ce que vous avez fait depuis 2009 ?

Steeve Lannuzel (Chant/guitare) : Alors depuis 2009 on a travaillé sur le disque en fait, on a pris un peu plus de temps que la normale puisqu’on ne voulait pas faire la même chose que ce qu’on a fait jusqu’à présent, donc il a fallu qu’on réfléchisse un peu. Et puis ça faisait du bien de faire une pause, de s’aérer la tête, pour partir sur quelque chose de nouveau, je pense qu’on avait un peu besoin de ça.

Qu’est-ce qui a déclenché la composition du nouvel album ? C’est venu d’un coup ou petit à petit ?

C’est venu petit à petit, par rapport à des titres en fait, on écrivait des morceaux puis on ajoutait une couleur suivant la chanson. Après, la couleur du disque c’est peut-être des titres comme « Animals », qui ont amené vraiment vers l’album, vers cette couleur musicale là.

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Il y a quelques années, avant que vous ne disparaissiez des écrans, vous aviez dit que vous aviez déjà quelques nouvelles compos, on les retrouve sur l’album ?

Ouais, je crois que « Vampires » existait déjà…
Mikaël Gaudé (guitare) : « The Game« …
Yann Ollivier (batterie) : « I Can’t Choose »
Steeve : Il y avait déjà des chansons comme « Vampires » qu’on jouait à la fin de la tournée Thirty Six Minutes.
Mikaël : C’était le morceau de transition.
Steeve : Voilà, « Vampires » c’était la transition entre Thirty Six Minutes et celui-là.
Marc Corlett (basse) : Il y a aussi eu des réadaptations de certains titres qui étaient dans des versions un peu plus folk au départ et qui ont été retravaillés quand la couleur a commencé à apparaitre, quand il y a eu une direction pour l’album et du coup les vieux morceaux ont été un petit peu repassés à la moulinette.
Steeve : C’est pour ça qu’on a mis un peu plus de temps parce que du coup quand tu sors d’un album, c’est dur de le quitter en fait. T’es toujours dedans tu vas toujours partir, commencer à réécrire en pensant encore à Thirty Six Minutes. C’est bien de faire un break pour partir vraiment sur autre chose.

Comment s’est passé l’enregistrement ?

Bah très bien. On a fait toutes les prises chez nous, on a un petit studio. On a fait ça avec Yann Madec qui est l’ingé son et producteur de Déportivo. On l’a fait tranquille avec lui à la maison.

Vous n’avez pas ramené de grand nom cette fois ?

Pour le mixage on l’a fait avec Scott Greiner qui avait fait tout Thirty Six Minutes, et qui a mixé l’album aux États-Unis.

Vous laissez plus de place pour développer les instruments sur le nouveau, c’est quelque chose dont vous aviez conscience lors de la composition ? On a plus souvent la basse qui va être toute seule pour poser l’ambiance par exemple.

La base un peu de l’image et de la couleur qu’on voulait donner au disque c’était vraiment basse/batterie, c’était les premiers morceaux qu’on a commencé à faire. Même sur « Animals« , c’était donner un son grosse caisse/caisse claire presque boite à rythme. On s’est inspiré des groupes des années 80 un peu rennais genre Ubik et qui enregistraient même sans charley en fait. Et du coup t’avais juste une sensation grosse caisse/caisse claire hyper en avant et la basse un peu groove qui danse, et t’épures un peu les guitares. Enfin ce n’est pas comme ça sur tous les titres mais c’était ce qu’on voulait donner comme couleur.

Il y a un thème central sur Eternal Life ?

Oui, je me suis vachement inspiré de romans de science-fiction. On revient musicalement de groupes comme Ubik, et puis le roman, 1984, Blade Runner, on voulait vraiment cette ambiance un peu déshumanisée, avec la machine qui est tout le temps présente. C’est un peu le fil conducteur du disque, tous ces romans un peu durs, froids…

Vous avez un nouveau-ancien guitariste (Mikaël avait quitté le groupe avant Thirty Six Minutes, et est depuis revenu), c’était un besoin cette seconde guitare ?

Ah ouais ouais ouais…
Mikaël : Pour faire les nouvelles compos, c’était important de plus avoir un sampler, il nous fallait un truc plus vivant parce que ça nous gênait sur les tempos puisque c’était quelque chose qui nous bloquait.

C’était un peu la marque du groupe le sampler pourtant ?

Tout le monde : Ouaip.
Steeve : Étonnamment sur le nouvel album, c’est quand même assez cyclique, même en ayant un guitariste supplémentaire. Mais le sampler n’arrive pas à faire des solos. Et on a mis quoi ? Deux solos dans l’album ?
Yann : Two solos.
Marc : C’est la folie.
Steeve : Deux solos, ce n’est jamais arrivé dans l’histoire du groupe, jamais. C’est une expérience incroyable.
Marc : C’est vraiment l’intermédiaire qui permettait de sortir du côté un peu bloquant du sampler, tu ne peux pas faire des mélodies quand t’as un sample qui tourne sur une tonalité particulière, tu ne peux pas avoir beaucoup d’accords qui vont avec, alors que là ça permet de casser ça. Sinon c’était plein de programmation. Là ça permet d’être beaucoup plus souple tout en restant sur l’identité du groupe.
Steeve : Là les chansons ont été écrites un peu autrement. Thirty Six Minutes, il y a beaucoup de titres qui ont été écrits avec le sampler. C’est à dire qu’on restait prisonniers d’une construction, là ça a été plus amené par des chansons.

Le sampler ne sert plus que pour le banjo en fait ?

Là euh…
Yann : Le banjo est cassé.

Il y en a plus ? Vous avez perdu les bandes ?

Steeve : Voilà, il y a plus de cordes sur le banjo.

Tiens justement, la mise au placard du banjo, c’est pour ne pas faire un Thirty Six Minutes Bis ?

Oui. Bon on a quand même voulu mettre un clin d’œil sur le premier titre où il y a quand même le banjo. Après ouais c’est vraiment que ça n’aurait pas collé, ça marchait sur « The Game« , ça donnait un côté un peu différent, mais on voulait quitter tout l’univers un peu folk, country, qu’il y avait dans Thirty Six Minutes pour faire un truc beaucoup plus rock et plus moderne.

La science-fiction au banjo, ça marche moins bien…

Marc : Ça reste à inventer encore.
Yann : Un banjo-laser… Un banjo-laser transparent !

Tu peux demander à Jean Michel Jarre…

Steeve : Ouais Jean Michel Jarre, c’est ce que je pensais aussi.
Yann : Peut-être qu’il va se mettre à faire de la country du coup… (en train de faire de la harpe-banjo-laser) Ding dung dung doung…
Steeve : Il aurait fallu qu’on fasse appel à lui pour qu’il nous trouve quelque chose.

Ça peut lui plaire…

Yann : Ding dung dung doung…

Steeve, tu cries moins sur cet album je trouve, tu fais attention à tes cordes vocales ?

Steeve : Oui, l’album est un peu moins sauvage, donc je n’ai pas ressentis de crier comme ça au milieu de tout sans raison apparente.
(Les autres se marrent)
Yann : Quoique finalement sur scène tu les as trouvées les raisons…
Steeve : Ouais, après sur scène je crie toujours, même sur ces titres-là.

Ça marche bien sur scène les nouveaux titres ?

Bah pour l’instant c’est plutôt positif, on a fait quelques dates ça va ça répond bien même si ça se rode encore. On était un peu curieux justement de voir le mélange des anciens titres et des nouveaux, ce n’est pas évident à caler, mais une fois que ça l’est ça passe bien.

Vous vous étiez pas mal débrouillés avec le chant en français sur le précédent, vous en aviez marre d’être comparé à Noir Désir ?

Yann : (rires) Hé mais il est méchant lui, il est piquant !
Steeve : Je ne sais pas si on a tellement été comparé à Noir Désir, mais non, là ça se prêtait pas du tout le français.

Ok, ce n’est pas un rejet donc…

Ah non pas du tout, c’est ce qu’on disait, ça se trouve le prochain album sera entièrement en français, on ne sait pas. Mais là pour l’occasion ça collait pas du tout, on n’avait vraiment pas le truc pour mettre le français dessus.

J’ai pas compris grand-chose au clip d’Animals, quelqu’un peut me le résumer ?

(rires)
Bah après, y a tout le délire du réalisateur, on n’est pas trop responsable. L’histoire du clip c’est un peu inversé, c’est ça ? On croit que les méchants… Enfin les méchants sont les gentils à la fin…
Yann : En fait c’est le mec qui est enfermé qui est le méchant. Je pense qu’il est parti un petit peu du truc d’Irréversible.
Steeve : Peut-être ouais, enfin ça colle avec que veut dire plus ou moins la chanson, c’est un peu le retour à l’instinct animal, primaire.

Pourquoi avoir choisi ce titre pour faire un clip ?

En fait on a pas tout à fait choisi. C’est lui qui nous a contactés en nous disant qu’il aimait bien la chanson et qu’il voulait faire un clip. Donc c’est parti comme ça naturellement. Et puis on trouve qu’elle change un peu dans le disque, elle a une construction différente des autres, donc c’est bien de la mettre un peu en avant. Et puis on l’aime bien.
Yann : T’aurais mis lequel toi par exemple ?

Euh… Je sais pas, « Happy End » ? Il doit y avoir moyen de faire un truc sympa avec.

Marc : Marrant ça…
Mikaël : On va faire des sondages comme ça, comme ça pour le prochain on saura.

Ça vous a fait manger Thirty Six Minutes ?

Steeve : (En montrant la table) Bah là tu vois… (rires). Ça nous a permis d’être encore là déjà, donc oui…

C’était votre boulot à plein temps ou vous en aviez toujours un à côté ?

En fait on tourne un peu, on est comme une équipe semi-professionnelle.
Marc : On est en championnat National, l’équivalent en foot.
Steeve : …et donc ouais ça nous a permis d’en vivre.

Du coup le retour à la vie normale, ça s’est fait simplement ?

On l’a jamais quittée en fait, parce que tu pars en tournée là comme ça, mais on rentre à Guingamp nous hein.
(rires)
Ce qui était le plus dur c’est qu’on est tous plus ou moins à la campagne, quand t’es en tournée tu vois plein de gens, et puis là, tu mets peut être deux jours pour redescendre un peu.

« Il est où le van ? »

Voilà, c’est un peu « Ils sont où les gens » ? Mais bon ça va, pas de problèmes pour redescendre.

Vous avez sorti un 7″ pour le Record Store Day, ça représente quoi pour vous cette journée ?

Marc : Une journée shopping.
Steeve : Ça nous permettait de sortir un 45 tours.
Yann : …et en même temps que les Cure.
Marc : C’était le premier en plus je crois ?
Steeve : Ouais c’était le premier 45 tours de l’histoire du groupe et du coup c’était vachement bien pour nous en fait.

Ça vous plait comme format ?

Ah ouais, moi le vinyle je trouve que c’est vraiment bien. C’est un super format, et c’est beaucoup plus attrayant que le cd, c’est un bel objet. Le cd c’est un peu jetable, c’est dommage de mettre de la musique là-dedans je trouve.

Et aujourd’hui on a même plus de cd… C’est quoi le plan pour The Craftmen Club en 2014 ?

Là c’est la tournée, on a le Nouveau Casino le 12 mars, quelques dates, quelques festivals, c’est en train de se monter. On n’a pas toutes les dates, d’autres qu’on ne peut pas dire encore, mais 2014 sera sur la route.

Vous allez sortir un peu de la Bretagne ?

Tout le monde : On espère.

Retourner au Japon ?

Steeve : Ah ce serait bien ouais. On n’a pas encore trop cherché là-bas, on va d’abord essayer de s’attaquer à la France, après on verra pour ce qui est de l’étranger.

Et le prochain album, en 2019 ?

(rires)
Non on va essayer d’aller très vite.
Marc : Vers 2017…
Yann : Parce qu’on est bientôt à la retraite déjà donc il faut que ça aille vite.
Steeve : On va essayer de s’y attaquer assez vite, on commence à y réfléchir.

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Une pensée sur “The Craftmen Club : « On voulait faire plus rock, plus moderne »

  • 4 mars 2014 à 22 h 49 min
    Permalink

    J’ai acheté leur nouvel album et j’avais déjà le précédent. Il faut leur dire qu’ils ont un fan à Angers.
    :mrgreen:

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