Fai Baba : « On ne court pas après un objectif marketing »

INTERVIEW – Ils ont sorti un album dingue, Sad & Horny, il y a un presqu’un an. Au milieu d’une tournée européenne marathon, on a fait le point avec Fai Baba.

Fai Baba et Rocknfool, c’est une histoire en décalé. On reçoit l’album, on l’adore, mais on le chronique beaucoup plus tard. On n’arrive pas à caser une interview à Paris. On n’est pas là quand ils y jouent en début d’année. Bref, on court après le temps. On s’est enfin rencontré à Strasbourg, à quelques heures de leur concert du soir. Ils parcourent toutes les routes d’Europe, du Royaume-Uni à la Bulgarie en passant par l’Espagne, l’Islande bientôt et la France. L’occasion de voir comment Fabian Sigmund et ses compères Domi, Oliver et Rodrigo, évoluent après un 5e album qui fait beaucoup, beaucoup parler de lui.

ROCKNFOOL – Comment se déroule la tournée jusqu’à présent ? Pas trop fatigués ?
Fabian Sigmund – C’est génial. On est un peu fatigué, physiquement. C’est une longue tournée, avec beaucoup de route et pas beaucoup de jours off. On avait fait des petites tournées avant, pas mal de festivals. Celle-ci est plus dense.

Ça fait presqu’un an que Sad & Horny est sorti et que vous tournez ensemble, tous les quatre. Fai Baba, c’est donc vous quatre maintenant ?
Fabian Sigmund – Avant que je commence à jouer avec ces mecs, je tournais avec d’autres musiciens et c’était aussi Fai Baba, tu vois. Mais ce groupe a vraiment grandi, et on continue à grandir ensemble. On fait beaucoup d’ajustements, surtout depuis qu’on tourne tous les soirs. Après, tu as quelques jours off, chacun part de son côté, on se retrouve sur scène et hop, les choses changent encore. Dans cette constellation, chacun a la même place, la même importance. Ce n’est pas moi sous les spotlights, on est un groupe, même plutôt un gang !

« C’était tellement évident avec Fai Baba »

À la base de Sad & Horny, il y a la rencontre entre vous et Domi. Comment ça s’est passé ?
Fabian Sigmund – On vit tous les deux à Zurich, on s’est rencontré là-bas. Domi jouait dans différents projets.
Domi Chansorn – Je les ai tous quittés. Enfin j’ai arrêté beaucoup de choses, ça n’aurait plus été possible de toute façon. C’était tellement évident avec Fai Baba. Le moment était venu que je commence à me concentrer et que je construise quelque chose. C’est ce qu’on fait maintenant, et c’est vraiment cool.

Comment s’est construit cet album ? À deux ? J’ai lu que ça avait commencé comme un projet pour une bande-son de film.
Fabian Sigmund – J’ai commencé à enregistrer en 2015, je l’avais quasiment fini mais je ne l’ai pas sorti. On a ensuite commencé à jouer ensemble avec Domi pendant presqu’un an, en tant que duo. J’avais arrêté de jouer avec mon groupe précédent. Alors on est allé en studio à deux, on a enregistré six autres chansons ensemble.
Oliver Zurkirchen – C’est à ce moment-là que nous on est aussi arrivés.
Fabian Sigmund – Exactement, on a commencé à jouer tous ensemble, et c’était le début de ce groupe.

C’est aussi le début du succès hors de la Suisse, avec le 5e album. Comment vous expliquez que ça ne soit pas venu avant ?
Fabian Sigmund – Je crois que cet album est plus… plus… accessible pour un large public.

À cause du songwriting qui s’efface un peu derrière la musique ?
Fabian Sigmund – Non, plutôt à cause de la production. Les autres albums avant étaient plus lo-fi, avec beaucoup d’enregistrements maison.

« On s’est rencontré au bon moment. »

Pas tant que ça pour The Savage Dreamer, le 4e album !
Fabian Sigmund – Oui, pas faux.
Domi Chansorn – Oui, la production était bonne aussi.
Fabian Sigmund – Mais je crois que Sad & Horny est vraiment un bon disque, super bien produit grâce à Domi !

Donc Domi est la raison du succès de Fai Baba ?
Domi Chansorn – (rires) On s’est rencontré au bon moment je crois. Fabian avait besoin de changements, on a commencé à jouer ensemble et tout marchait de façon si naturelle ! C’était une combinaison magique en quelque sorte ! Même vision, même avis sur l’esthétique… C’était génial, naturel, fluide.
Fabian Sigmund – Il y avait une bonne énergie qui en découlait, et c’est aussi la partie « horny » de l’album.

À propros de l’esthétique, elle est très psychédélique sur cet album, et en même temps on sent beaucoup de jazz, de blues, de rock, de pop sur ce disque. On se croirait en Californie dans les années 70’s. Comment tu l’expliques ? Est-ce qu’il s’agit juste de fantasme sur cette période ?
Fabian Sigmund – C’est à cause des films ! Et on a regardé pleins de documentaires YouTube sur ces années (rires).
Domi Chansorn – Je crois que les pouvoirs du LCD n’ont juste pas changé pendant ces 40 ans ! (rires) À cette époque, les gens qui créaient de la musique le faisait avec une sorte d’utopie. Les musiciens qui écrivaient le faisaient parce qu’ils devaient le faire, ils le sentaient. On célèbre une musique honnête, que les gens écrivaient parce qu’ils en ressentaient le besoin. Beaucoup de notre musique a été écrite comme ça.
Fabian Sigmund – Et l’esthétique due aux instruments, à l’enregistrement, ça n’a pas changé tant que ça.

Alors Zurich est un peu le nouveau Los Angeles, ou le nouveau San Francisco ?
Fabian Sigmund – Non ! Pas du tout !

Vous avez d’autres bons groupes là-bas ou était-ce un lieu à quitter absolument ?
Domi Chansorn – En fait, on ne s’est pas trop posé cette question, parce qu’on a répété qu’une seule fois et après, on a tout de suite commencer à jouer live ! On ne répète pas. La façon dont on joue est inscrite dans le moment. On connaît les chansons, c’est notre base. Et on joue à partir de ça tous les soirs. Tu ne peux pas répéter ça.

Donc tous les concerts sont différents.
Domi Chansorn – Tous les concerts sont TOTALEMENT différents, oui !

Fai Baba, une question de feeling

Est-ce que vous dépendez beaucoup du public en concert, de l’ambiance ?
Oliver Zurkirchen – C’est toujours une histoire de donner et de recevoir, et jouer avec le public.
Domi Chansorn – Et ça ne dépend pas du nombre, parce qu’il peut y avoir 7 personnes qui rendent le live fou, mais aussi 50 qui vont être très coincées… En tout cas, peu importe, on donne toujours le meilleur de nous-mêmes.
Oliver Zurkirchen – On s’adapte aussi en direct. On joue plus entre nous si on sent que l’audience est étrange.

Mais vous n’avez pas de setlist alors ?
Domi Chansorn – On en a différentes, en fonction de la soirée. Et de l’acoustique du lieu aussi, c’est très important. Mais ça peut aussi changer au fur et à mesure.
Fabian Sigmund – Et ça dépend bien sûr du temps de jeu dont on dispose.
Oliver Zurkirchen – Parfois, l’un de nous dit « non, ne jouons pas celle-là, passons à la suivante. »

Alors la suite, c’est Paris et l’enregistrement de l’Album de La Semaine. C’est une super émission musicale, probablement la meilleure à la télévision française.
Fabian Sigmund – Ce serait quoi l’équivalent suisse ? Benissimo ? (rire général) (émission de loterie à la télé suisse,ndlr).

Vous n’avez vraiment pas d’émission de ce type ?
Fabian Sigmund – Non, cette culture n’existe pas en Suisse, c’est assez triste.
Oliver Zurkirchen – En Suisse, la musique reste vraiment underground.
Domi Chansorn – La radio la plus hype est horrible !

« On n’a pas vraiment de stratégie »

Vous allez ensuite continuer la tournée, avec le Iceland Airwaves Festival, et après ? Quelle est la prochaine étape ?
Fabian Sigmund – La retraite ? (rire général). On ne veut pas vraiment se presser en fait. On ne veut pas se lancer dans l’idée de la sortie d’un nouvel album, à un moment spécifique.

Pourtant vous avez sorti 5 albums en 7 ans…
Fabian Sigmund – Oui mais tu sais, c’était à chaque fois un processus très naturel. Tu peux aller en studio et enregistrer un album en un jour, ça dépend juste de ce que tu veux faire. Les gens avec qui on travaille n’ont pas la capacité de sortir un album tous les ans, et ce n’est pas non plus mon intention. Je pense qu’après cette tournée, on va voyager un peu et y allez doucement. Mon rêve, c’est de m’éloigner quelque part et d’enregistrer ensemble. Disparaître un peu de la surface et commencer à créer. On a une liberté totale de faire ce qu’on veut, personne ne nous presse.
Domi Chansorn – Et puis on verra aussi ce qu’il va se passer pour nous après la tournée. On aura sûrement de nouveaux projets. Comme tu l’as dit, il y a le Iceland Airwaves Festival et tellement d’autres dates, on va rencontrer des gens, des marchés vont peut-être s’ouvrir. On n’a pas vraiment de stratégie.

Les deux vidéos que vous avez faites sont assez drôles, surtout celle avec les chats et les arcs-en-ciel.
Domi Chansorn – C’est le même réalisateur pour « Can’t Stop Loving You » et « Nobody But You ». C’est un ami, il est aussi musicien.
Fabian Sigmund – Il a filmé avec sa go-pro. Il a édité la vidéo, il était libre de faire ce qu’il voulait. Ce n’était pas notre plan de mettre des chats tu sais. (rire des autres).

Éclectisme et liberté

On est dans une période où l’image des groupes compte beaucoup (trop, malheureusement), où beaucoup construisent des visuels spécifiques… Donc je me demandais si ça faisait un peu partie de l’idée, de dire « nous, on s’en fout » à coup de tête de chatons.
Oliver Zukirchen – Le truc à propos de nous, c’est qu’on fait ce qui nous vient sur le moment, sur scène comme ailleurs. On ne court pas après un objectif marketing, ou une image particulière. Chacun d’entre nous est si différent.
Rodrigo Aravena – Tu vois, par exemple, on ne parle jamais de ce qu’on va porter sur scène.
Domi Chansorn – Si, on le fait ! Mais c’est plus dans le sens « Hey mec, regarde ce que je vais porter ce soir ! »
Oliver Zukirchen – Il y a juste eu cette fois où quelqu’un de proche du groupe a dit « Tu es sûr que tu veux porter ça ? »
Fabian Sigmund – « Tu ne veux donc pas faire bonne impression ? »
Oliver Zukirchen – Oui, c’était exactement ça ! C’est quand Domi a joué en slip ! (rires)

Ah oui ! Audacieux ! (rires)
Domi Chansorn – Il faisait tellement chaud !!

Pour finir, on peut se faire une petite playlist de 5 chansons que vous écoutez ?
Fabian Sigmund – J’en ai une bonne, le groupe s’appelle Trio Ternura et la chanson « A Gira ». C’est du funk disco latin des années 1970.
Oliver Zukirchen – Je vais donner la chanson turque ! Özdemir Erdoğan – « Gurbet ». De la musique turque psychédélique des années 1970 aussi, c’est complètement dingue ! (fredonne)
Domi Chansorn – Ma chanson, ce sera « Rain from the sky » de Delroy Wilson.
Fabian Sigmund – « Tears Of Rage », par The Band aussi.
Rodrigo Aravena – Puisqu’on est en France, ma compositrice française préférée, Lili Boulanger. Et la chanson c’est « Vieille prière bouddhique ».

Un grand merci à Fai Baba, à Molko et Marie Britsch pour cette rencontre.
Interview réalisée à La Laiterie (Strasbourg) par Morgane Milesi.

► En tournée partout en Europe, dont le 17 novembre au Point Éphémère, et sur Canal + le 11 novembre dans l’Album de La Semaine

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