Keaton Henson : “Quand je chante sur scène, c’est comme si je lisais mon journal intime”

INTERVIEW – Keaton Henson vient de sortir son troisième album, Kindly Now, un album enregistré à la maison. Il parle de sa création, de ses peurs, de ses fêlures aussi.

Vendredi matin. Keaton Henson est chez lui. Je dois l’appeler pour un phoner. Tu veux que je t’avoue un truc ? Je déteste les phoners. Parce que j’aime pouvoir parler avec la personne. Les yeux dans les yeux, tu sais. Il est midi, c’est l’heure. Deux sonneries. Il décroche d’une petite voix, un peu speed. “Euh, salut, dis moi, est-ce que tu peux me rappeler dans cinq minutes?” Euh. Ok. J’ai peur, ça commence pas très bien. J’attends dix minutes. Je rappelle. “Est-ce que tout va bien?”, je demande. “Oui, oui très bien ! Désolé, un black out chez moi. Un gros problème d’électricité, donc je suis actuellement dans le noir ! Le système électrique anglais n’est pas très au point, tu sais. Mais on peut y aller!”
On peut y aller.

Non, attends. Avant d’y aller vraiment, je veux te parler, cher lecteur, de mon admiration pour Keaton Henson. Un Artiste. Avec le “A” majuscule. Le mec qui peint, compose du classique, écrit de la poésie, chante, joue de quasi-tous les instruments. Keaton Henson respire l’art. Il vit pour ça. Et, un artiste a, plus que n’importe qui, des failles. Au lieu de les cacher, il les exploite. Il s’en sert pour créer. Et il s’en est servi pour écrire Kindly Now. Le troisième album de sa discographie, sorti il y a une semaine. Un bijou, que dis-je, un chef d’oeuvre. Et c’est de ça, dont on a parlé, avec Keaton Henson.

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Peux-tu me raconter le processus de création de ce nouvel album ?
Pour moi, écrire un album est toujours un long processus. J’ai commencé à l’écrire, dès que j’en avais fini avec Birthdays, j’ai surtout composé aux États-Unis. J’ai écrit peut-être deux-cents chansons mais je devais en garder que quelques unes. J’ai tout enregistré chez moi, j’ai choisi de ne pas aller en studio pour cet album. J’ai tout enregistré de moi-même, cela a dû me prendre deux mois. Et j’ai invité quelques personnes à venir participer à l’enregistrement, mais les arrangements de l’orchestre, c’est aussi moi qui m’en suis occupé, j’ai tout écrit un par un.

Ce n’était pas difficile de tout faire, tout seul chez soi ?
Pour moi, cela signifiait être plus libre de faire ce dont j’avais envie, je suis beaucoup moi complexé. Quand tu es dans un studio, je veux dire, il y a tellement de monde autour de toi, tellement de personnes qui te regardent derrière la vitre. Ça me bloque parfois. Chez moi, je peux donner quelque chose de plus honnête émotionnellement. Et j’ai personne qui doit me dire ce que je dois faire.

Quand on se retrouve avec deux-cents chansons, comment fait-on le tri ?
C’est très dur ! (rires) Le plus important pour moi, c’est que les chansons racontent une histoire, que l’album entier raconte une histoire, et les chansons soient comme des chapitres qui composent cette histoire. Il faut qu’elles aient une connexion entre elles, qu’elles soient comme un voyage. C’est ma technique pour choisir.

Et quelle chanson a été la plus difficile a enregistrer ?
Celles où je devais faire rentrer tout un orchestre dans ma chambre ! (rires) C’était assez caucasse. Je peux te dire que “Confortable Love” était particulièrement compliqué à enregistrer parce que c’est un tellement gros morceau. J’enregistrais ma voix et ma guitare dans la douche, et les autres musiciens étaient placés un peu partout dans la maison. Là où il y avait de la place ! (rires). C’était difficile mais ça a donné une atmosphère particulière à la chanson.

On dit souvent que la musique peut aider à aller mieux, c’est ce que tu penses ?
Oui je pense que la musique, écrire de la musique, c’est une manière de décrire des sentiments que l’on ressent. Ce qui nous contrarie, ce qui nous effraie. C’est une manière de prendre le contrôle sur tes propres émotions. J’aime pouvoir créer quelque chose à partir de ces sentiments, ça veut dire que je peux contrôler.

Il y a une chanson qui m’a marquée dans l’album, c’est “Old Lovers In Dressing Room”, qu’est-ce qu’elle raconte au juste ?
C’est une chanson que j’ai écrite après avoir recueilli différents témoignage. Je voulais en écrire une chanson. En vérité, ce n’est pas vraiment une chanson très commerciale dans le sens où elle parle d’un truc vraiment spécial, à savoir ce sentiment que l’on a, ce vide, quand on descend de scène. C’est un sentiment vraiment très étrange, on se retrouve dans une salle très silencieuse, alors que ça n’était pas le cas, quelques minutes plus tôt. Ta tête est encore dans le show, hantée par ce que tu viens de vivre. On se sent terriblement seul dans ces moments-là.

J’ai cru comprendre, que tu n’étais pas très friand de la scène pourtant ?
Entre la scène et n’importe quoi d’autre, je choisirai toujours le n’importe quoi d’autre. Je t’assure ! (Rires). Monter sur scène est encore terriblement difficile pour moi. C’est quelque chose que j’essaie de réparer.

J’imagine que ça doit être davantage compliqué, car tes chansons sont très personnelles…
Exactement, c’est comme si je lisais mon journal intime sur scène !

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► Kindly Now (Pias/Oak Ten Records). En concert le 23 octobre au Café de la Danse.

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