On a pris l’apéro avec Benjamin Biolay

AU BISTROT – Le label Barclay a organisé une rencontre avec Benjamin Biolay pour parler de la sortie de son nouvel album Palermo Hollywood. Un moment de complicité et de convivialité.

Lundi, 20 heures. J’ai rendez-vous avec Benjamin Biolay dans une pizzeria argentine. Volver. Comme le film de Pedro Almodovar, comme le tango de Carlos Gardel. L’endroit est cosy, des tableaux rappellent l’Argentine. Le décor est planté. On s’installe à une table dans le fond pour déguster du Malbec, des empañadas à la viande et au poulet, de la charcuterie typiquement argentine. On nous dit que Volver, c’est Buenos Aires à Paris. J’aime bien.

Nous sommes quelques blogueuses à avoir le privilège de passer un moment avec l’auteur de Palermo Hollywood. On est toutes un peu impressionnées, un peu timides. Mais la glace se brise au fil de la soirée. Le vin a dû aider.

J’avoue, j’étais un peu stressée avant de rencontrer cet homme. Un géant, aussi bien physiquement qu’artistiquement. Habillé dans son costume noir à rayure blanche, le cheveu poivre-sel coiffé en arrière, il semble sorti du Parrain. Il en impose. Je me sens toute petite. Ridiculement petite. On a tous entendu mille et une choses sur lui, on sait qu’il n’a pas de filtre quand il cause. C’est son trait de caractère que je préfère. Ce côté teigneux et rebelle. Mais, si on le froissait ? Merde à tout ça.

Oublions les bêtises qu’on raconte. Je suis bien placée pour savoir que dans les médias, on peut aisément sortir des phrases de son contexte, faire d’une personne son bouc émissaire, lui faire dire des choses qu’il n’a pas prononcé et monter en épingle n’importe quoi. Pour rien. Hélas. J’ai toujours eu un profond respect pour cet homme, par sa musique surtout et par cette personnalité, finalement insaisissable. Et c’est sans doute pour cette raison que j’étais intimidée. Joseph de Metronomy me disait qu’il ne faut pas rencontrer les personnes qu’on admire, de peur d’être déçu. Tu sais quoi, merde. Encore une fois.

Palermo Hollywood n’est pas un La Superbe bis

La vérité, c’est que Benjamin Biolay est un mec cool. Vraiment vraiment cool, curieux, passionné, érudit (avec une connaissance parfaite de l’Argentine). On parle de tout et de rien : de bouffes épicées, de politique, de François Hollande et de Manuel Valls, de TPMP qu’il exècre,  de foot et de basket qu’il adore, du petit restau Pause Café pas loin de l’endroit où l’on est installés, de Paris la nuit dépeuplé depuis un certain 13 novembre, du festival de Jazz de Montréal, de ces Argentins – tellement attachants – qui lâchent des insultes à tout bout de champs, de pierres tombales et caveaux. Je ne me rappelle pas très bien pourquoi on a commencé à parler de pierre tombale et de cimetière mais c’est venu naturellement dans la discussion. On passait du coq à l’âne.

La musique, on en discute longuement. Évidemment. De son album aussi, un peu, logique. Un splendide album. Le plus beau en français de cette année. Il ne voulait pas faire un « La Superbe bis », il explique que, après cet album encensé par la critique, il avait envie de faire autre chose, de changer, de travailler avec d’autres personnes. Il dit que pour lui, un autre La Superbe n’aurait pas été intéressant. Qu’il ne faut pas essayer de comprendre les paroles de ses chansons. « Parfois ça ne veut rien dire« , ajoute-t-il avec un haussement d’épaules, de sa voix caverneuse et le sourire en coin. Charmeur va.

Il parle de son amour (qu’on sent profond) pour l’Argentine, de cinéma. De tout et de rien. On découvre un type attachant, un peu paternaliste quand il voit que l’on ne finit pas nos assiettes. Des pizzas énormes qu’on ne parvient pas à terminer. On reste près de quatre heures avec l’homme, qu’on découvre attentionné et vraiment captivant. Le type de mec avec qui t’as envie de passer la soirée à refaire le monde en buvant du Malbec et en descendant des shots de Legui. Tu diras que je suis peut-être tombé sous le charme du type. Oui, c’est vrai. Mais ça fait déjà dix ans, ça.

Et Palermo Hollywood dans tout ça ? Une tentative de chronique…

Au départ, je voulais mettre un GIF, mettre un <3 et puis, je me serais arrêtée là. Je vous aurais sommés d’aller écouter tout de suite ce petit bijou. Mais ce ne serait pas correct. Je sais que Biolay attise les passions. Depuis toujours, il y a deux clans qui s’affrontent : ceux qui ne l’encadrent pas et ceux qui l’admirent. Je fais partie de la deuxième catégorie, t’as dû le comprendre. Une passion qui remonte à Trash Yéyé, mon album préféré de la dense discographie du garçon. Loin devant.

Bien sûr, j’ai aimé La Superbe. Adoré même. Mais on n’oublie jamais son premier amour. Trash Yéyé était ma porte d’entrée dans le monde mélancolique et noir de Biolay. Il est le premier amour. La Superbe, c’est l’amant ténébreux. Et Palermo Hollywood ? Sans doute, l’inconnu à l’accent chantant qui débarque un jour dans ta vie, sans prévenir, et qui remet tout en cause. Il y a de l’obscurité, de la mélancolie, mais il y a aussi cette lumière au bout du tunnel. Palermo Hollywood c’est un chemin, parfois escarpé, vers mieux. Le jour d’après.

Biolay a retrouvé la lumière, même si on sent que ça n’a pas été facile. Dans Palermo Hollwood, on retrouve cette plume nonchalante mais assurée, ces textes qui mélangent le brut et le chiadé, cette voix attaquée par le tabac qui se fait plus caverneuse et plus sensuelle que jamais, et des thèmes pas forcément heureux. Il est question de dépression (La Débandade »), de femmes (« Miss Miss », « Palermo Queens »), de coups bas de la vie (« Ressources Humaines », « Tendresse Année Zéro »). La vie. Cette putain. De balades dans les rues de Buenos Aires et de rencontres entre deux villes et deux cultures. L’Argentine est partout. Dans les mélodies qui chaloupent et qui font chanter les mots d’une manière si exquise,  dans les clins d’œil au tango, dans les percussions typiquement latines, dans les chansons où se croisent français, espagnol mais aussi  italien.

Parce que l’Argentine et l’Italie se ressemblent, Biolay n’hésite pas à invoquer aussi la musique d’Ennio Morricone par moment. Par éclat. Je me rappelle que mon ex amoureux disait qu’un Argentin, c’est un Français qui parle espagnol et qui se comporte comme un Italien.  Palermo Hollywood, c’est tout à fait ça. Typiquement argentin. La nonchalance, la chaleur et l’élégance mélangées. Le tout saupoudré d’une mélancolie. Superbe mélancolie.

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