Soirée canadienne avec les géants Pierre Lapointe et Elisapie Isaac à la Salle Pleyel

LIVE REPORT – Lundi soir la Salle Pleyel accueillait deux dignes représentants du nord-est canadien : la farouche Elisapie Isaac et le plus drôlement dépressif Pierre Lapointe.

La Salle Pleyel n’était pas loin d’afficher complet lundi soir pour la venue des deux voix les plus intenses du nord-est canadien. L’indomptée Elisapie Isaac ouvrait pour l’éblouissant Pierre Lapointe devant un public sage et attentif. Pouvait-on rêver meilleur programme pour ce début de semaine ?

Elisapie Isaac, le diamant brut

Pour entamer la soirée c’est Elisapie Isaac qui monte sur scène. Entourée d’un batteur et de deux guitaristes, l’artiste venue du Nunavut – province canadienne au nord du Québec – s’accapare la scène baignée d’une lueur rouge sombre. Le public se partage entre ceux qui découvrent l’artiste ce soir et ceux qui l’aiment depuis longtemps déjà.

Quoiqu’il en soit, la salle s’accorde en une écoute attentive et captivée. Sa voix grondante, l’intensité de son interprétation, et l’énergie chamanique de l’orchestration créent une atmosphère d’introspection communicative. C’est avec « Darkness Bring the Light » que le quatuor débute son set d’une quarantaine de minutes. Elisapie raconte en inuktitut, en français ou en anglais l’histoire de ses terres (« Call of the Moose »), des femmes inuites (« Arnaq ») ou de son histoire personnelle (« Una »).

Sur scène la chanteuse semble intense et conquérante. Dans la pénombre éclairée de rouge, elle chante avec toute l’ardeur de ses ancêtres « Qanniuguma » (qui traite des croyances animistes). Pour terminer en douceur et faire le lien avec la suite de la soirée, Elisapie s’assied sur le devant de la scène aux côtés de son guitariste pour chanter la magnifique « Moi, Elsie » (écrite par Richard Desjardins et composée par Pierre Lapointe). De toute beauté.

Setlist : Darkness Bring the Light / Arnaq / Call of the Moose / Una /Qanniuguma / Moi, Elsie

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Pierre Lapointe, le dépressif scintillant

Pierre Lapointe commence fort, chantant dans un clair-obscur hypnotisant « Qu’il est honteux d’être humain ». Après cette première mise en bouche, le Québécois nous prévient, son spectacle n’est pas des plus enjoués. Et en effet, pendant plus d’une heure et demie, il va chanter ses peines d’amour, le désespoir de l’humain et la douleur des cœurs et des corps. Et pourtant l’artiste parvient avec l’aisance des meilleurs humoristes à faire rire la salle entière. L’ascenseur émotionnel est à son comble. Cœurs sensibles s’abstenir.

Sur scène, Pierre Lapointe est accompagné d’un piano et d’un marimba, créant tantôt une ambiance douce et romantique, tantôt percussive et rythmique. L’orchestration est fabuleuse, tout comme la scénographie et les lumières. Autour du trio, des tubes de néon forment un amphithéâtre lumineux et animé, ajoutant parfois du psychédélique, parfois de la quiétude, aux titres chantés.

Le spectacle, écrit avec David-François Moreau comme le précise Pierre Lapointe, est bien rodé. Le québécois sait où se placer – aux côtés du pianiste, assis sur le piano, statique au devant de la scène, sautillant d’un bout à l’autre – selon l’ambiance des titres, il sait quand présenter la chanson suivante ou faire une pause humoristique après ou avant un texte particulièrement déprimant.

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On reconnaît dans Pierre Lapointe l’élégance et la prestance des grandes voix françaises dont il ne se défend pas d’écouter. Du Barbara dans la composition musicale, du Brel dans sa façon d’interpréter « Je déteste ma vie » et de l’Aznavour évidemment dont il reprend même la fabuleuse « Comme ils disent », laissant le public bouche bée. Le Québécois chante les titres de son dernier album La Science du Cœur (octobre 2017), mais reprend aussi des titres plus anciens (« Je déteste ma vie », « Nos joies répétitives », « Les lignes de la main », « Nu devant moi », « La plus belle des maisons », « Les sentiments humains »).

Lorsque les trois artistes sortent de scène, la salle se lève en un unique mouvement, offrant une standing ovation plus que méritée. Pierre Lapointe et ses deux acolytes reviennent pour un premier rappel avec des invités surprises. Avec Albin de la Simone ils chantent un titre de leur projet commun et secret. Puis c’est l’artiste Sophie Calle qui monte chanter pour la première fois sur une scène. À trois voix, ils chantent un hommage à Souris, feu le chat de l’artiste-plasticienne.

Après l’interprétation bouleversante de « Comme ils disent », Pierre Lapointe chante son « Alphabet » psychédélique, inspiré par et dédié à celui chanté par Amanda Lear dans les années 1970. Après une deuxième salve tonitruante d’acclamations, Pierre Lapointe revient une seconde fois pour chanter seul au piano « Deux par deux rassemblés ». Majestueux !

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