Leonard Cohen : “You Want it Darker”, le magnifique spleen d’un bluesman

CHRONIQUE – À 82 ans, Leonard Cohen a sorti son quatorzième album, “You Want It Darker”, un album crépusculaire teinté d’une divine mélancolie. Le testament d’un poète ? 
Ne pas oublier les anciens. Pas encore. Alors qu’on parle non stop de Bob Dylan et de son controversé prix Nobel de littérature, son grand ami, Leonard Cohen, 82 ans, a sorti You Want it Darker, ce vendredi 21 octobre. Un album de neuf titres, à l’ambiance crépusculaire, produit par son fils, Adam. Sans doute son dernier album. On ne l’espère pas, mais lui-même semble annoncer qu’il est prêt à partir. Il le répète d’interview en interview : il n’a pas peur de la mort, il l’attend même et dans ses chansons d’une poésie qui ne sort uniquement que de la plume de cet homme-là, il susurre de cette voix nicotinée, qu’il “quitte la table”, qu’il est “hors-jeu”. Il s’adresse directement à Dieu, s’il existe, en lui signifiant “je suis prêt”. Pas nous. Pas moi.

Divine mélancolie

Est-ce donc là un album testamentaire ? Un chant du cygne ? Une façon de laisser une dernière trace avant de partir, à la manière de David Bowie et son Blackstar. Difficile à dire. Il dit que parfois, il a tendance à dramatiser. Contrairement à Bowie, Cohen est loquace. Il parle beaucoup et il le dit lui-même, il peut exagérer.  De toute manière, il a l’intention de vivre éternellement. Ça on le sait. Bien sûr qu’il vivra éternellement, il nous a laissé quatorze albums. Certes inégaux et un seul aurait suffi pour faire vivre sa mémoire pour toujours.

Ce qu’on sait en tout cas, c’est que la mort et la religion sont deux thèmes qui reviennent assez souvent dans la discographie du père Cohen. You Want it Darker ne traite que de ça. Toutes les chansons sont baignées dans la spiritualité. Il parle de tentation, du diable et de péché, de mort et d’éternité. De repentance. Un album teinté d’une divine mélancolie, d’une obscurité éblouissante,  d’une élégance morbide étrange. Cet album, il le voulait très orchestré. C’est le contraire. Les ballades ne sont composées que de mélodies simples où les instrumentations légères entourent sans jamais étouffer la voix d’outre-tombe du poète canadien. Le dosage est parfait.

Enregistré à Montréal avec la chorale de la synagogue Shaar Hashomayim, ce quatorzième album s’habille de langueur et de sobriété. Elle raconte le spleen d’un bluesman fatigué et pas très pessimiste sur l’avenir, pas que le sien mais notre avenir à tous. L’amour est parti et la fin du chemin n’est sans doute pas très loin, mais elle sera belle, pour lui. Si c’est vraiment le dernier ? Si Leonard Cohen “quitte la table” et part sur You Want It Darker, (ce que l’on n’espère vraiment mais alors vraiment pas), il partira en laissant derrière lui un ultime bijou.

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