William Z. Villain et Bror Gunnar Jansson, le feu et la glace du blues à Strasbourg

LIVE REPORT – Retrouvailles avec nos chouchous blues actuels. L’un vient du Wisconsin, l’autre de Göteborg, mais les deux se sont joyeusement retrouvés à Strasbourg.

Une heure complète de concert avec William Z. Villain, c’est une heure de surprises, une heure d’étonnement, une heure de rires contenus. Je n’ose imaginer le sentiment qu’a laissé ce concert dans l’esprit de ceux qui le découvraient ce soir. Le garçon, chemise-cravate-costume-cheveux peignés-raie sur le côté, donne le ton immédiatement en plaisantant en français sur ses méthodes : pédale loop et besoin d’enregistrer ses différents instruments sont présentés comme des micro-chansons, avant d’enfin entamer les choses sérieuses. « Spike My Brain », « EF-TA », « Tippy Tippy Top » prouvent d’emblée la palette de sons et d’idées dont est capable William Z. Villain. Des idées qui courent au bout de ses doigts et le long de ses 8 cordes aussi vite que dans son esprit.

Le concert insaisissable

À plusieurs reprises, il se lèvera et ira chanter dans le public. À plusieurs reprises, il remontera sur scène en s’y roulant. Il y saute, y fait quelques étirements, y boit son vin et sa mixture, pose son carnet et prend pleine possession de la salle qui ne comprend pas vraiment d’où vient cet énergumène ni où il va. Mais malgré cela, le public le suit, même lorsqu’il décide de chanter « Home » : « celle-là, elle n’est pas pour vous, elle est pour moi. » Le public finira conquis en fredonnant, riant aux éclats et séduit par cette voix tout à fait incroyable qui perce l’air de rien. Mon voisin dira « il y a du reggae dans cette chanson », en parlant d' »Anybody Gonna Move ». Du reggae chez un blues man ? C’est là toute la complexité de William Z. Villain. Chansons et personnage, impossible de les ranger dans une case. Sauf peut-être celle de la liberté musicale, feu follet insaisissable qui navigue entre folie furieuse et étonnante beauté.

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Niveau beauté, « Her Song » clôt parfaitement le set, avant que le public ne réclame le retour de l’artiste à corps et à cris. William Z. Villain revient pour une chanson, « parce qu’il faut que je fasse 1h, c’est dans le contrat ». L’heure sera dépassée avec la pleine participation du public, qui voit William Z. Villain quitter la scène pour céder la place à Bror Gunnar Jansson.

Le Suédois n’en est pas à son premier passage à Strasbourg. Je n’en suis pas non plus à mon premier concert du Suédois. Tout au long des quatre sets auxquels j’ai pu assister, j’ai suivi l’évolution de ce dandy qui respire le blues. Si les débuts étaient remplis d’une énergie brute, transformant chaque concert en feu d’artifice, les choses sont devenues bien différentes. Exit l’harmonica, exit le slide. Bror Gunnar Jansson a décidé de ne se concentrer que sur sa guitare et sa batterie. Ses chaussettes, en cela, sont symboliques. L’homme, qui se présentait toujours en chaussettes bariolées, a ce soir joué en chaussettes noires. Sobre, élégant et sombre. Tout comme son concert.

Introspection et intensité

Le chemin suivi est un chemin plus sombre donc, plus introspectif et beaucoup plus intense. La musique envahit chaque parcelle de la salle et résonne grand, bien plus grand qu’auparavant. Pourtant, c’est toujours en one-man-band qu’il officie. Les gens sont plongés et fascinés par ce qu’il se passe sur cette estrade centrale. De « Spiritual » à « The Preacher », il y a presque quelque chose de mystique à voir Bror Gunnar Jansson chanter dans les lumières tamisées de sa voix rauque et profonde. Mais si le public est hypnotisé, il est aussi et surtout en transe. Car quand je m’agenouille pour chercher quelque chose, je découvre la quasi-totalité des personnes en train de taper du pied frénétiquement au sol. Je regretterai l’absence de quelques anciens titres (« William Is Back », notamment) qui, malheureusement, n’entrent plus aussi bien dans les nuances principales du grand dandy à chapeau. Mais j’attends avec grande impatience l’occasion de le voir peut-être un jour entouré de cuivres et d’autres musiciens, pour retrouver la diversité de certains titres de son dernier magnifique album, « The Great Unknown ».

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