Palatine : « Une belle chanson marche souvent seule à la guitare »

INTERVIEW – C’est par hasard qu’on a découvert Palatine. Une fin de soirée à la Maroquinerie pour les Inouïs du Printemps de Bourges. Coup de cœur immédiat et rationnel pour ces quatre musiciens, et leur nouveau groupe. On a eu envie d’en savoir un peu plus sur eux et sur ce 1er EP qu’ils préparent depuis quelques temps. Rencontre parisienne avec Vincent, au chant, composition et guitare, un midi en terrasse.

Rocknfool : Est-ce que tu peux nous faire la genèse de Palatine ? Car je n’ai pas trouvé beaucoup d’infos sur vous…
Vincent : Il y a un pré-début. J’avais un autre groupe avant Palatine, qui s’appelait Horla Patrie, un groupe folk-chanson française, avec Adrien le contrebassiste. On se connaissait donc déjà, on avait trois ans de jeu ensemble, de concerts, notamment Les Vieilles Charrues… C’est un groupe qui est resté confidentiel. On s’est séparé en perte et fracas… Puis pendant un an j’ai écrit des chansons. La copine de JB, le guitariste, était la tourneuse d’Emily Loizeau, pour laquelle on avait fait la première partie. Elle a parlé de nous à JB qui a beaucoup accroché et qui nous a envoyé un message type j’aime beaucoup ce que vous faites, on fait un truc ensemble ?, comme tu peux le faire parfois, sans jamais avoir de réponse souvent. Je ne sais pas pourquoi, mais cette-fois ci je lui ai répondu que ce qu’il faisait avec son groupe était cool, je suis allé le voir en concert et j’ai beaucoup aimé. On est resté en contact.

Palatine - Festival Chorus 2016
Palatine (de g. à dr. : Jean-Baptiste, Vincent, Toma, Adrien) – Festival Chorus 2016

Son groupe a éclaté pas longtemps après. On s’est retrouvé au concert de Mark Berube qui jouait au Festival Aurores Montréal. J’avais fait une maquette avec un garage band de « Bâton rouge » sur mon téléphone, je lui ai fait écouter, et on a commencé comme ça à jouer tous les deux. On a bossé les chansons. Après j’ai rappelé Adrien, parce que j’aime l’avoir lui avec sa contrebasse, on est super copains. Je voulais l’avoir avec nous, et il était d’accord. Donc là on était déjà trois. On s’est vite dit qu’on avait besoin d’un batteur. Moi je ne viens pas de la musique à la base, mais JB oui, et il a envoyé nos maquettes dans toutes les directions. Toma a répondu et ça a cliqué hyper vite après quelques répètes, c’était très naturel avec une super bonne entente. On a eu de la chance à ce niveau là, c’est très simple entre nous.

C’est marrant cette histoire de mail !
Oui en fait il me l’a envoyé après m’avoir vu à un concert à l’Olympia. Il m’avait reconnu et m’avait envoyé un petit mail je n’ai pas osé venir te parler, et je m’étais dit oh il est mignon (rires). C’était assez drôle ! C’est une vraie amitié très rapide, ça arrive assez rarement finalement, de rencontrer quelqu’un et de devenir très amis sur le plan personnel et artistique… Avec Toma c’est pareil, on n’a pas besoin de lui expliquer 3000 ans ce qu’il doit faire… Le groupe n’est pas vraiment démocratique dans la création, mais il n’y a pas de longues discussions, on est tous les quatre sur la même longueur d’ondes.

Le groupe n’est pas démocratique dans la création, mais nous sommes tous les quatre sur la même longueur d’ondes.

Tu leur avais présenté un peu ce que tu voulais faire ?
J’avais juste fait cette maquette de « Bâton Rouge ». Puis quand on a été trois on a fait d’autres maquettes plus avancées, chez moi, avant que Toma ne se joigne à nous. Pour le coup, Toma c’est un vrai baroudeur de la musique, intermittent du spectacle à 16 ans, c’est le fils d’un harmoniciste de blues très connu… Il a grandi dans le monde de la musique donc des projets il en avait des tas. Mais il n’avait pas de projet vraiment à lui. Il a fallu l’amadouer pour qu’il vienne, et ça a marché !

Vous avez commencé votre carrière de groupe en misant tout sur le live, par les concerts, et par l’enregistrement de trois titres au Studio Pigalle, postés sur YouTube. Pourquoi ce choix ?
Je pense que c’est par expérience, car un EP permet de tourner si tu as déjà une équipe autour de toi, ou un camion à disposition, et du temps. Moi je ne pouvais pas car j’ai un boulot à côté, je travaille dans le cinéma et le dessin-animé. L’idée la moins chère, et la plus rapide, était d’enregistrer un live en une journée pour présenter ce qu’on faisait rapidement, et montrer tout de suite qu’on pouvait jouer live, pour qu’il n’y ait pas j’aime bien ce que vous faites, j’ai envie de vous voir en live pour vous faire jouer. L’idée c’était d’être efficace sur la communication.

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Une sorte de raccourci ?
C’est ça. Ça prend beaucoup de temps de faire un EP, des pré-prods, ça coûte beaucoup d’argent… Une fois que les chansons sont écrites et enregistrées, tu peux refaire des versions mais moi ça ne m’intéresse pas… Vu qu’on ne se connaissait pas encore trop musicalement – on l’a fait trois mois après être à quatre -, on s’est dit que ça nous permettait de sortir quelque chose sans trop délimiter notre son, et ce que l’on avait envie de faire en ayant encore le temps de travailler après. Se laisser le temps en ayant quelque chose à proposer, c’était ça l’idée.

C’est marrant comme approche…
Quand t’as pas de sous, tu trouves des solutions (rires).

On n’avait pas envie de faire la tournée des bars de Paris (…) Jouer à côté des toilettes on l’a tous fait !

C’est plutôt logique !
On voulait se laisser le temps de se connaître, car au bout de trois mois tu n’es pas un groupe. On avait quand même envie de faire des concerts, mais on n’avait pas envie de faire la tournée des bars de Paris parce qu’on l’a déjà fait avec nos autres groupes. Jouer à côté des toilettes on l’a tous fait (sourire). On avait déjà des compositions, on voulait que ça soit un peu plus qualitatif que les scènes, sans se mettre la pression de l’enregistrement studio d’un EP.

Vous avez fait les premières parties de Feu! Chatterton et de Radio Elvis notamment, qui sont dans la même « veine » musicale. Est-ce que ça aide pour commencer à se constituer un public spécifique ?
Quelque part ce n’est pas toi qui choisit ton public, mais nous on sait qu’on est dans la même veine, dans la même famille que Feu! Chatterton ou Radio Elvis, puisque c’est des copains qu’on connaît d’avant. Qu’ils nous proposent de faire leurs premières parties, ça nous aide à mort ! À chaque fois on récupère une moisson de gens sur la mailing-list ou sur page Facebook, qui sont motivés et à qui notre musique correspond. On rejoue avec Feu! Chatterton dans deux mois à Béthune. J’adore la province, on l’a encore très peu fait. On s’est fait cet hiver une mini-tournée à Annecy, Chambéry et Locarno en Suisse et c’était super !

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Adrien a dit dans une interview que faire venir un public c’est facile, mais le faire rester c’est plus dur. C’est quelque chose auquel vous avez pensé quand vous avez composé ?
Ah non justement ! La difficulté vient du fait que tu ne peux pas contrôler les gens qui restent. Tu peux être la sensation de la semaine assez facilement, il y a souvent des groupes dont tu vois la tête pendant 2-3 mois, puis tu n’en entends plus parler. Des chansons qui marchent c’est assez facile, mais des chansons qui touchent les gens, et pas simplement en surface, c’est plus difficile à contrôler. Il faut être sincère. Mais tu ne pourras pas savoir si ça va marcher, si l’histoire que tu vas raconter va parler aux gens qui l’écoutent. Je pense que c’est ça qu’Adrien a voulu dire.

Forcément il faut que je te demande de me parler de votre 1er EP, comment vous avez travaillé etc. etc. ?
On est partis hors de Paris pour une petite période au Studio Kerwax, en Bretagne. C’est aussi pour cela qu’on ne voulait pas le faire trop rapidement, on voulait trouver un endroit pour se couper du monde. C’est dans un ancien pensionnat dans un petit village, digne d’un film d’horreur : des grandes pièces, des longs couloirs, des dortoirs plein de poussières et tout. On est allés là-bas en janvier, on est partis sur 6 titres, et on a enregistré ça en 5 jours. C’est un studio qui enregistre sur bandes vintages, c’est vraiment du son chaleureux et chaud. Rover et Lou Doillon ont enregistré là-bas. Après on a mis un peu de temps pour trouver le bon mixeur, on a rebossé certains titres qui après coup manquaient un peu d’épaisseur. Là notre EP est en pressage et on va le sortir le mois prochain avec « Bâton rouge » en single dans trois semaines, avec le clip que je suis en train de faire à la maison. On en est vraiment super contents et on a hâte de le sortir !

Ça nous a mis un peu de temps finalement entre le moment où on l’a fait et la sortie, mais on a un petit peu remanié les choses tout en continuant d’apprendre et rechercher ce qu’on voulait faire comme son. Là c’est fini, on n’y touche plus, on l’écoute, on est contents, on est vraiment fiers de ces 6 titres. On a quand même déjà sorti 3 chansons, on peut les redécouvrir d’une certaine façon version studio, mais on n’allait pas les ressortir toutes seules en EP alors qu’on les connaît. C’est pour cela qu’il y a 3 autres titres avec, qui sont nouveaux et qu’on a déjà tous joués sur scène.

Est-ce que vous aviez une ligne directrice à suivre pour cet EP ?
On n’avait pas de ligne particulière, c’étaient les chansons qui nous semblaient les plus abouties. Nos chansons sont assez simples finalement, il n’y a pas de travail de production énorme à faire derrière, car on a enregistré pratiquement en conditions live. On joue la chanson, on l’enregistre, on l’écoute : si on trouve qu’elle sonne bien, qu’elle a une bonne épaisseur et qu’elle se tient bien comme elle sonne en live, alors il suffit de l’enregistrer telle quelle. Si ça marche en live, ça marche sur le disque.

Ce n’est pas dur d’écrire en français puisqu’on est Français (…) ça demande juste un peu plus de travail à faire sonner.

Tu chantes « Bâton rouge » en français et en anglais. Comment ça se passe pour le choix de la langue dans l’écriture des chansons ?
J’écris indifféremment dans ces deux langues : pour moi le chant vient par rapport à la sonorité de la langue, c’est plus le contenant que le contenu. Même si je fais attention au contenu. Je ne trouve pas ça plus facile d’écrire en anglais qu’en français. Disons que c’est plus difficile de bien faire sonner en français. Ce n’est pas dur d’écrire en français puisqu’on est Français. L’anglais sonne naturellement bien. Avec le style de musique de Palatine, si je chante en français, ça va tirer un peu plus vers la chansons française forcément, alors que si je chante en anglais, on va plus être dans une catégorie de folk americana. J’essaye souvent de chercher à mettre une impression sur la chanson plutôt qu’une histoire détaillée. La langue influe sur le ressenti que tu as de la chanson. « Bâton rouge » parle d’une ville aux États-Unis, c’était donc une manière d’imposer le côté américain du sud, le cajun…

Ok, donc tu n’as pas de préférence, la langue fonctionne avec l’ambiance.
Oui c’est ça, c’est vraiment comme le sens et c’est ça l’idée : ne pas s’imposer de choses. Celui qui dit je chante en anglais parce que ça sonne mieux que le français ce n’est pas vrai, le français sonne bien, ça demande juste un peu plus de travail à faire sonner. C’est souvent par paresse. Ça m’arrive d’écrire des chansons en anglais par paresse, car je n’ai pas envie de m’atteler à l’écriture en français…

La maxime de Palatine c’est : « ne rien s’imposer ».
(rires) Oui c’est ça ! Avec entre parenthèse « ou le moins possible ! ».

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Votre musique est très aérienne, très lyrique, notamment avec la contrebasse jouée comme un violoncelle et la batterie qui est plus percussion que batterie… Comment tu décrirais le son de Palatine à un sourd, avec les émotions… ?
(réfléchit) C’est quand même dans l’idée de la pulsation, j’y pense car c’est quelque chose qui revient dans notre clip : je synchronise un battement de cœur sur « Bâton rouge » en ce moment… Les chansons sont très accidentées, comme des vagues et des pulsations, des monts et vallées… Je ne saurai pas le dire en langue des signes par contre…

Vous êtes proches d’un groupe acoustique, est-ce que ça serait une évolution logique pour vous de passer à l’électrique par la suite ?
Là on joue pas mal avec des guitares électriques… mais j’aime l’idée qu’une chanson marche en acoustique et en électrique. Quand on est sur scène, à 4, on a tendance à s’électrifier pour sentir un peu de nervosité. Il y a de nouveaux titres qu’on a travaillés cet été qui sont un peu plus poilus, mais ils marchent aussi très bien avec des guitares folk sans aucune distorsion ou amplification. C’est ce qu’on a fait un soir à Kerwax : on a joué notre setlist en acoustique, sans rien brancher, et les chansons sonnaient. Et c’est ça qui est important car si tu peux les jouer sans rien, tu peux mettre des amplis et quelques effets et ça marche. Ce qu’on aime bien c’est que la chanson puisse marcher avec n’importe quels effets, que je puisse la jouer seul à la guitare ou à 4 avec des amplis, sans perdre l’important. Une belle chanson marche souvent toute seule à la guitare. S’il faut des effets, des machins, c’est que ça devient un peu cosmétique…

Tu bosses dans l’animation, et en regardant tes dessins, ça m’a vachement fait penser à Bastien Vivès, Jérémie Moreau… qui sont des auteurs de bande-dessinée. Vous avez tous des dessins très fins…
C’est Gobelins on va dire ! C’est la même famille de gens plutôt. On était tous ensemble dans le même bassin, on s’inspire forcément les uns les autres. Mais c’est bien vu !

palatine

 

Les chansons parlent souvent des relations entre homme et femme (…) Comme beaucoup avant moi, et beaucoup après moi…

Ce sont beaucoup de personnages féminins pour illustrer la musique de Palatine d’ailleurs… Pourquoi ?
Déjà personnellement je préfère dessiner des femmes que des hommes. Ensuite les chansons parlent souvent des rapports relationnels entre homme et femme, comme beaucoup de gens tu me diras. Comme beaucoup avant moi, et beaucoup après moi… Du coup je dessine souvent le personnage que je chante, comme je peux me l’imaginer sur une chanson. Là, la femme aux cheveux rouges c’était surtout le regard jaune pour parler de la femme de « Bâton rouge ». Dans le clip elle n’est pas pareil, elle est un peu plus morte (rires). La figure féminine est importante, c’est le nom du groupe ! Toutes les chansons parlent d’une femme, ou d’un homme, de leur relation, l’un ou l’autre prend le dessus, ça se passe plus ou moins bien…

Donc ton travail sur le clip, ça t’a semblé logique de le faire toi-même ?
C’est l’idée de Palatine : d’avoir un groupe de musique, d’écrire des chansons, de les chanter, de faire les illustrations et de les animer sur des clips. Pour moi c’est un tout. C’est un peu le projet de vie que je me souhaite avec Palatine si tant est que ça marche. Là je le fais avec les intermittences, mais après j’aimerais bien pouvoir en vivre, dans le sens où je pourrais me payer moi-même pour faire mes clips, et ainsi de suite. Un cercle vertueux de création musical et graphique !

Tu veux continuer à faire musique et animation ?
Ouais, c’est là où je me sens bien. Là je travaille juste à Illumination : c’est une grosse boîte donc tu es un maillon dans la chaîne. J’adore le métier d’animateur, je le fais depuis 10 ans, je suis senior, c’est hyper intéressant… mais tu travailles sur un projet qui n’est pas le tien, tu ne cautionnes pas forcément toutes les blagues que tu fais (sourire)… Mais pour Palatine j’aime bien créer l’objet au complet.

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La résidence à l’EMB Sannois, les tremplins auxquels vous avez participé, le premier clip, le premier EP, le tourneur… C’est un peu votre année ?!
L’année prochaine sera notre année. Un an plus tard, on est arrivé à peu près où on voulait par rapport au petit plan qu’on s’était fixé au moment où on a enregistré notre premier live. C’est à dire avoir un EP enregistré et un tourneur. Maintenant à partir de là, on a tout pour faire rouler la balle ! On a les attachés de presse, on va sortir l’EP, essayer de faire parler le plus possible de nous, faire monter le truc quoi ! Y’a plus qu’à… On espère que ça va prendre, après voilà, si ça ne le fait pas, on aura essayé. Moi j’aurais fait un clip déjà, donc je suis content (sourire).

Ça te prend vachement de temps non ?
J’ai commencé le 1er août, j’ai pratiquement bossé tous les jours. J’étais à la campagne du coup pour ne pas être appelé à sortir ou à faire des bêtises. Je me levais à 6h du matin avec le soleil, mais je ne bossais pas le soir. Et là depuis le mois de septembre je commence à bosser tard le soir, je commence à être un peu fatigué. En plus dès que tu es à Paris tu commences à être sollicité, on envoie les impressions du disque, les réunions… Il y a des strates de bordel sur mon bureau, autour de mon ordinateur, des tasses à café… mais j’aime bien ça !

► Palatine (EP), sortie digitale 28/10. En concert le 12 octobre au MaMA Festival.

Merci à Vincent !

Propos recueillis par Emma Shindo.

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