Bombino, concert brûlant à l’espace Django Reinhardt de Strasbourg

ON Y ÉTAIT – Bombino à Strasbourg, ça ne se manquait pas. Celui qu’on surnomme le Jimi Hendrix du Niger posait ses guitares pour une soirée exceptionnelle à l’espace Django Reinhardt. C’était grand, c’était beau, c’était chaud. Comme le désert.

L’après-midi, il me confiait en interview qu’il adorait la scène, mais que les concerts dépendaient beaucoup du public. Je croisais les doigts pour que la soirée se passe bien. Entre Bombino et le public strasbourgeois, la magie a en fait opéré instantanément.

Omara Moctar, alias Bombino, débarque avec ses trois musiciens en habit traditionnel. Le garçon, touareg, est de nature discrète, peu bavarde. Il fait le tour du monde grâce à sa musique mais met un point d’honneur à emmener ses origines partout avec lui. Assis sur sa chaise, il prend sa guitare sèche et c’est avec trois titres plutôt acoustiques que le concert commence. Les rythmes berbères envahissent la salle et le public irradie. Le ton est donné : le concert va être chaleureux et plein de sourires.

Électrique, intense et sans frontière

J’avais décidé ce soir de m’en tenir à la consigne des trois premiers titres pour prendre des photos. Il a fallu tricher un peu (chuuut !) pour immortaliser cette belle guitare dont Bombino prend ensuite possession en se levant. Violette sur son habit vert eau, le contraste est magnifique. Mais l’électricité monte, le concert gagne en intensité. Et je range très vite mon appareil.

Parce qu’un concert de Bombino, sois en sûr, se vit sans entrave, les oreilles grandes ouvertes, et les mains libres. À chaque titre, c’est une vague de chaleur qui nous parvient. Dia y est pour beaucoup avec sa basse incontournable (qu’il joue avec cordes phosphorescentes et gants noirs), mais c’est bien le duo de guitares qui fait de la musique de Bombino ce qu’elle est aujourd’hui : inclassable, immanquable et inoubliable. Que tu connaisses ou non le désert, quelques accords de Bombino suffisent à te projeter à des milliers de kilomètres, sous un soleil brûlant et avec un horizon sableux à perte de vue. Cette impression d’espace, de non limite, de « tout est possible » a trouvé sa place dans cette salle Django Reinhardt.

Bombino : un groupe au sens aigu du partage

Et tout est possible quand les meilleurs titres du groupe s’étirent dans des moments instrumentaux complètement fous : le public tout entier tape des mains, danse, crie en chœur, et sue à grosses gouttes. Omara et Dia se lancent dans des chorégraphies improvisées. Le public est invité à chanter et ne se fait pas prier une seconde. Le temps s’arrête pendant « Timtar », « Amidinine » ou « Imuhar »… qui se transforment en vrais moments de transe entre le public et le groupe, qui communient de la manière la plus heureuse possible.

Bonheur, liberté, et sens aigu du partage, voilà le secret de Bombino. Une chanson dédiée à leur ami décédé, une autre pour expliquer à quel point il est important de reconnaître la langue des touaregs, des intermèdes pour dire leur bonheur d’être en France, de parler français, de tourner en Europe… Bombino et ses musiciens ont le don d’aborder les sujets de fond avec la grâce des sages, ceux qui savent. Mais au-delà des mots, toujours, la musique.

Le concert, qui avait pris du retard, semble ne jamais vouloir finir, tant le public en redemande. Le rappel ne se fera pas attendre trop longtemps, et lui aussi, durera. Car le groupe semble avoir la même envie que nous : ne pas se quitter. Après les solos de chacun (dont celui à la Whiplash du batteur), il faudra pourtant bien clore cette soirée. « Dans la nuit, on voit tout le monde sourire. C’est beau. », dira Bombino en nous regardant. Oui, c’était BEAU.

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Photos : Morgane Milesi

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