Le Musée d’art contemporain de Montréal rend hommage à Leonard Cohen

REPORTAGE – Quand l’art contemporain rend hommage au plus poète des artistes montréalais, cela donne une exposition magnifique dont le héros est Leonard Cohen : « There’s is a crack in everything… »

« Il n’est pas impossible que je verse une larme ».
J’ai préféré prévenir mes deux compères de visite, ce mercredi matin. Il fait froid à Montréal, ce jour-là. C’est aujourd’hui qu’on a décidé de se rendre, dès l’ouverture ou presque, au Musée d’art contemporain. Le MAC pour les intimes. Il s’y tient depuis le mois de novembre une exposition à la mémoire de Léonard Cohen. L’artiste nous a quittés un an plus tôt, en laissant, en guise de cadeau d’adieu, un magnifique dernier album, You Want It Darker. Montréal a Leonard Cohen dans le sang. Il orne d’ailleurs certains de ses murs. Des artistes ont même peint son portrait XXL sur certains immeubles de la ville. Depuis le belvédère du Chalet du Mont-Royal, on peut apercevoir l’une des peintures.

Montréal aime Leonard Cohen

Cela se sent dans l’exposition qui lui est dédiée. Des salles qui se suivent et ne se ressemblent absolument pas. Des ambiances différentes, mais surtout des sensations différentes. Des expériences aussi. Dans l’une d’entre elles, tous les murs sont couverts d’écrans. Ils racontent la vie du troubadour aux milles vies. Diffusent des extraits de concerts. C’est étrange de voir les yeux de Leonard Cohen qui vous fixent de partout alors qu’il chante « Take This Waltz ». Dans une autre, on découvre des bouts d’interviews. Cette fois, c’est lui qui nous parle. Presque directement. L’amour, les femmes, l’alcool, les tournées, les mauvaises et les bonnes rencontres. L’inspiration.

Écouter Leonard Cohen parler, c’est grandir tout d’un coup. Cet homme avec toute sa sagesse et sa bienveillance, vous éduque. Avec ses mots toujours parfaitement choisis, cette voix si calme et posée, il apaise votre âme. Il pourrait vous convaincre que la vie est belle, même si elle ne l’est pas. Il le sait. Il l’a souvent dit dans ses chansons. On l’a souvent taxé de dépressif à cause de ses chansons mélancoliques. D’ailleurs, il y a une salle de dépression dans le MAC. On y rentre seul, on s’allonge dans un lit et on plonge dans les paroles de la magnifique « Famous Blue Raincoat ».

Les oreilles regardent et les yeux touchent. Où bien est-ce le contraire, on ne sait plus, car on est dans le domaine du multidisciplinaire, du visuel et presque de l’extra sensoriel. On regarde des fans reprendre « I’m Your Man » sur des écrans, on peut aussi chanter « Hallelujah », en réalité virtuelle. Si tu oses bien sûr. S’attaquer à ce titre quand l’on n’est pas artiste, c’est presque un péché. On découvre des artistes, qui eux, n’ont pas eu peur de le faire. Comme la petite fée Aurora. Avec brio, élégance et ce respect que seuls les véritables fans connaissent et partagent.

Si vivant, si présent

L’exposition devient presque surnaturelle quand on pénètre dans cette chambre qui reconstitue presque à l’identique le bureau de Leonard Cohen. Il y a son bureau, l’étui de sa guitare, même un paquet de cigarette qui traîne et des bouquins. De la poésie, surtout. Il y a une fenêtre aussi qui donne sur un jardin. Là, un hologramme de l’artiste nous tourne le dos. Il est si vrai qu’on a l’impression d’apercevoir le fantôme du chanteur. Des frissons parcourent le dos et la gorge se serre. C’est à ce moment-là, certainement, qu’on réalise qu’on ne verra plus jamais Leonard Cohen sur une scène. Que l’on ne l’entendra plus jamais chanté « So Long Marianne », « Bird On The Wire ». « Hallelujah ». « Suzanne ». « Anthem ». « Then We Take Berlin » et un paquet d’autres poésies chantées sur des mélodies si belles qu’il est difficile de retenir ses larmes. On sort de l’exposition, étrangement apaisés.

Si on n’est pas fan de Leonard Cohen en rentrant dans le MAC, j’imagine qu’on a une nouvelle image de lui en sortant. Lorsqu’on érige cet artiste au rang d’idole comme c’est mon cas, on ressort les yeux embués, le cœur gros dans la poitrine. Une chose est sûre, on possède tous un nouveau mantra. Un mantra que l’on connaît mais qu’on oublie. C’est cette phrase, cette magnifique phrase qui a donné son nom à l’exposition : « There is a crack in everything that’s how the light gets in ».

« Il y a une fissure en toute chose c’est ainsi qu’entre la lumière ».
So Long, Leonard.

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